::: ILE-DE-FRANCE

LA TRIBUNE – 26/01/2017

Vers une ville sans voiture ?

 

Estimé par la Banque mondiale à plus de 5.000 milliards de dollars à l’échelle mondiale,

le coût annuel de la pollution s’établit à 101,3 milliards d’euros pour la France.

Et le coût en vies humaines à près de 3 millions dans le monde en 2013 pour la seule pollution aux particules fines (PM10),

et 48.000 décès prématurés par an en France (dont 6.500 pour l’Île-de-France et 2.500 pour la capitale).

 

Dans sa démarche d’élimination progressive des voitures polluantes, la Ville de Paris a voté la fermeture de la voie Georges-Pompidou, s’attirant les foudres de ses opposants. Soutenue par nombre d’élus, la présidente de Région Valérie Pécresse mène la fronde. La maire de Paris s’inscrit pourtant dans un mouvement engagé par de nombreuses villes du monde. Mais l’émiettement de la gouvernance francilienne en matière de transport complique la donne.

À peine entrées en vigueur et déjà utilisées. De couleur orange, violette, grise ou verte selon l’âge et la motorisation de la voiture, les vignettes Crit’Air viennent de faire leur apparition dans les rues parisiennes, où elles sont en principe obligatoires depuis le 16 janvier pour pouvoir y circuler en semaine entre 8 heures et 20 heures. Dès le lundi 23 janvier, les grises, correspondant à la catégorie d’émissions la plus polluante, étaient interdites à la circulation pour cause de pic de pollution. Fini la circulation alternée, place à la circulation différenciée. Plusieurs mois devraient néanmoins s’écouler avant que la préfecture ne commence à verbaliser les contrevenants n’affichant pas leur vignette, à condition de ne pas braver les interdictions de circulation, ponctuelles comme cette semaine ou définitives.

Eliminer les véhicules les plus polluants… pour commencer

Car c’est bien à une élimination progressive des véhicules les plus polluants qu’elles sont destinées, dans le cadre de l’instauration d’une « zone de restriction de circulation » couvrant Paris intra-muros. Dispositif national lancé dans la foulée de la loi pour la transition énergétique, Crit’Air peut être utilisé par chaque ville à sa discrétion. À ce jour, seules Paris et Grenoble ont franchi le pas. Concernant la capitale, Crit’Air s’inscrit dans un vaste programme – une déclaration de guerre selon certains – visant à bouter progressivement la voiture hors de la ville, en commençant par les plus polluantes. Jusqu’à présent, la circulation alternée instaurée lors des pics de pollution frappait indifféremment les petites citadines neuves et les vieux 4×4 diesel. Mais Paris avait déjà mis en place de premières mesures basées sur la nuisance des véhicules, avec l’interdiction en septembre 2015 des poids lourds et autocars immatriculés avant octobre 2001. D’ici à 2020, ce sont tous les moteurs diesel qu’Anne Hidalgo entend bien avoir définitivement éliminé des rues parisiennes.

Bien qu’accompagnée d’aides à l’achat de véhicules propres, ou encore de passes Navigo et d’abonnements à Autolib’, l’entrée en vigueur des vignettes Crit’Air a suscité l’ire de certaines associations, comme 40 Millions d’automobilistes.

Mais cela n’est rien, comparé à la gigantesque polémique occasionnée par la piétonisation de 3,3 kilomètres de la voie Georges-Pompidou allant du tunnel des Tuileries au bassin de l’Arsenal. Depuis son approbation par le Conseil de Paris en décembre 2015, cette promesse de campagne de la maire élue en avril 2014 déchaîne l’opposition. Pendant six mois, les élus de droite ont multiplié demandes de moratoire et recours auprès de la préfecture. Mais rien n’y a fait. Effective depuis le mois de juillet, une exposition dédiée à la COP22 ayant succédé à Paris Plages, la piétonisation a été confirmée par le Conseil de Paris le 26 septembre dernier, Anne Hidalgo saluant alors une « décision historique et la reconquête de la Seine ».

Polémique et guerre des chiffres

En dépit de l’avis défavorable de la commission d’enquête pointant le périmètre trop restreint de l’étude d’impact diligentée par la Ville, cette décision a été prise sur avis conforme du préfet de police de Paris. À condition toutefois d’une période d’observation de six mois impliquant la mise en place d’un comité de suivi et du maintien d’une voie réservée aux véhicules de secours.

Arguant de son rôle de « chef de file » en matière de qualité de l’air, la Région installait le 12 septembre son propre comité. Placé sous l’autorité du professeur Pierre Carli, médecin chef du Samu de Paris, il regroupe Airparif, Bruitparif, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (IAU), le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France (ORS) et l’ONG France Nature Environnement IDF.

Depuis, la guerre des chiffres fait rage et, avec elle, celle qui oppose défenseurs et détracteurs de la piétonisation. Qu’ils portent sur la circulation, la qualité de l’air ou le bruit, les résultats contradictoires alimentent les recours intentés par des riverains et des associations, par la Région et des départements franciliens, ou par 168 élus qui ont adressé fin novembre à la maire de Paris une lettre ouverte, publiée dans Le Figaro.

Des millions d’euros en ménagements de voirie, nouveaux transports…

Mais celle-ci n’a nullement l’intention de revenir en arrière. Bien au contraire. Clamant haut et fort son objectif de « diviser par deux en moyenne la place de la voiture individuelle polluante » sur ces deux axes de la capitale, elle a annoncé début janvier de nouveaux projets d’aménagement de la rue de Rivoli et des quais hauts, qui accueilleraient un « nouveau transport écologique ». En l’espèce, une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) qui doit prendre la forme d’un tram-bus électrique baptisé « tramway olympique » dans le cadre de la candidature aux Jeux olympiques de 2024. La rue de Rivoli serait aménagée pour accueillir une piste cyclable bidirectionnelle. Destiné à rouler dans les deux sens (supprimant deux voies de circulation pour les voitures), ce tram-bus doit pouvoir transporter plusieurs milliers de voyageurs par jour. Il entrerait en service à compter de septembre 2018 selon la Ville, qui a budgété 35 millions d’euros d’aménagement, le coût du matériel roulant devant être pris en charge par le Stif.

Tous d’accord pour réduire le trafic, mais la dispute continue

C’est là que le bât blesse. Car Valérie Pécresse, qui préside la Région et le Stif, affirme que le projet validé par le syndicat et budgété dans le contrat de plan qui doit être signé début février avec l’État n’a rien à voir avec celui présenté par la Ville. Il porte sur un bus électrique et non un tramway (nettement plus onéreux), et n’est prévu que sur une seule file sur les quais hauts, le retour se faisant par la rue de Rivoli. D’après la présidente de Région, celui évoqué début janvier par la Ville « n’a fait l’objet d’aucune concertation d’aucune sorte avec aucune autorité, ni d’aucune étude d’impact ».

Cet incident n’est qu’un épisode de plus dans le feuilleton qui oppose les deux femmes depuis la fermeture partielle de la voie Georges-Pompidou.

Certes, la présidente de Région ne manque pas une occasion d’affirmer son soutien à la réduction du trafic. « Nous ne sommes pas contre la piétonisation du centre de Paris », a-t-elle encore répété lors de la présentation le 19 janvier du dernier rapport du comité régional de suivi. Mois après mois, ce comité présente des chiffres reflétant des allongements de temps de parcours et un accroissement de la pollution sur les itinéraires de report. Des résultats nettement plus négatifs que ceux délivrés par la Mairie de Paris, voire contradictoires.

Cette fois, Valérie Pécresse a franchi une nouvelle étape en présentant des projets alternatifs à celui de la Ville. Imaginés par l’IAU, ces trois projets visent « moins de circulation, moins d’embouteillages et plus de place pour les piétons, les vélos et les transports en commun », a-t-elle précisé. Ils sont conçus pour se relayer selon les horaires et les saisons. Tous prévoient de remettre en circulation une ou deux voies sur la berge actuellement fermée, et d’alléger plutôt le trafic sur les quais hauts. « Pourquoi se soucier de la pollution dont pourraient souffrir les poissons plus que de celle affectant les riverains ? », a ainsi observé Chantal Jouanno, vice-présidente chargée de l’écologie à la Région, lors de cette présentation. Valérie Pécresse en a profité pour annoncer que la Région ferait bientôt d’autres propositions plus globales de fluidification de la circulation dans Paris et sa banlieue.

26 jours de pics de pollution en 2015, 48.000 décès/an en France…

La position assumée par la Région reste cependant plutôt « pro véhicules propres qu’antivoitures ». Alors que la Ville, tout en visant en priorité les véhicules les plus polluants, s’est bel et bien lancée dans une chasse à la voiture individuelle.

Une démarche qui s’inscrit « dans le temps long », comme aime à le rappeler Anne Hidalgo, initiée dès 2001 par Bertrand Delanoë avec l’élargissement des couloirs de bus qui avait déjà mis le feu aux poudres. D’ailleurs, les voitures par kilomètre ont diminué de 30 % en quinze ans. Outre la vignette et la piétonnisation des voies sur berges, la Ville entend reprendre la main en privatisant le stationnement rotatif dont le taux de paiement actuel de 10 % n’a rien de dissuasif. Anne Hidalgo promet aussi de doubler les kilomètres de pistes cyclables entre 2014 et 2020. Après la République, le réaménagement de sept autres grandes places parisiennes est également au programme.

Mais cette démarche s’inscrit aussi et surtout dans un vaste mouvement engagé par toutes les grandes villes du monde, confrontées aux ravages de la pollution.

Estimé par la Banque mondiale à plus de 5.000 milliards de dollars à l’échelle mondiale, le coût annuel de la pollution s’établit à 101,3 milliards d’euros pour la France. Et le coût en vies humaines à près de 3 millions dans le monde en 2013 pour la seule pollution aux particules fines, et 48.000 décès prématurés par an dans l’Hexagone dont, selon la Ville de Paris, 6.500 pour l’Île-de-France et 2500 pour la capitale. 15 % des Franciliens respirent un air pollué dans une agglomération qui a enregistré 26 jours de pic de pollution en 2015.

Londres, Lisbonne, Stockholm… mobilisées contre l' »airpocalypse »

Si l’« airpocalypse » qui écrase régulièrement Pékin sous une chape de particules fines est essentiellement due à la combustion du charbon, dans la plupart des pays développés la pollution automobile joue un rôle significatif, évalué à 50% à Paris lors des pics de pollution, et à un peu moins de 30% dans la pollution « de fond ».

D’ailleurs, le principe des zones à basses émissions est déjà appliqué dans plus de 200 villes européennes. Londres a mis en place dès 2003 un péage urbain, suivi par Stockholm en 2007. Les centres-villes de Lisbonne et de nombreuses villes italiennes sont interdits aux véhicules les plus polluants, Madrid pourrait soumettre cette année à sa population un projet de piétonnisation de son centre et Oslo veut le mettre en oeuvre d’ici à 2019.

Autopartage et covoiturage: vers la modification des comportements

Nombreuses également sont les villes qui, de l’Asie aux États-Unis, ont supprimé leurs autoroutes urbaines, le plus souvent pour les transformer en parcs, et les remplacer par des espaces mieux partagés entre les différentes formes de mobilité, en faisant la part belle aux déplacements doux tels que le vélo ou la marche. Les études consacrées au sujet montrent que ces transformations commencent toujours par susciter une opposition avant de recueillir les suffrages des habitants.

Mais le cas de Paris et de l’Île-de-France est unique à bien des égards : en termes d’infrastructures d’abord, avec un réseau autoroutier plus dense que la moyenne européenne et des rocades particulièrement proches de la ville, qui drainent un important trafic des petite et grande couronnes ; en termes de taille ensuite, avec une superficie intra-muros très inférieure à celles de Londres, Rome ou Berlin.

Gouvernance des transports très émiettée en Ile-de-France

Mais c’est surtout la gouvernance très émiettée de ses transports qui distingue la métropole francilienne. Le cas du Stif, présidé par la Région mais dont la Ville est le plus gros contributeur, est emblématique, comme l’illustre le tram-bus électrique rue de Rivoli annoncé par Anne Hidalgo et contesté par Valérie Pécresse. Alors que les mesures prises par la Ville ont des répercussions sur les Franciliens, c’est la Région qui est décisionnaire en matière de transports publics. En réalité, les quelque 10 millions d’habitants des 400 communes de la région sont soumis à presque autant de réglementations concernant le stationnement, la circulation, la livraison, etc. Et faute de coordination, la multitude d’initiatives en matière de mobilité ne parvient pas à former un tout.

La Ville mise aussi sur la multiplication des offres de covoiturage, autopartage, navettes autonomes (testées entre les gares de Lyon et d’Austerlitz) et des Sea Bubble qui « voleront » bientôt sur la Seine, pour inciter les automobilistes à modifier leurs comportements. Et enfin démontrer l’évaporation d’une partie du trafic supprimé des voies sur berges, assortie d’une amélioration de la qualité de l’air. Ne lui reste qu’à espérer que la période d’observation, qui s’achève en mars prochain, suffise pour que les Franciliens s’adaptent à la nouvelle donne. D’ici là, le projet des voies sur berges promet encore de nombreux rebondissements, avec pour toile de fond une opposition historique de près de cent cinquante ans entre la Ville et la Région.

Dominique Pialot  

 

 

LES ECHOS – 26/01/2017

Hidalgo et Santini relancent la bataille de l’eau en Ile-de-France

 

Anne Hidalgo, la maire de Paris, et André Santini, le patron du Syndicat des eaux d’Ile-de-France.

La mairie de Paris lance ce mercredi la modernisation d’une usine de l’opérateur Eau de Paris, symbole de la remunicipalisation de l’eau des Parisiens. Les partisans d’une métropolisation multiplient, eux, leurs arguments en faveur d’un rapprochement entre le Sedif et Eau de Paris

La bataille de l’eau francilienne est relancée. Souterrain depuis quelques mois, l’affrontement entre la maire de Paris, Anne Hidalgo, et le patron du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), André Santini, fait surface ce mercredi à l’occasion d’une visite de celle-ci chez l’opérateur municipal Eau de Paris. La maire était restée discrète depuis son début de mandat sur la remunicipalisation de l’eau décidée fin 2008 par son prédécesseur Bertrand Delanoë. En visitant ce mercredi le chantier de rénovation de l’usine d’eau portable d’Orly, Anne Hidalgo reprend le flambeau et lance une opération séduction auprès des élus franciliens.

Un enjeu politique, industriel et financier

L’enjeu est énorme. Il est politique, industriel et financier. D’un côté, le Sedif, créé dans les années 1920, alimente en eau potable 4,5 millions de Franciliens dans 150 communes en petite et grande couronne. Depuis des décennies, le syndicat offre à son sous-traitant Veolia sa plus belle vitrine internationale. La Ville de Paris, de l’autre, a repris en 2010 à Veolia et Suez la gestion directe de son approvisionnement. Un pari industriel et une promesse de réduire nettement le coût du mètre cube que la Cour des comptes a jugé réussie dans un rapport d’octobre 2014.

Depuis, les deux camps cherchent à étendre leur emprise auprès des communes et de leurs communautés. Les estocades se multiplient. Dernière en date, le Sedif annonce en décembre une baisse du prix de l’eau au 1er janvier 2017 de 10 centimes le m3, à 1,37 euros. Il y a un an, c’est Eau de Paris qui attaquait le gros contrat remporté par le Sedif et Suez pour alimenter les 540.000 habitants servis par le Syndicat des eaux de la Presqu’île de Gennevilliers.

Fermer une usine

Sur la défensive, Eau de Paris cherche maintenant à déminer l’offensive d’André Santini et d’autres élus franciliens qui militent pour un transfert de la compétence à la Métropole du Grand Paris, comprendre un rapprochement du Sedif et d’Eau de Paris. « La logique de la gouvernance métropolitaine va s’imposer à l’avenir », assure par exemple Eric Azière, le président du groupe centriste au Conseil de Paris.

Relayés par les grands opérateurs privés, ces partisans d’un opérateur unique développent à nouveau depuis quelques mois trois arguments. Eau de Paris est moins cher car l’opérateur a baissé ses investissements. Secondo, la consommation des habitants baissent et la surproduction ne cesse d’augmenter, une métropolisation permettrait de fermer une usine en Ile-de-France et de réduire les coûts. Enfin, Eau de Paris serait distancé par les grands groupes français en terme d’innovation.

Plusieurs échéances à venir

Célia Blauel, adjointe de la maire et présidente d’Eau de Paris, rétorque que le programme d’investissement en hausse est respecté, avec 80 millions d’euros annuels. Elle revendique le plus bas prix de la région, un réseau au taux de rendement de 90  % et la nécessité de conserver des marges de production importante face aux risques terroristes et aux épisodes de crue ou de canicule. « Leurs investissements sont financés par de l’endettement », s’agace Eric Azière.

Plusieurs échéances à venir avivent la bataille de l’eau. Eau de Paris cherche à convaincre des intercommunalités de l’Essonne de suivre le mouvement de la remunicipalisation comme Vitry-Châtillon en 2011. Dans le territoire Grand-Orly Seine-Bièvre au Sud de Paris, une poignée de communes n’ont pas rallié le Sedif et restent ouvertes au dialogue. Dans quelques mois, la communauté de Coeur d’Essonne lancera sa propre régie. A plus long terme, en 2021, c’est la fin du contrat du Sedif avec Veolia qui aiguise tous les appétits.

Matthieu Quiret

 

 

LES ECHOS – 26/01/2017

Actus franciliennes

 

::: ECONOMIE

LE FIGARO – 26/01/2017

2017, une année sous le signe des incertitudes pour les entreprises françaises

Le climat des affaires s’est légèrement dégradé en janvier en France, après la nette amélioration de décembre.

Le moral des chefs d’entreprise ne se porte pas trop mal… mais il peine à retrouver de vraies couleurs. L’indicateur du climat des affaires de l’Insee, publié mercredi, s’est établi à 104 points en janvier, après 105 en décembre. Un niveau qui indique que la confiance des entrepreneurs est meilleure que la moyenne de long terme, mais que ces derniers ont quand même du mal à voir l’horizon s’éclaircir totalement.

Cette moyenne, calculée par l’Insee, cache en fait des disparités assez importantes selon les secteurs. C’est dans les services que les sociétés sont les moins optimistes. «Pour les prochains mois, les chefs d’entreprise sont nettement moins nombreux qu’en décembre à anticiper une hausse de l’activité et de la demande», explique l’Institut de la statistique. Dans le commerce de détail, le climat s’altère également en janvier: «Les détaillants sont globalement moins nombreux qu’en décembre à prévoir une hausse de leurs ventes et de leurs commandes.» En revanche, la confiance remonte un peu dans le bâtiment, et reste stable dans l’industrie.

Dans l’industrie, justement, la confiance se maintient à 106 points, «son plus haut niveau depuis août 2011», note l’étude. Plusieurs éléments sont encourageants. Les perspectives de production des industriels enregistrent une nouvelle progression en janvier. Ils estiment notamment que leurs carnets de commandes globaux seront stables, mais que la demande en provenance de l’étranger devrait continuer d’augmenter.

Cycle électoral

Finalement, l’année 2017 commence en demi-teinte pour les entreprises. Requinquées par des marges qui se sont améliorées grâce au crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et au pacte de responsabilité, mais aussi grâce au recul des cours du pétrole et des taux d’intérêt ces dernières années, elles ne sont pas sereines pour autant. Et si «l’indicateur de retournement» de lnsee se situe aujourd’hui dans une zone indiquant «une conjoncture favorable», il fait peu de doutes que les dirigeants sont dans une phase d’incertitudes. Face au contexte national, d’abord. Même s’il est de bon ton de dire que les chefs d’entreprise ne se calent pas sur les cycles électoraux pour prendre des décisions, l’issue de l’élection présidentielle pourrait avoir un impact non négligeable pour eux en fonction du vainqueur – que ce soit sur le plan de la fiscalité, des charges sociales ou du droit du travail. Et donc sur l’évolution de l’emploi et l’investissement. D’ailleurs, une autre enquête de l’Insee publiée mardi montre que lesindustriels sont un peu plus nombreux à prévoir des suppressions d’emplois pour les prochains mois.

Demande de flexibilité

«Tant que les entreprises n’auront pas des gages que l’on peut réformer et flexibiliser le pays, la France gardera une croissance potentielle basse», ajoute Olivier Vigna, directeur des études économiques chez HSBC France.

L’environnement international demeure, par ailleurs, incertain – l’impact du Brexit et de l’élection de Donald Trump est encore difficile à mesurer. «Or, de manière générale, les chefs d’entreprise détestent l’incertitude», note l’économiste.

Le «Consensus Forecats» du mois de janvier – synthétisant les prévisions conjoncturelles de 24 établissements financiers et instituts de conjoncture – qui vient d’être publié prévoit pour cette année une croissance de 1,3 %. Une performance médiocre.

Nouveau record pour les ruptures conventionnelles en 2016

En 2016, 389.900 ruptures conventionnelles ont été homologuées par l’administration, contre 357.200 en 2015. Un nouveau record, qui porte la hausse annuelle à 9,1 %. Instaurée en 2008, la rupture conventionnelle permet à un salarié et un employeur de se séparer à l’amiable et de manière sécurisée. Le salarié touche alors un chèque et a droit aux allocations-chômage. Quant à l’employeur, il n’a pas à fournir de motif à la séparation, contrairement à ce qui se produit en cas de licenciement.

Ces avantages pour les deux parties expliquent pourquoi le nombre de ruptures conventionnelles n’a cessé d’augmenter, malgré le durcissement de la législation (hausse des prélèvements, allongement du délai avant de percevoir les allocations-chômage…) mais aussi de la jurisprudence de la Cour de cassation.

Marie Visot et Cécile Crouzel

 

 

LES ECHOS – 26/01/2017

La Cour des comptes fait le procès des incohérences de l’Etat actionnaire

Situation financière dégradée, objectifs contradictoires : la gestion des participations est sévèrement critiquée.
Les magistrats proposent notamment de revoir le périmètre du portefeuille de l’Etat.

« L’Etat peine à être un bon actionnaire. » C’est en termes délicats que les choses sont dites par la Cour des comptes. Mais le rapport dévoilé mercredi par les sages de la rue Cambon sur les participations publiques est un réquisitoire cinglant contre l’action de l’Etat, jugé « à la fois trop présent dans la gestion et trop peu vigilant comme actionnaire ». « Son mode d’action souffre de faiblesses chroniques », pointe Didier Migaud, le premier président de la Cour. « L’actionnariat public se révèle rarement le moyen le plus adapté pour contrer la perte de compétitivité et la désindustrialisation de l’économie française. »

La France accorde une importance particulière à la place de l’Etat au capital des entreprises. En témoigne le fait que 2,4 millions de personnes travaillent dans des sociétés à participation publique via l’Agence des participations de l’Etat (APE), la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) ou bpifrance, soit 10 % de l’emploi total. Cela ne se révèle pas pour autant une bonne affaire financière. La Cour des comptes s’inquiète de la lourde perte enregistrée par l’APE en 2015 (10,1 milliards d’euros) en conséquence des difficultés endurées par la SNCF, EDF et Areva. Pour quelques bons rendements (PSA et Renault notamment), le portefeuille boursier public recèle surtout des titres peu performants, avec une baisse de la valorisation à périmètre constant de 29 % entre 2010 et 2016 (+28 % pour le CAC 40 sur la même période).

Et du point de vue budgétaire, il y a pire encore, avec les « besoins financiers croissants du fait de la dégradation financière des grands groupes publics », souligne Didier Migaud, qui cite les sommes nécessaires pour recapitaliser EDF et Areva (7 milliards). « Il faudra soit amplifier fortement le programme de cessions, soit mettre à contribution le budget général et augmenter ainsi la dépense et la dette publique », écrit la Cour. Il y a quelques semaines, le candidat de la droite à l’Elysée, François Fillon, s’était prononcé pour une accélération du programme de cessions.

Sortir de l’impasse

Ces problèmes patrimoniaux découlent directement de la façon dont l’Etat gère ses participations, « conciliant des objectifs nombreux et souvent contradictoires », selon les sages. L’Etat est en effet un actionnaire aux dédoublements de personnalité fréquents, passant du gestionnaire de finances publiques au régulateur en passant par le porteur de politiques publiques, quand il n’est pas client lui-même.

La Cour remarque bien que les pouvoirs publics ont tenté d’améliorer les choses ces dernières années en revoyant les méthodes de gouvernance, mais ces « progrès notables » – avec la mise en place d’outils et de procédures plus appropriés – n’effacent pas des « carences persistantes », comme le montre la situation d’Areva. « Il y a eu des défauts de vigilance, et certains d’entre eux ont été lourds de conséquences », juge Didier Migaud. Pour tenter de sortir de cette impasse, la Cour suggère plusieurs pistes, qui passeraient notamment par une meilleure répartition des rôles entre l’APE et bpifrance, la première transférant à la seconde ses participations industrielles. L’APE deviendrait également une agence autonome. Surtout, il est proposé de « redimensionner » le portefeuille des participations publiques, soit en baissant le niveau des taux de participation (pour récolter au passage une dizaine de milliards d’euros de cessions), soit en réduisant significativement le périmètre. Dans cette dernière option, cela « cantonnerait son rôle à des motifs précis, comme le sauvetage d’entreprises dont la défaillance emporterait des risques systémiques, ou la protection d’entreprises présentant des intérêts essentiels pour la sécurité nationale », conclut la Cour. Toutefois, prévient Marc Schwartz, le rapporteur général, pour les domaines où l’Etat se désengagerait, « la question de l’actionnaire remplaçant l’Etat n’est pas anodine ».

Renaud Honoré

 

::: ENTREPRISES

LES ECHOS – 26/01/2017

Le trafic aérien français s’est déjà remis du choc des attentats

 

L’aéroport de Lyon décroche la palme de la croissance en 2016, avec un trafic en hausse de 9,7 %, à 9,5 millions de passagers

Malgré les attaques terroristes, le trafic des aéroports français est resté globalement en croissance en 2016, grâce à un fort rebond de l’activité en fin d’année.

Le transport aérien en France a une nouvelle fois prouvé son extraordinaire résilience en 2016. Malgré les attaques terroristes, le nombre de passagers sur les vols intérieurs et internationaux est resté en croissance de 3,1 % sur l’année, avec un total de 154,6 millions de passagers, grâce à un très net rebond de l’activité cet hiver. C’est ce qui ressort des chiffres collectés par la direction générale de l’aviation civile. Cet effet de rattrapage se traduit notamment par une hausse de 10,1 % du trafic français en décembre 2016, comparé à décembre 2015. Seule ombre au tableau : la part du pavillon français continue de baisser et ne représente plus que 42,9 % du trafic total et 33 % du trafic international.

Trafic intérieur très dynamique

Le trafic intérieur est resté particulièrement dynamique. Malgré le développement des bus, du covoiturage, des promotions tarifaires en tout genre de la SNCF et les grèves du contrôle aérien, les liaisons intérieures continuent de bénéficier de la croissance des compagnies à bas coûts, avec un nombre de passagers en hausse de 6,3 % sur l’année, à 31 millions de passagers, et de 6,3 % en décembre. Le trafic entre la métropole et les départements d’Outre-mer, dopé lui-aussi par le développement de la concurrence, fait encore mieux, avec une croissance de 4,5 % sur l’année, à 2,5 millions de passagers, et de 9,5 % en décembre.

Le trafic international en hausse sur tous les segments

Le rebond de l’activité est aussi très net sur les vols internationaux, au trafic en hausse de 11,3 %, à 123,5 millions de passagers. Avec le retour des touristes internationaux , tous les segments de trafic sont repartis à la hausse en décembre, avec des progressions à deux chiffres sur les pays de l’Union européenne (+13,6 %), l’Asie-Pacifique (+10,6 %), l’Afrique (+11%)… Deux axes seulement restent en baisse en cumul sur l’année : les liaisons entre la métropole et l’Europe hors pays de l’Union européenne (-2,8 %) et les liaisons avec l’Asie (-2,2 %). Et quelques destinations restent également dans le rouge sur l’année, notamment le Japon, en baisse de 13,8 % en 2016, les touristes japonais ayant été les premiers à se détourner de la France, mais aussi la Turquie (-14,5 %) du fait des attentats à répétition, le Brésil en crise (-3,5 %) et, à un degré moindre, la Russie et la Tunisie (-0,4 %).

Forte hausse du trafic avec l’Espagne et le Royaume-Uni

A l’inverse, le trafic entre la France et le Royaume-Uni a bondi de 6,6 % en 2016, à 12,7 millions de passagers, de même que l’Espagne, en hausse de 6,7 %, à 13 millions de passagers. En long-courrier, le trafic sur Etats-Unis reste en légère hausse de 0,8 %, à 7,5 millions de passagers. L’Algérie a également connu une progression notable de 3,9 % sur un an, à 4,5 millions de passagers.

Lyon, Bordeaux et Nantes champions de la croissance

Du côté des aéroports, la palme de la croissance revient à Lyon (+9,7 % et 9,5 millions de passagers), Bordeaux (+ 8,6 % et 5,8 millions de pax) et Nantes (+ 8,5 % et 4,5 millions de pax), suivis par Toulouse (+5,4 % et 8,1 millions de passagers). La plus forte progression en volume est toutefois pour Orly, en hausse de 5,3 %, à 31,2 millions de passagers. A l’inverse, l’aéroport de Beauvais enregistre une baisse de 7,7 % sur un an, à 4,3 millions de passagers. L’aéroport low cost a apparemment davantage souffert de la désaffection des touristes pour Paris et des grèves du trafic du contrôle aérien que les aéroports parisiens.

Bruno Trevidic

 

 

LE FIGARO – 26/01/2017

Le groupe PSA s’attaque au difficile marché indien

 

Carlos Tavares (à gauche), Président du directoire de PSA, et CK Birla, PDF de CK Birla Group,

lors de la signature, mercredi à Paris, du partenariat entre les deux groupes qui marque le retour du constructeur français en Inde.

Un investissement initial de 100 millions d’euros est prévu en Inde. Le groupe espère commercialiser ses premiers modèles en 2020.

«Une étape majeure dans l’expansion internationale de PSA.» Carlos Tavares, président du directoire de PSA, ne cache pas sa satisfaction, au moment de parapher, avec son nouveau partenaire CK Birla, l’accord qui marque le retour du constructeur français en Inde. Ce partenariat passe par la création de deux coentreprises. La première, où PSA est majoritaire avec 80 % du capital, produira des voitures pour le marché indien. La seconde, détenue à parité par les deux partenaires, fabriquera des moteurs, utilisables pour les véhicules assemblés dans la première coentreprise mais qui seront également vendus à d’autres clients.

Cette arrivée sur le marché indien avait été annoncée par Carlos Tavares lors de la présentation de son plan stratégique Push to Pass en avril. Il misait sur un accord avec un partenaire local d’ici à 2018, pour une commercialisation en 2021. Finalement, PSA sera en avance d’un an pour les deux échéances.

Le nouveau partenaire de PSA connaît bien le monde automobile. Le groupe Birla a longtemps été le premier constructeur indien, notamment dans les années 1950 et 1960, lorsqu’il assemblait des versions locales de la Morris britannique, via sa filiale Hindustan Motors. CK Birla Group est aujourd’hui un conglomérat, qui réalise 1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires et emploie 20.000 salariés. Dans l’automobile, il se concentre sur le métier d’équipementier, notamment dans les moteurs et les transmissions. Cette activité en fait un partenaire idéal pour PSA, puisqu’il dispose du personnel et des compétences pour permettre une intégration locale forte, condition indispensable pour réussir sur le marché indien. De plus, CK Birla Group possède une usine d’assemblage, utilisée actuellement pour fabriquer des Mitsubishi et qui sera acquise par la coentreprise. Elle sera modernisée, mais présente un actif de valeur compte tenu des difficultés – légales – à construire de nouveaux sites industriels dans le pays.

Un premier objectif à 100.000 véhicules par an

Avec cette stratégie de partenariat, le constructeur français limite les risques. Cette approche peut s’expliquer par les déboires passés du constructeur français dans le pays. À la fin des années 1990, PSA avait passé un accord avec l’indien Premier afin d’assembler des Peugeot 309. Une expérience qui n’avait duré que quelques années. «L’investissement initial atteint 100 millions d’euros, dont les deux tiers pour PSA et un tiers à la charge de CK Birla», précise Carlos Tavares. Les ambitions sont modestes pour commencer. Le groupe espère commercialiser ses premiers modèles en 2020, avec une capacité de production initiale de 100.000 véhicules par an.

Le marché indien est prometteur. L’an dernier, 3 millions de véhicules y ont été vendus. Surtout, l’Association des constructeurs automobiles indiens (Siam) vise 8 à 10 millions de voitures d’ici à 2025. Prometteur, mais difficile. Il est dominé par deux acteurs, Maruti Suzuki, avec 47 % de parts de marché l’an dernier, et Hyundai (17,3 %). Ces acteurs fabriquent des véhicules «ultra-low-costs» très spécifiques à l’Inde. Renault a réussi une percée l’an dernier: en grappillant 4,5 % du marché, avec sa Kwid, il se place en concurrence directe avec les leaders. Le positionnement des futurs véhicules de PSA n’est, lui, pas encore décidé. «Nous n’avons pas encore déterminé la marque avec laquelle nous entrerons sur le marché indien, et nous réfléchissons encore à notre positionnement et à nos modèles», reconnaît Carlos Tavares. En revanche, le dirigeant du constructeur de Sochaux a reconnu que le groupe utilisera la plateforme actuellement développée avec son partenaire chinois Dongfeng.

Parts de marché des constructeurs automobiles en Inde en 2016:

Maruti Suzuki: 47 %

Hyundai: 17,3 %

Mahindra: 7,5 %

Honda: 5,4 %

Toyota: 4,6 %

Renault: 4,5 %

Tata: 3,5 %

Ford: 2,6 %

Volkswagen: 1,1 %

Emmanuel Egloff

 

 

L’EXPRESS – 26/01/2017

Des ouvriers non payés depuis des mois sur un chantier du métro parisien

 

Une quarantaine d’ouvriers travaillant sur un chantier du métro parisien pour un sous-traitant de la Sogea sont en grève depuis lundi minuit

pour obtenir notamment le paiement de leurs salaires

Employés par un sous-traitant de la Sogea, filiale du groupe Vinci, ces ouvriers sont dans une « situation inacceptable », a affirmé mercredi le géant du BTP. La RATP a décidé de porter plainte contre X.

C’est une situation délicate que traverse le groupe de construction Vinci. Mandaté par la RATP pour la rénovation du métro parisien, il a confié les travaux à l’une de ses filiales, la Sogea, qui ne paye visiblement plus ses salariés.

Du coup, Vinci « enquête sur la situation des salariés de l’entreprise FH Service, sous-traitant de [sa] filiale Sogea TPI, opérant sur un chantier de rénovation de la station Châtelet à Paris » pour le compte de la RATP, a indiqué le groupe dans une déclaration. « Au stade de l’enquête interne, nous constatons que ces travailleurs sont dans une situation inacceptable, reconnait Vinci. Selon nos informations, ces ouvriers sont en situation régulière en France. Pour autant, il y aurait des retards dans le paiement de leurs salaires. »

Pas payés depuis des mois

La filiale du groupe, Sogea TPI, est « actuellement en contact avec l’employeur » FH Service « et ses salariés, pour trouver sans délai une solution durable à cette situation », a indiqué le groupe de BTP. La RATP a pour sa part « décidé de porter plainte contre X pour le préjudice subi ».

Le maître d’ouvrage du chantier a affirmé dans un communiqué s’être « acquitté de toutes se obligations contractuelles » vis-à-vis de Sogéa, notamment le paiement de « toutes les factures présentées (…) pour le compte de son sous-traitant. » L’entreprise publique, qui dit n’être « en aucune manière à l’origine du litige », ajoute avoir demandé à la filiale de Vinci « de permettre la reprise » des travaux « dans les meilleurs délais ».

Une quarantaine d’ouvriers travaillant sur un chantier du métro parisien pour un sous-traitant de la Sogea sont en grève depuis lundi minuit pour obtenir notamment le paiement de leurs salaires, avait révélé mardi la CGT. Ces ouvriers, « majoritairement des travailleurs turcs », n’auraient pas été payés depuis 2 à 8 mois selon les cas, précise Christian Renard, responsable de l’union syndicale de la construction CGT Paris et délégué CGT du groupe Vinci. Selon lui, l’inspection du travail a procédé à un contrôle lundi soir. Les ouvriers réclament en premier lieu le paiement des arriérés de salaires, ainsi que l’ensemble de leurs fiches de paie, avec leur contrat de travail.

Pour la CGT-Construction, « cette situation scandaleuse met une nouvelle fois au jour la forte vulnérabilité de ces travailleurs en situation précaire, victimes du travail dissimulé, exposés à la surexploitation et aux risques professionnels par des patrons sans scrupules. »

De son côté, Vinci a assuré veiller en permanence à garantir un traitement équitable à l’ensemble des personnes présentes sur ses chantiers, qu’il s’agisse de ses salariés directs ou ceux de ses sous-traitants », et ce « sur tous ses chantiers et dans tous ses métiers, partout dans le monde ».

 

LES ECHOS – 26/01/2017

L’artisanat du bâtiment interpelle les présidentiables

 

Patrick Liebus, president de la Capeb

La Confédération des artisans réclame dix trains de mesures à prendre dans les 100 premiers jours du quinquennat.
En 2016, pour ­la première fois depuis quatre ans l’activité des artisans ­a progressé.

Les artisans représentent 98 % des entreprises du bâtiment (celles de moins de 20 salariés) et la majorité de son chiffre d’affaires comme de ses effectifs (plus de 700.000 salariés et apprentis, sans compter la foule des entreprises unipersonnelles). De quoi donner du poids à la Confédération des artisans, la Capeb, qui s’invite aujourd’hui dans le débat présidentiel. Elle dévoile son « agenda idéal » des mesures à prendre dans les 100 premiers jours du prochain quinquennat. « Je vais rencontrer les équipes des candidats à la présidentielle puis les candidats eux-mêmes pour leur présenter les dix volets de mesures de notre agenda et leur demander de prendre position, en commençant début février par le candidat de la droite » annonce le président de la Capeb, Patrick Liébus.

Les rencontres se passeront dans un contexte plutôt favorable, car la reprise s’est enfin enclenchée chez les artisans. L’emploi se stabilise, et les carnets de commandes des artisans se remplissent : ils sont passés en un an de 72 à 82 jours. « Pour la première fois depuis quatre ans, l’activité a progressé l’an dernier, de 1,5 % sur l’année et même de 2 % au quatrième trimestre, se félicite Patrick Liébus . 2016 a été une année charnière, où les mesures prises depuis deux ans (comme la TVA à 10 % pour la rénovation classique, ou encore le crédit d’impôt de 30 % et la TVA à 5,5 % pour la rénovation énergétique) ont enfin produit leur effet. » Si la rénovation énergétique « ne décolle pas comme elle devrait », admet-il, elle a tout de même progressé de 1,5 %, ce qui a permis aux travaux de rénovation dans leur ensemble de finir l’année dans le vert (+0,5 %).

Cela reste loin des +2,5 % affichés par les travaux sur construction neuve, l’autre moitié de l’activité du bâtiment. « La construction neuve a pour moteur une clientèle d’investisseurs dans la pierre, pas la rénovation des logements, analyse le président de la Capeb. C’est pourquoi la rénovation pâtit davantage de la crainte par les particuliers du chômage et les derniers chiffres de l’Insee en la matière ne suffisent pas à susciter une vraie confiance. » D’où la volonté des artisans du bâtiment de sécuriser l’avenir par les dix trains de mesures réclamés dans leur agenda. En priorité , « il faut lutter contre la concurrence déloyale du régime de l’ auto-entreprise, le travail non déclaré et la fraude au détachement, poursuit-il. La carte d’identification des travailleurs du BTP, qui commencera à être distribuée fin février, y aidera à condition de dégager des moyens pour effectuer des contrôles sur les chantiers de BTP le soir et le week-end. »

Concurrences

La récente réforme du statut d’auto-entrepreneur a en tout cas déjà apporté une première victoire à la Capeb puisque les créations de ces micro-entreprises dans le BTP se sont effondrées de 22 % en 2016, selon l’Insee. « Nombre d’entreprises artisanales ne créaient plus d’emplois par peur de cette concurrence à bas coût, qui venait d’ailleurs souvent de nos propres salariés pendant leur temps libre. Nous allons donc retrouver un équilibre économique, applaudit Patrick Liébus, Mais François Fillon a à ses côtés des esprits libéraux chantres de la micro-entreprise… que fera-t-il ? ».

L’autre mesure phare de l’agenda, c’est « pouvoir passer de 35 à 39 heures sans alourdir le coût du travail, donc sans charges sociales attachées à ces quatre heures supplémentaires », poursuit-il. Car, s’inquiète le président de la Capeb, « la loi El Khomri a permis aux grands groupes de re-négocier le temps de travail par des accords d’entreprise plutôt que par des conventions de branche. Je crains que cela n’aboutisse à davantage d’allègement du coût du travail pour les grands groupes que pour les artisans dépendant des conventions de branche. Ce serait une nouvelle forme de concurrence déloyale ».

Myriam Chauvot

 

::: SOCIETE

LE FIGARO – 26/01/2017

Insécurité dans les transports : les voyants au rouge

INFOGRAPHIES – Les agressions ont bondi de 14 % en un an et 330 voyageurs ont été détroussés en moyenne chaque jour à travers le pays.

La vague d’agressions a semé la panique sur une partie du réseau RATP. Jeudi dernier, deux voyous ont agressé au couteau plusieurs voyageurs notamment sur la ligne 7 du métro parisien, frappant tour à tour dans trois stations des Xe et XIe arrondissements. Les agresseurs, recherchés pour des motifs de droit commun, sont en cavale. Entre Cannes et Grasse (Alpes-Maritimes), c’est une dizaine d’adolescents menant une expédition punitive qui a fait irruption dans un TER avant d’asperger de gaz et de frapper les passagers d’une rame. Trois de ces derniers ont été blessés et hospitalisés. Au même moment, la ligne TER entre Metz et Luxembourg empruntée par des milliers de voyageurs frontaliers a été paralysée pendant plusieurs heures après l’agression d’une contrôleuse, menacée de mort.

Coups et blessures, passages à tabac, vols en réunion, agressions sexuelles… Cette litanie de faits divers pourrissant la vie quotidienne des usagers témoigne de l’insécurité qui s’enracine chaque jour davantage dans les transports en commun. Loin d’être de simples bouffées sporadiques, ils démontrent que les transports sont plus que jamais gangrenés en profondeur par la violence. En la matière, le bilan statistique de la délinquance en 2016, déjà mitigé à plus d’un égard, est édifiant. Chiffres à l’appui, ce document estampillé par le ministère de l’Intérieur prouve que les gares, des trains, des rames et des bus charrient davantage la violence que partout ailleurs en France. Tous les voyants oscillent entre le rouge et l’écarlate.

Les voyous sévissent davantage en sous-sols

«En 2016, le nombre de vols violents commis dans les transports en commun et enregistré par la police et la gendarmerie nationales a augmenté de 7 % (12.151 vols violents en 2016 contre 11.329 en 2015) alors que globalement, tous lieux confondus, il diminuait de 5 % (104.057 en 2016 et 109.515 en 2015)», relèvent les statisticiens de l’Insee. Tout aussi traumatisantes, les agressions physiques et les vols sans violences ont respectivement bondi dans le même temps de 14 % et 17 % alors que ces types de délits restaient relativement stables (+ 2 %) sur le reste du territoire.

Et il apparaît que les voyous sévissent davantage en sous-sols. Les techniciens de la Place Beauvau relèvent en effet qu’«en 2016, ces infractions se produisent davantage dans les réseaux métropolitains (46 %) que dans les réseaux ferrés (33 %) ou de surface (21 %)» avant de détailler que «les vols sans violence se concentrent dans les réseaux métropolitains (un cas sur deux) alors que les vols avec violence et les agressions se concentrent plutôt dans les réseaux ferrés (respectivement 42 % et 43 %)».

Au total, environ 121.000 vols ont donc été enregistrés l’année dernière dans les transports. Soit en moyenne 330 voyageurs détroussés chaque jour à travers le pays. Désormais, «12 % des vols violents commis en France le sont dans les transports en commun», souligne le document Interstats diffusé par le ministère de l’Intérieur. Une tendance confirmée par l’enquête nationale de victimation «Cadre de vie et sécurité» de l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP): entre 2013 et 2015, 13 % des victimes avaient déclaré que leur agression avait eu lieu sur le réseau.

«Leurs voyages se déroulent dans des lieux clos, confinés et à forte concentration qui favorisent les vols à la tire au préjudice d’usagers pas toujours vigilants», décrypte Christophe Soullez, directeur de l’ONDRP. N’excluant pas que l’envol des chiffres est «peut-être lié à une meilleure prise en compte des plaintes et donc une meilleure révélation des faits», le criminologue impute le «sentiment d’insécurité» à une «promiscuité anxiogène», au fait que «les victimes sont beaucoup moins libres de fuir, d’appeler au secours notamment à la nuit tombée» et que «les autorités donnent l’impression ne pas maîtriser l’espace dont ils ont la responsabilité».

D’un point de vue géographique, pas moins des deux tiers de l’ensemble des vols, coups et blessures perpétrés dans les transports en commun ont eu lieu en Ile-de-France. Plus soutenu selon le rapport «avec les trajets domicile-travail des Franciliens et les touristes qui visitent la région», le trafic des trains et des rames véhicule 25 % des vols et agressions perpétrés dans l’agglomération. «Alors que beaucoup de nos collègues ont été davantage sollicités, la Brigade des réseaux ferrés n’a été renforcée par aucune sortie d’école depuis un an alors qu’elle est passée sous la barre de mille fonctionnaires, déplore Yvan Assioma, secrétaire régional du syndicat Alliance à Paris. Si l’on avait deux cents effectifs en plus, ce ne serait pas indécent au moment où le trafic voyageurs risque encore de gonfler sous l’effet des mesures de restriction de circulation des automobilistes…»

Autre explication: les patrouilles, concentrées sur la lutte antiterroriste et mobilisées par le contrôle des flux croissants de migrants dans les gares parisiennes, ont été contraintes de lever le pied sur les lignes des banlieues où prospèrent les bandes. Relevant lui aussi une «forte progression des vols simples et des vols à la tire», marqués par des hausses de 5,4 % et 4,6 % l’année dernière en région parisienne, le préfet de police Michel Cadot confirme que «les équipes des réseaux ferrés ont été moins utilisées sur des contrôles de trains» afin d’être en partie redéployées sur la protection de l’Euro 2016 et sur des «missions de sécurité publique».

Toujours selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), le réseau parisien a été le théâtre de 56.887 vols et agressions l’année dernière. La capitale, qui détient le triste record en raison de la saturation de ses lignes souterraines, enregistre une «hausse sensible» des faits en un an.

«Hors Ile-de-France, les départements du Rhône, des Bouches-du-Rhône, de l’Hérault et de la Loire-Atlantique ont connu des hausses significatives», établissent les experts. Par ailleurs, ils précisent qu’au total pas moins de 9.909 prédateurs du rail ont été mis en cause pour des agressions sexuelles, des vols en tout genre ou encore des coups et blessures volontaires. Si 82 % d’entre eux sont de nationalité française, le rapport annuel souligne que «les deux groupes de nationalités dominants chez les mis en cause étrangers sont les nationalités d’Afrique (28 %) et celles des 28 pays de l’Union européenne (15 %)».

«Parmi les 740 mis en cause étrangers de moins de 15 ans dans les transports en commun, la Roumanie et la Bosnie-Herzégovine» sont «surreprésentées», poursuivent les auteurs. Et de noter: «Ces deux nationalités représentent 88 % de l’ensemble». Consciente de la délinquance qui écorne son image, la SNCF a musclé sans attendre la sûreté ferroviaire en portant ses effectifs à 3.200 hommes, soit 200 de plus en un an. Grâce à un décret pris à l’automne, ces trains marshals à la française vont généraliser les patrouilles en civil pour agir par surprise. Dans leur collimateur? Les fraudeurs, mais aussi les auteurs d’attouchements sexuels qui se multiplient.

Christophe Cornevin

 

::: POLITIQUE

LE MONDE – 26/01/2017

Valls durcit le ton, au péril du rassemblement

Deuxième au premier tour, l’ancien premier ministre multiplie les attaques contre Benoît Hamon sur la laïcité.

C’est une loi d’airain en politique, les batailles les plus violentes se déroulent toujours à l’intérieur d’une même famille, d’un même clan. Celle qui oppose Benoît Hamon et Manuel Valls, pour le second tour de la primaire, ne fait pas exception. A cinq jours du vote, et à la veille d’un débat télévisé décisif, mercredi 25 janvier, l’ancien premier ministre, en retard de près de cinq points sur son rival, a décidé de lâcher ses coups. Au risque de rendre délicat le rassemblement des socialistes au lendemain du scrutin.

Dès le soir du premier tour, l’ancien chef du gouvernement a ciblé sans ambages M. Hamon, expliquant que sa victoire dimanche prochain conduirait à la « défaite assurée » du PS à la présidentielle. Depuis, il a multiplié les attaques contre son adversaire (un « marchand de sable ») et son revenu universel d’existence (« la ruine de notre budget »). Mais c’est surtout sur le terrain de la laïcité et la lutte contre l’islam radical que M. Valls a décidé de monter d’un ton.

Défendant mardi sur France Info « la lutte contre le communautarisme », il a jugé M. Hamon « ambigu » sur le sujet. Pour appuyer son propos, M. Valls s’est rendu dans la foulée à la Maison des femmes de Saint-Denis, en banlieue parisienne, pour expliquer qu’« aucune tradition culturelle dans la République ne peut admettre qu’on interdise à des femmes un lieu ou un espace public ». Allusion à la polémique déclenchée en décembre par les propos du député des Yvelines qui, invité à commenter un reportage montrant l’absence de mixité dans certains cafés de banlieues, avait expliqué qu’« historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes », semblant ainsi relativiser.

Désireux de discréditer M. Hamon, certains partisans de M. Valls ont même sous-entendu que l’élu de Trappes, l’une des villes françaises où la mouvance salafiste est particulièrement implantée, serait au mieux coupable d’indulgence envers l’islam radical, au pire sous influence. En off, ces proches expliquent ainsi que M. Hamon est « le candidat des Frères musulmans », selon Libération, ou qu’il est « soutenu par les Indigènes de la République », mouvement identitaire postcolonial. « Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste et fait un appel du pied électoral », a expliqué, mardi, dans le quotidien 20 Minutes, le député de l’Essonne et ancien président de SOS-Racisme, Malek Boutih, un des « snipers » de M. Valls.

« Une version dévoyée de la laïcité »

Ces différentes attaques ont provoqué l’ire de M. Hamon et de ses soutiens. « C’est du niveau du caniveau ! », a réagi, mardi, le directeur de sa campagne, Mathieu Hanotin, qui estime que M. Valls « joue sur les peurs et les instrumentalise ». « Cela nous rappelle Ali Juppé ! », a ajouté un porte-parole de M. Hamon, Alexis Bachelay, faisant référence à la campagne menée sur les réseaux sociaux par la mouvance identitaire contre Alain Juppé durant la campagne de la primaire de la droite. Mardi soir, M. Hanotin a demandé par courrier au premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, de dénoncer ces attaques qui installent, selon lui, « un climat nauséabond » contraire à la charte éthique de la primaire. Dans le cas contraire, l’équipe Hamon ne s’interdit pas de saisir la Haute Autorité.

Mercredi matin sur France 2, M. Hamon a accusé son adversaire de distiller un « poison ». « Je regrette que des personnes de ma famille politique relaient des attaques de l’extrême droite », a-t-il lancé. La veille, sur RFI, il avait observé que ce n’était pas lui qui avait « une version dévoyée de la laïcité » mais M. Valls, à qui « le Conseil d’Etat a rappelé ce qu’était la loi sur le burkini quand il s’est porté au secours des maires » voulant l’interdire.

Cette stratégie frontale fait débat au sein même de l’équipe de campagne de M. Valls. Certains de ses soutiens estiment que l’ancien premier ministre devrait se concentrer sur l’économique et le social, pour faire venir aux urnes un électorat plus âgé et sensible à la baisse des impôts ou à la hausse des pensions de retraites, proposées dans son projet.

« Cette violence ne lui apportera pas une voix »

Mais d’autres, à l’instar de M. Valls lui-même, assument ce durcissement, au nom d’une indispensable « clarification ». « Manuel Valls ne tape pas, il clive. A quoi servirait la semaine de campagne avant le second tour si elle ne permettait pas de distinguer clairement les profils des deux candidats ? », commente la ministre des familles, Laurence Rossignol, qui ne comprend pas cette « injonction à la douceur ». De son côté, le directeur de la communication de la campagne, Harold Hauzy, déplore « une volonté de nous enfermer dans une posture d’agressivité », pour éviter de parler des « sujets de fond ».

Reste que la fin de campagne de M. Valls sidère une partie des troupes socialistes. « Valls met une ambiance détestable entre les deux tours », s’agace le député de la Nièvre Christian Paul, ex-soutien d’Arnaud Montebourg. Karine Berger, députée des Hautes-Alpes, qui a soutenu Vincent Peillon, ne comprend pas, elle non plus, la ligne choisie par M. Valls. « Cela va crescendo en termes d’attaques, observe-t-elle. Cette violence ne lui apportera pas une voix. Et va faire des dégâts qu’il sera impossible de soigner après. »

Depuis leur avantin, les amis de François Hollande assistent au spectable, affligés. « Ça s’est emballé et c’est regrettable », note ainsi l’ancien ministre Frédéric Cuvillier, qui appelle au « calme ». Mercredi sur France Info, Stéphane Le Foll a indiqué qu’il ne voterait pas pour M. Hamon, mais « pour les idées (que lui, M. Le Foll, a) toujours défendues ». Incapable de dire explicitement qu’il voterait pour M. Valls, pour qui il nourrit un profond ressentiment, le premier des hollandais s’est contenté d’appeler à la « déduction ». Il a en outre recommandé d’« éviter » le « brutal » dans cette fin de campagne et rappelé « l’enjeu du rassemblement ».

Au PS, ils sont de plus en plus nombreux à redouter la « gueule de bois du lundi matin », au lendemain de cet entre-deux-tours à couteaux tirés. « On a du mal à voir le jour d’après, ou alors on le voit trop bien », soupire un proche de M. Hollande, qui imagine déjà une fuite de nombreux élus chez Emmanuel Macron dès la semaine prochaine.

Solenn de Royer et Bastien Bonnefous

LE PARISIEN – 26/01/2017

Présidentielle : Macron monte au front pour se défendre d’avoir profité d’argent public

 

Emmanuel Macron a démissionné du gouvernement le 30 août dernier.

Gourmand Emmanuel Macron ? Entre janvier et août 2016, le candidat aurait dépensé une grande partie des frais de représentation de Bercy. Il se défend de l’avoir fait pour son ambition personnelle.

Conscient que sa prise de parole, mercredi, n’avait pas éteint le feu couvant, Emmanuel Macron a pris sa plume ce jeudi pour dénoncer les accusations qui sont portées contre lui. Dans un livre consacré au ministère des Finances – Bercy, cette grande maison qui trône au-dessus de la Seine à Paris – , les journalistes Marion L’hour et Frédéric Says révèlent que l’ancien ministre aurait utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère en 2016. Selon eux, ce chiffre, couplé aux reproches qui avaient été faits à Macron au moment de la création d’En Marche de ne plus défendre l’action gouvernementale, laisse à penser qu’il aurait, les derniers mois, profité des moyens alloués à sa fonction pour préparer sa campagne.

« Aucun centime du budget du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique n’a jamais été utilisé pour En Marche. Toute affirmation du contraire est purement et simplement diffamatoire » affirme le mouvement dans un long communiqué intitulé « Mensonges et contrevérités : En Marche répond ». Et de remercier « tous les anonymes bien intentionnés » qui montrent que Emmanuel Macron, ministre, « a déployé une activité exceptionnelle » à Bercy. Le communiqué évoque « une loi économique importante du quinquennat », omettant de rappeler qu’elle a été définitivement adoptée en juillet 2015. Sans mettre en question le chiffre de 80%, le communiqué précise aussi que le ministre a oeuvré « sans relâche pour la refondation de l’Union Européenne », un argument qui pourrait se retourner contre le candidat à la présidentielle.

« Recevoir au Ministère des acteurs extérieurs à l’administration fait bien partie du rôle et de la fonction d’un ministre qui ne saurait travailler en circuit fermé et exclusif avec son administration », martèle encore le communiqué.

Le chiffre pas remis en cause, l’objectif oui

« J’ai toujours respecté les règles de la République avec beaucoup de scrupules », affirmait déjà hier Emmanuel Macron sur RTL. Et ce jeudi, Michel Sapin a volé au secours de son prédécesseur à Bercy : « cette information n’a pas de sens. Macron n’a pas dépensé plus que ce à quoi il avait droit très naturellement dans un ministère comme le nôtre », a affirmé le ministre sur LCP. « Ce sont des mesquineries budgétaires », a ajouté Michel Sapin, qui ne s’entendait pourtant pas forcément bien avec Emmanuel Macron du temps où ils étaient tous deux. Il lui a toutefois reproché d’avoir levé le pied après l’approbation de sa loi. « C’est une évidence. Il n’avait plus de projet de loi à porter et il a, dès ce moment-là, peut-être l’avait-il déjà en tête, essayé de travailler à sa propre candidature », a-t-il assuré.

Au printemps dernier, alors que son ambition présidentielle se pressentait, l’intéressé avait déjà dû désamorcer une polémique sur son patrimoine. Fin mai 2016, Médiapart avait révélé que le ministre de l’Economie allait payer un rattrapage d’ISF pour 2013 et 2014 faute d’une évaluation correcte de sa maison du Touquet. «Une erreur d’estimation» sans volonté de minimiser son imposition, avait plaidé Macron, s’arrêtant surtout sur le caractère nauséabond de cette révélation.

 

L’OPINION – 26/01/2017

François Fillon: la déflagration

A la veille du lancement de sa campagne, le candidat de la droite est au cœur d’une polémique au sujet son épouse : elle aurait bénéficié d’emplois de complaisance. Sidération à droite

François Fillon était mercredi à Bordeaux afin de donner une image d’unité aux côtés d’Alain Juppé. Mais cette journée a été gâchée par les révélations du Canard Enchaîné sur son épouse. Selon l’hebdomadaire, l’ex-Premier ministre l’a embauchée comme assistante parlementaire durant des années. Et en 2012 et 2013, Penelope Fillon a été employée à La revue des deux mondes. Activité réelle ? Activité fictive ? La polémique bat son plein. Dans un communiqué, son mari s’étonne d’avoir « appris par la presse l’ouverture d’une enquête préliminaire » et « souhaite, pour rétablir la vérité, être reçu au Parquet national financier dans les plus brefs délais ».

François Fillon est tel un lapin dans les phares d’une voiture. Pour un candidat à l’Elysée – a fortiori pour un favori – c’est un classique. Il arrive toujours un moment où il est passé au laser. En 2007, Nicolas Sarkozy avait dû s’expliquer sur les conditions d’acquisition de la maison qu’il possédait alors à Neuilly et le financement des travaux qu’il y avait effectués. A pareille époque, Ségolène Royal, alors en couple avec François Hollande, avait, elle, été accusée d’avoir sous-estimé son ISF.

Le Canard Enchaîné était à chaque fois à l’origine de ces deux polémiques. Dix ans plus tard, ce même hebdomadaire a plongé, le 25 janvier, le candidat de la droite à l’Elysée dans la tourmente. Selon le journal, François Fillon, alors député de la Sarthe, a embauché son épouse Penelope comme assistante parlementaire de 1998 à 2002, puis les premiers mois (six au minimum) de son mandat de député de Paris en 2012. De 2002 à 2007, alors que son mari était ministre du gouvernement Raffarin puis sénateur, elle l’a été de son suppléant sarthois à l’Assemblée, Marc Joulaud. Elle a ainsi perçu au total 500 000 euros bruts.

Le Canard Enchaîné ne s’arrête pas là. Il révèle que de mai 2012 à la fin de 2013, Penelope Fillon a été recrutée comme conseiller littéraire à La Revue des deux mondes, propriété du groupe Fimalac dirigé par Marc Ladreit de Lacharrière, percevant 100 000 euros bruts de salaire. Or, celle-ci n’aurait rédigé que deux notes de lecture sous pseudonyme.

« Misogynie ». L’entourage de François Fillon n’a pas démenti l’existence de ces emplois et salaires perçus. Dès la sortie du Canard Enchaîné, les éléments de langage adressés à ses porte-parole sont sans ambiguïté. « C’est fréquent que les conjoints des parlementaires soient leur collaborateur, à gauche comme à droite. Mme Fillon est diplômée. Elle a toujours travaillé, dans l’ombre car ce n’est pas son style de se mettre en avant », leur est-il notamment conseillé de répéter sur les ondes. La première partie de l’argument est juste : la pratique n’a rien d’illégale ; elle est fréquente au Sénat, comme à l’Assemblée nationale. Toute la question est de savoir si, dans le cas de Penelope Fillon, cela correspondait à des activités réelles.

C’est d’ailleurs sur ce terrain que François Fillon et les siens ont fait porter la contre-attaque. « Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte. Je ne ferai pas de commentaire parce qu’il n’y a rien à commenter. Je voudrais simplement dire que je suis scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article. Parce que c’est mon épouse, elle n’aurait pas le droit de travailler ? Imaginez un instant qu’un homme politique dise d’une femme, comme le fait cet article, qu’elle ne sait faire que des confitures. Toutes les féministes hurleraient », a répliqué François Fillon, en déplacement à Bordeaux, pour officialiser le soutien d’Alain Juppé.

« Parce que c’est une femme, il faudrait cantonner Penelope Fillon à la confection de confitures ou de tartes aux pommes ? », s’est étonné Bruno Retailleau, en charge de la coordination et de la stratégie de sa campagne.

Cette ligne de défense tiendra-t-elle ? A peine une demi-journée après la sortie du Canard Enchaîné, le parquet national financier a fait savoir qu’il ouvrait une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel afin de vérifier la réalité de l’activité de Penelope Fillon à l’Assemblée. Celle-ci a plusieurs fois, dans les médias, prétendu se tenir à l’écart de la carrière politique de son mari. « La vraie bombe à fragmentation, c’est La revue des deux mondes, confie, de son côté, un important élu LR. Cela peut être un abus de bien social. »

Même si la gauche et le FN n’ont pas rebondi sur l’affaire (eux-mêmes ont embauché nombre de leurs proches !), celle-ci arrive à un moment délicat pour François Fillon. Dimanche se tiendra le grand lancement de sa campagne, Porte de La Villette, à Paris. Cela se veut l’équivalent du raout du 14 janvier 2007 de Nicolas Sarkozy, Porte de Versailles, et du 22 janvier 2012 de François Hollande, au Bourget. Penelope Fillon ne peut pas ne pas être là. Habituée à la discrétion, elle sera cette fois traquée par les caméras de télévision. A la veille du premier tour de la primaire, alors que la victoire de son époux se profilait, son visage lors du grand meeting de celui-ci au Palais des Congrès de Paris avait déjà beaucoup marqué plusieurs élus. « Elle était livide », se souvient un proche.

Toboggan. Déjà avant cette polémique, le candidat était très attendu. L’ex-Premier ministre n’a pas su entretenir la dynamique née de son triomphe du 27 novembre. Il n’a pas su se dépêtrer de la polémique sur sa réforme de l’assurance-maladie. Dans les rangs de la droite, les voix dissonantes n’ont pas manqué. Le 25 janvier, une cinquantaine de parlementaires se sont réunis à l’initiative de Brice Hortefeux. « La tonalité générale, c’est que les gens étaient très inquiets de la campagne de François Fillon », rapporte un présent. « Fillon est en haut du toboggan. Il ne faut pas qu’il le prenne : cela dépendra à 50 % de son discours de dimanche et à 50 % du contexte », confie un autre.

« Le second tour de la primaire a montré qu’on ne savait pas gérer la polémique. On n’en est toujours pas sorti », reconnaît un membre de l’équipe Fillon. C’est tout l’enjeu du moment. La droite a été saisie par un profond effet de sidération après ses révélations sur son nouveau champion, dont elle ne doutait pas de la probité. L’ex-Premier ministre et son équipe sauront-ils cette fois adopter une communication de crise efficace ? S’exposer en pleine tempête, ce n’est pas la nature première du très orgueilleux François Fillon. Pourra-t-il y échapper, alors que son patrimoine, et notamment les activités de sa société de conseil, n’a pas fini d’être disséqué ?

Ludovic Vigogne

 

::: INTERNATIONAL

LE FIGARO – 26/01/2017

Les Grecs résistent à la carte bancaire, le travail au noir prospère

Depuis le 1er janvier, la loi impose le paiement par carte à un panel de métiers divers dans le but de réduire le volume colossal de transactions et de revenus qui échappent au fisc.

Dimitris Variamis a tout du plombier modèle. Juché sur sa moto, à longueur de journée, zigzagant entre les bouchons des rues de Thessalonique, deuxième ville du pays, il est rarement en retard à un rendez-vous. Son énorme sacoche contenant tout son arsenal professionnel, de la clé aux joints en caoutchouc, ne le quitte jamais. Toujours affable et souriant, il confie avoir «plusieurs fois réparé des fuites bénévolement dans des familles frappées par la crise et la brusque paupérisation de la société». Mais, depuis le 1er janvier, Dimitris ne décolère pas. «On nous impose à présent d’avoir tous un terminal de paiement par carte bancaire, alors que je ne sais même pas comment ça marche!»

Depuis la mise en place du contrôle des changes, le 25 juin 2015, le gouvernement et les banques ont tenté à plusieurs reprises, de communiquer sur le bien-fondé des paiements par carte. Et depuis le 1er janvier, la loi impose ces machines à un panel de métiers divers. À savoir: médecins, avocats, restaurants et tavernes, bars, électriciens ou encore plombiers. Au total, 200.000 professionnels sont concernés. L’objectif est tout simplement de réduire le volume colossal de transactions et de revenus qui échappent au fisc.

Amende pour les récalcitrants

Les professionnels ont six mois pour s’équiper, sous peine d’amende, dont le montant n’est pas précisé mais qui pourrait s’inspirer de celle de 1000 euros infligée aux magasins n’ayant pas affiché la possibilité, pour leurs clients, de payer par carte.

Pour Dimitris Variamis, au-delà des problèmes techniques, «dans les îles ou villages éloignés des grandes villes, la grande majorité des personnes, âgées notamment, ne paient qu’en liquide. C’est culturel dans le pays. Quant aux autres, elles préfèrent éviter le coût de la TVA et refusent les factures.» Le plombier peste aussi contre les banques qui «prennent 2 à 3 % de commission sur chaque transaction, alors que la norme européenne ne dépasse pas 0,3 %». En prime, les plombiers ne veulent pas que l’État ait accès à leur compte bancaire. Beaucoup sont surendettés, et, si leurs gains étaient prélevés directement pour payer leurs dettes, «ils n’auraient pas d’autres choix que de mettre la clé sous la porte» s’insurge-t-il.

Son inquiétude, aujourd’hui, est partagée. De plus en plus de collègues ferment leur entreprise tout en continuant de travailler sans être déclarés, et, de facto, sans assurance. «L’État croit que nous filoutons le fisc, comme d’autres métiers de service, mais avec ces mesures dont personne ne bénéficie finalement, et surtout pas le client, il nous pousse à ne plus rien déclarer.»

Plus d’impôts, moins de recettes

C’est justement tout le problème qui se pose au gouvernement d’Alexis Tsipras. Il ne s’est pas contenté de suivre à la lettre les objectifs des créanciers publics (FMI, BCE, UE), mais, selon ses détracteurs, il aurait même fait du zèle. Le gouvernement a réussi à imposer six fois plus de taxes que celles demandées, mais le résultat n’est pas celui escompté. Ainsi, les recettes de 2016 ne sont pas plus importantes qu’en 2015, malgré la première vague d’augmentation d’impôts. L’année 2017 ne sera sans doute pas meilleure, malgré la pluie de nouvelles taxes. Pourtant, le ministère des Finances espère percevoir 900 millions d’euros de plus que l’an dernier, grâce aux taxes sur les cigarettes, la téléphonie mobile ou l’essence.

Les chiffres de 2017 prévoient des recettes fiscales d’un montant total de 43,98 milliards d’euros, dont 3,1 milliards (soit plus de 7 %) qui pourraient provenir, entre autres, de la TVA sur le tabac. Mais les professionnels du secteur prévoient une perte équivalente. «Parce que l’un des plus grands fléaux du pays est la contrebande de cigarettes, qui touche 20 % du marché», avance Andreas Koutras, analyste financier. «Et c’est la même chose dans tous les secteurs, car la consommation des ménages a chuté de 50 %. Rares sont ceux qui peuvent payer leurs impôts, assure l’expert. «De surcroît, le coût du travail ne cesse de s’alourdir. Le nombre d’employés à temps partiel a augmenté de 20 % en deux ans. Ce qui signifie que les patrons déclarent de plus en plus de temps partiel, alors qu’en réalité les employés travaillent à plein temps», conclut Andreas Koutras.

Une chose est sûre: si les recettes n’augmentent pas dans les prochains mois, le gouvernement devra faire face à un sérieux problème de liquidités, qui pourrait relancer les scénarios les plus dangereux pour le pays.

Alexia Kefalas

 

 

LE FIGARO – 26/01/2017

Les Européens observent les crispations turques avec inquiétude

Le durcissement du régime en Turquie depuis le putsch raté du 15 juillet 2016 préoccupe le Conseil de l’Europe.

La répression qui sévit en Turquie inquiète les Européens. Ce mardi, le secrétaire du Conseil de l’Europe s’est félicité d’avoir pu maintenir le contact avec Ankara, tout en affichant ses préoccupations relatives au durcissement qui prévaut depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet. En tout, quelque 100.000 personnes ont été touchées par les purges dans l’armée, la police, la justice, l’enseignement, la presse, l’administration et les entreprises. Alors que l’état d’urgence, décrété après le putsch raté et reconduit à plusieurs reprises, est toujours en vigueur, le Parlement turc a adopté samedi la fameuse réforme constitutionnelle en faveur d’un renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

Le texte doit être soumis à référendum au printemps. «Le pays souhaite aller vers un système plus présidentiel de gouvernement, c’est une question qui relève de la démocratie turque. Néanmoins, demander au peuple d’apporter des changements aussi profonds à la structure de l’État, alors que cet État se trouve dans le cadre d’un état d’urgence, cela suscite des préoccupations», a déclaré Thorbjorn Jagland, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Avant d’ajouter: «Dans un état d’urgence, les droits civiques peuvent être soumis à des restrictions. J’espère donc qu’il sera levé avant que le référendum ait lieu.»

Libérer les journalistes détenus

Inquiet de la mise sous silence d’une partie de l’opposition, le secrétaire du Conseil de l’Europe se pose aussi la question de la présence de «contrepoids suffisants dans le système», à la lecture du «contenu même de ces amendements constitutionnels». L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe suit également de près la récente dégradation de la liberté d’expression, notamment la fermeture de médias et la détention de journalistes, en vertu de décrets adoptés durant l’état d’urgence. Elle appelle Ankara à «remettre en liberté les journalistes détenus qui n’ont pas été inculpés pour participation active à des actes de terrorisme».

Thorbjorn Jagland souligne toutefois que le dialogue se poursuit sur le dossier des personnes arrêtées avec les autorités turques et qu’il a permis d’obtenir quelques résultats. Aussi, depuis lundi a-t-il constaté que la garde à vue a été ramenée de trente à sept jours, même si cette durée peut être prolongée par le procureur général. L’accès à un avocat est également de nouveau possible avant le cinquième jour.

La Turquie a par ailleurs accepté de mettre en place une commission nationale de recours. Celle-ci devrait pouvoir prendre en compte les requêtes déposées par les personnes affectées par des décrets-lois ayant entraîné leur licenciement ou la fermeture des associations, fondations ou entreprises dans lesquelles elles œuvraient. «Ces recours nationaux sont essentiels. Si la cour (européenne des droits de l’homme) est submergée de dizaines de milliers d’affaires venant de Turquie, ces citoyens pourraient se voir contraints d’attendre des années avant qu’un arrêt ne soit exécuté», a estimé Thorbjorn Jagland. Il a néanmoins rappelé que la Cour de Strasbourg serait toujours là pour recueillir les plaintes de ceux qui contesteraient les décisions de cette commission ou des tribunaux turcs.

Delphine Minoui

 

 

LES ECHOS – 26/01/2017

Donald Trump instaure une politique migratoire extrêmement restrictive

 

Donald Trump a confirmé, mercredi, son intention de bâtir un mur à la frontière mexicaine

Sept nationalités, issues du monde musulman, vont être interdites d’accès aux Etats-Unis (Syrie, Irak, Iran, etc). Trump confirme son intention de bâtir un mur à la frontière mexicaine mais se heurte à la résistance du Congrès.

Voilà des décennies que les Etats-Unis accueillent les persécutés du monde entier, des juifs d’Europe centrale aux anticommunistes chinois en passant par les opposants à la révolution cubaine. Cette ouverture au monde est probablement révolue. Donald Trump doit signer plusieurs décrets, ces mercredi et jeudi, qui traduisent une volonté farouche de fermer les frontières du pays, par peur de la menace terroriste et des cartels de drogues notamment.

Cette avalanche de décrets a un autre avantage, celui de détourner l’attention des journalistes des sujets qui fâchent, tels la proximité qui unit la nouvelle administration et la Russie ou les conflits d’intérêt qui menacent le président. « Donald Trump veut galvaniser sa base, après une prise de pouvoir particulièrement chaotique», estime un conseiller républicain au Sénat.

Des mesures importantes

Les mesures anti-immigration n’en sont pas moins importantes : l’accueil de réfugiés devrait être totalement suspendu pendant au moins trois mois, le temps que les Etats-Unis durcissent leurs contrôles de détection des profils dits « dangereux ». Les procédures américaines sont pourtant déjà considérées parmi les plus exigeantes du monde : un Syrien, par exemple, doit compter jusqu’à deux ans d’interviews et d’enquêtes pour être accepté sur le sol américain. L’accueil de réfugiés reprendra ensuite, assure la Maison Blanche, mais à un rythme deux fois moindre qu’aujourd’hui. Seuls 50.000 seront acceptés sur le sol américain cette année, contre 110.000 sous l’ère Obama.

Les pays visés tous musulmans

Ce n est pas tout : les citoyens de sept pays musulmans devraient être totalement privés d’accès aux Etats-Unis (Syrie, Irak, Iran, Yémen, Somalie, Soudan et Libye), à l’exception des chrétiens qui y sont persécutés. Nul ne sait combien de temps sera maintenue cette interdiction. Pendant la campagne déjà, Donald Trump avait fait miroiter la perspective d’interdire l’entrée de musulmans sur le territoire américain. Les mesures présentées cette semaine en constituent une version édulcorée, certainement plus acceptable d’un point de vue constitutionnel. Des recours en justice sont toutefois fort probables, les pays visés étant tous musulmans : « Son discours de campagne ciblait clairement une religion. Les propos tenus par ses conseillers aussi », rappelle Hiroshi Motomura, professeur de droit à l’Université de Californie à Los Angeles.

Trump persiste sur la question du mur face au Mexique

Donald Trump a également confirmé, mercredi, son intention de bâtir un mur à la frontière mexicaine -une provocation à moins d’une semaine de la visite officielle du président mexicain . Mais le décret qui devait être signé mercredi n’est guère plus qu’une déclaration d’intention : il ne garantit pas le fait que le projet aboutira un jour. Son coût est estimé entre 10 et 20 milliards de dollars, une facture que ni les Mexicains ni les Républicains au Congrès ne souhaitent prendre en charge. Même les ministres de Donald Trump sont sceptiques : « Une barrière physique n’arrêtera pas les cartels de drogues », a jugé la semaine dernière le nouveau secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly.

Les villes protégeant les sans-papiers en ligne de mire

Le décret de mercredi permettra d’allouer quelques dizaines de millions de dollars de crédits fédéraux pour lancer le chantier au plus vite. Mais il faudra nettement plus pour en venir à bout, et seul le Congrès sera habilité à débloquer les fonds nécessaires. Donald Trump s’en prend, enfin, aux villes sanctuaires (San Francisco, New York, Dallas, Miami, etc …) qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales pour expulser les sans-papiers. Le président menace de leur couper certains crédits fédéraux. Une perspective inquiétante pour les 11 millions de clandestins qui vivent aux Etats-Unis aujourd’hui.

Lucie Robequain

 

 

 

Vous souhaitant une bonne journée.

 

Cordialement,

 

 

Elena NATALITCH

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