::: ECONOMIE

LE MONDE – 04/01/2017

Compte prévention de la pénibilité : le patronat traîne des pieds

Le MEDEF et la CGPME parient sur le retour de la droite qui a promis l’abolition du dispositif.

Le compte personnel de prévention de la pénibilité (ou « C3P ») est sur le point de franchir une nouvelle étape. Les entreprises ont, en effet, jusqu’au 31 janvier pour déclarer si elles emploient des salariés exposés à un ou plusieurs des six facteurs de risques applicables depuis l’été 2016 (en plus des quatre autres, déjà entrés en vigueur en 2015). L’une des questions, désormais, est de savoir si elles vont se conformer à ces nouvelles règles. Car plusieurs organisations patronales y sont hostiles, dénonçant une « usine à gaz » impossible à faire tourner ; elles espèrent, presque ouvertement, que le dispositif sera aboli en cas de victoire de la droite à la présidentielle d’avril-mai prochain.

Grâce au C3P, tout travailleur exerçant un métier éprouvant se voit accorder des points qui lui offrent trois options, à terme : partir plus tôt à la retraite, passer à temps partiel tout en gardant sa rémunération ou suivre une formation de manière à changer de poste. La mise en vigueur, il y a deux ans, des quatre premiers critères (travail en équipes alternantes, activité de nuit…) s’est déroulée sans trop d’anicroches.

Les choses se sont corsées, en revanche, pour les six autres paramètres (bruit, vibrations mécaniques, exposition à des produits chimiques dangereux…). « Nous ne savons pas comment faire (…) donc nous ne [les] appliquerons pas », avait lancé le président du Medef, Pierre Gattaz, fin juin 2016. De son côté, la CGPME a déposé un recours devant le Conseil d’Etat afin d’obtenir l’annulation de deux décrets : elle invoque notamment le caractère inintelligible des textes définissant les facteurs de risques ; et conclut à « l’impossibilité » de les respecter, plongeant des entreprises, surtout petites et moyennes, « dans l’illégalité ».

« Blocages »

Pour aider les employeurs à s’y retrouver, en particulier les TPE et les PME, la loi avait invité les branches professionnelles à élaborer des modes d’emploi sous la forme de « référentiels » ou d’« accords ». Dans l’entourage de la ministre du travail, Myriam El Khomri, on indique que quatre référentiels ont été homologués par l’administration et un accord a été « étendu » – c’est-à-dire qu’il a force obligatoire sur les entreprises concernées. Sept autres référentiels et deux accords supplémentaires devraient sortir dans les prochains jours, complète-t-on, rue de Grenelle : « Cela montre que l’application de la réforme est possible quand la volonté est là. »

Mais des « blocages » se sont produits dans plusieurs branches alors même qu’elles avaient rédigé des guides. Le bâtiment et la métallurgie en ont un ; ils n’ont pas été déposés au nom d’un « choix politique » motivé par une « opposition de principe », affirme-t-on chez Mme El Khomri. « La révolte est organisée par des organisations d’employeurs, surtout le Medef et la CGPME », enchaîne Hervé Garnier (CFDT).

Certains états-majors patronaux traînent des pieds, en pariant sur une victoire à la présidentielle de François Fillon, qui pourrait être synonyme de suppression du C3P puisque celui-ci l’a promise s’il est élu. Mais ce calcul « n’est pas sans risque », observe un ancien haut gradé du Medef. Pour des raisons juridiques, tout d’abord. A l’heure actuelle, un peu plus de 500 000 comptes ont été ouverts, au titre des quatre premiers facteurs de risques. Un nombre qui est appelé à s’accroître, à la faveur des déclarations liées aux six autres paramètres. Car bon nombre de dirigeants de sociétés jouent le jeu : « Je ne connais pas de grandes entreprises qui ont décidé de ne pas appliquer le dispositif », confie, sous le sceau de l’anonymat, un spécialiste du sujet. Des salariés ont donc acquis des droits, qu’il serait très difficile de détricoter.

L’autre obstacle est politique. La CFDT a pesé de tout son poids pour que le C3P soit instauré : elle le défendra bec et ongles s’il est menacé. « Est-ce qu’un gouvernement aura la capacité de se mettre à dos le principal syndicat réformateur du pays ? », s’interroge le même ex-élu du Medef.

Bertrand Bissuel

 

 

LE FIGARO – 04/01/2017

Une carte d’identification dans le BTP pour lutter contre la fraude au travail détaché

Cet outil doit permettre aux inspecteurs du travail d’identifier immédiatement les personnes non déclarées.

Un parrain et une marraine engagés, et pas des moindres, pour lancer la toute nouvelle carte d’identification professionnelle du BTP. Bernard Cazeneuve et Myriam El Khomri se rendent en effet ce mercredi à l’Imprimerie nationale de Douai pour assister à la sortie de presse des premiers titres. Le premier ministre en profitera pour rappeler les objectifs du gouvernement en termes de lutte contre le travail détaché illégal.

Cette carte professionnelle était réclamée depuis dix ans par les entreprises du BTP, qui souffrent au premier chef de la concurrence déloyale provoquée par la fraude au travail détaché. Ce sont d’ailleurs les employeurs qui financeront l’impression des cartes d’immatriculation dont le principe a été accepté par l’ancien ministre du Travail, François Rebsamen, avant d’être inscrit dans la loi Macron de 2015. «Le but est de savoir enfin très simplement qui est qui sur un chantier, se félicite Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB). Aujourd’hui, il y a tellement de compagnons avec des contrats différents – CDI ou CDD de nos entreprises, CDI ou CDD détachés, intérimaires d’agences françaises ou détachés… – qu’on ne sait plus qui vient d’où.»

Grâce à cette carte, les inspecteurs du travail pourront immédiatement identifier les personnes non déclarées et vérifier, pour celles en possession du titre, que l’employeur remplit bien toutes ses obligations. À la manière des titres de transport dématérialisés, type pass Navigo en Île-de-France, le contrôleur aura accès en scannant la carte à une base informatisée de données personnelles.

Une première phase pilote a concerné une poignée d’entreprises en décembre avant un déploiement progressif sur tout le territoire jusqu’en juin. Les entreprises disposent d’un délai de deux mois pour mettre en règle tous leurs salariés (1,6 million cette année). L’ensemble des démarches s’effectue en ligne sur le site cartebtp.fr. Selon la FFB, environ 100.000 travailleurs détachés déclarés, et autant de non déclarés, sont employés aujourd’hui dans le secteur du bâtiment.

La lutte contre la fraude au détachement est devenue une priorité en France depuis les lois Savary (juillet 2014) et Macron (août 2015). Selon les données du ministère du Travail, pas moins de 1500 interventions de l’Inspection du travail sont recensées en moyenne tous les mois depuis septembre 2015, soit trois fois plus qu’auparavant. Des «descentes» quasi policières qui ont débouché sur 840 amendes administratives depuis juillet 2015 et sur 33 suspensions de chantiers en 2016.

Révision de la directive européenne

«La carte BTP ne peut être qu’une étape, prévient toutefois Jacques Chanut. Il faut encore renforcer les contrôles pour les dépassements de temps de travail et chez les particuliers.» Et le président de la FFB de donner une piste aux contrôleurs de l’Inspection du travail: «Il faudrait commencer par s’intéresser aux camionnettes sur les parkings des magasins de bricolage où des ouvriers proposent leurs services à des particuliers pour 50 euros par jour.»

Le travail détaché au sein de l’Union européenne est autorisé depuis la directive de 1996. Le texte, rédigé à une époque où l’Europe comptait quinze membres et où les écarts de salaires minimums allaient d’un à trois, contre un à dix aujourd’hui, subit une forte contestation. Myriam El Khomri, avec ses homologues allemande et belge, en demande d’ailleurs une révision, aujourd’hui totalement bloquée. Lorsqu’une entreprise détache un salarié dans l’Union européenne, il s’aligne sur le pays d’accueil en termes de salaire mais paie les cotisations sociales du pays d’origine.

Anne de Guigné

 

 

LE FIGARO – 04/01/2017

L’État français va émettre sa première obligation verte

Le programme d’émissions français pourrait financer des projets bénéfiques à l’environnement jusqu’à 10 milliards d’euros.

La France veut accélérer le développement de la finance verte. Comme promis, elle va donc émettre dans les prochaines semaines des emprunts d’État dédiés au financement de projets bénéfiques à l’environnement (transports propres, économies d’énergie…), pour lutter contre le réchauffement climatique et défendre la biodiversité. Elle avait l’ambition d’être le premier État à émettre ces obligations vertes, dans la continuité de la COP21, mais la Pologne lui a grillé la politesse en décembre, pour des montants modestes (750 millions d’euros sur cinq ans). Présenté mardi matin par Michel Sapin, et Ségolène Royal, le programme d’émissions français pourrait, lui, financer jusqu’à 10 milliards d’euros de dépenses «vertes» clairement identifiées (dépenses fiscales, ou de fonctionnement, mais aussi investissements nouveaux).

L’Agence France Trésor a confié à un groupe de banques la mission d’évaluer l’appétit des investisseurs internationaux pour ces emprunts d’une durée longue (de quinze à vingt-cinq ans), qui devront être liquides «afin que l’État ne paie pas plus cher que sur ces autres emprunts», a précisé le ministre des Finances. Ce test déterminera la taille de la première émission, qui devrait être assez importante (au moins 2,5 milliards d’euros) pour trouver sa place dans les indices mondiaux. Jusqu’à présent, les investisseurs se sont montrés très friands des green bonds déjà émis par des organismes internationaux, des entreprises (EDF…) ou des banques (Société générale, Crédit agricole, BNP, BPCE…).

Anne Bodescot

 

::: ENTREPRISES

LE POINT – 04/01/2017

Saint-Nazaire : l’italien Fincantieri retenu pour reprendre STX France

 

Livraison du paquebot « Harmony of the Seas » à l’armateur Royal Caribbean Cruises Ltd. Chantier naval STX.

Les chantiers de Saint-Nazaire sont la seule filiale rentable du groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding. Fincantieri était seul en lice.

La justice sud-coréenne a retenu le constructeur naval italien Fincantieri comme candidat préféré à la reprise du chantier naval STX France de Saint-Nazaire, a annoncé mardi un porte-parole du tribunal gérant ce dossier. Le groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding, actionnaire majoritaire du chantier de Saint-Nazaire, se débat depuis des années avec des pertes croissantes provoquées par une gestion défaillante et une demande mondiale en berne. Il a officiellement été mis en vente en octobre par la justice sud-coréenne.

Les chantiers de Saint-Nazaire, détenus pour un tiers par l’État français, sont sa seule filiale rentable. « Le tribunal est parvenu à une décision cet après-midi », a déclaré à l’AFP le juge Choi Ung-young, qui fait office de porte-parole du tribunal de commerce du district central de Séoul.

Fincantieri doit à présent mener une étude de terrain sur les chantiers navals français et se mettre d’accord sur un prix d’achat avec le groupe sud-coréen, avant la signature d’un accord qui le verrait acquérir 66,6 % de STX France, a ajouté le porte-parole. L’italien, interrogé par l’AFP, s’est refusé à tout commentaire.

Réactions politiques

À la suite de cette annonce, le Parti communiste a indiqué dans un communiqué : «  L’État a toutes les cartes en mains pour s’opposer à la prise de contrôle italienne. Il n’est pas trop tard pour mettre en œuvre une solution nationale utile au pays en renforçant la participation de l’État au capital du chantier, en y associant ses partenaires historiques, mais aussi des industriels nationaux  ».

De son côté, Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle, a déclaré : « À peine acheté, STX France peut craindre une réorganisation opérée par son repreneur italien : ce dernier pillera le savoir-faire français, la richesse en R&D de STX et ses commandes qui se comptent en milliards… Dans une logique de baisse des coûts, il pourra également supprimer les postes en France au profit de sites de production chinois ! (…) Un État sensé et défenseur des intérêts nationaux bloquerait par tous les moyens cette acquisition d’entreprise stratégique par un groupe étranger, en activant le décret Villepin (élargi par Arnaud Montebourg lors de l’affaire Alstom). Il entamerait des négociations visant à nationaliser STX France dans le cadre d’un conglomérat STX/DCNS/Alstom ».

Sur Twitter, Marine Le Pen, candidate Front national à la présidentielle, a publié le message suivant : « Chantiers navals : vives inquiétudes autour de la reprise par l’italien #Fincantieri. Mon engagement : reprise à 51 % par l’État ».

La filiale française en pleine forme

Les noms de Fincantieri, du néerlandais Damen et du groupe naval français DCNS avaient été avancés pour la reprise de la florissante filiale française de STX Offshore and Shipbuilding. Mais l’italien avait été le seul à faire une offre de reprise la semaine dernière dans les délais impartis.

Contrairement à sa maison mère, STX France, qui compte 2 600 salariés et fait travailler environ 5 000 sous-traitants, est en pleine forme avec un carnet de commandes très bien rempli. STX France avait été revendu à STX en 2008 par le norvégien Aker Yards, qui l’avait racheté en 2006 à Alstom.

STX Offshore and  Shipbuilding est sous le contrôle de ses créanciers depuis 2013, dont la banque publique Korea Development Bank. Ceux-ci ont lâché plus de 4 000 milliards de wons pour l’aider à faire face à ses échéances (3,2 milliards d’euros), mais cela n’a pas suffi à remettre l’entreprise à flot et son endettement total atteignait 7 300 milliards de wons en juin.

 

LA TRIBUNE – 04/01/2017

Immobilier : 2016, une année exceptionnelle

 

Une série de nouveaux chiffres sur l’immobilier en France viennent d’être publiés. Ils confirment que 2016 a été une année exceptionnelle.

Porté par un crédit très bon marché et des aides publiques, le marché immobilier ancien en France a connu une année 2016 exceptionnelle avec de gros volumes de ventes, selon les deux premiers réseaux immobiliers à publier leurs chiffres. L’année écoulée a été un « très grand cru qui n’est pas sans rappeler l’année 2007 » estimait lundi Yann Jehanno, directeur exécutif du réseau Laforêt (700 agences) dont les transactions ont bondi de 12,8 % au plan national, tandis que son concurrent Guy Hoquet L’Immobilier (450 agences), filiale du groupe Nexity, a vu ses ventes bondir de 11,5 % en France, et même 15 % à Paris. Chez Century 21, les transactions ont même bondi de 15,1 % en 2016. « De nombreux économistes pronostiquent autour de 840.000 transactions » à l’échelle de la France, souligne Laforêt, tandis que Guy Hoquet et Century 21 prédisent jusqu’à 850.000 ventes. Pour en être certain, il faudra toutefois attendre les chiffres définitifs des notaires qui seront publiés dans les prochaines semaines.

Conditions exceptionnelles de taux

Ce dynamisme du marché est dû à des « conditions exceptionnelles de taux », rappelle Fabrice Abraham, directeur général de Guy Hoquet, ainsi qu’à des prix légèrement baissiers depuis 2011. Ces deux facteurs ont permis aux acquéreurs de « voir le prix de leur achat immobilier baisser de 20 à 25 % », précise-t-il. Après un an de baisse continue, les taux d’intérêt ont très légèrement augmenté en décembre à 1,34 % en moyenne, a annoncé lundi de son côté l’observatoire Crédit Logement/CSA. Même s’ils ont « sans doute atteint un seuil historique, en-dessous duquel il sera difficile de descendre », relève Elix Rizkallah, président de Laforêt, ils « offrent aux emprunteurs un pouvoir d’achat qui dynamise l’ensemble du marché immobilier ». Ces ventes très étoffées ont été soutenues par les deux moteurs traditionnels du marché: les ménages qui ont accédé à la propriété et les investisseurs.

Les primo-accédants très présents

« Très actifs », note Guy Hoquet, les primo-accédants sont aussi de plus en plus présents, en générant 40 % du volume des transactions en 2016 contre 36 % l’année d’avant et 24 % en 2012, au sein du réseau. En parallèle les « secundo-accédants », qui vendent un logement pour en racheter un autre, reculent en ne représentant plus que 42 % des volumes de ventes, contre 60 % en 2012. Les investisseurs sont de retour en générant 18 % des transactions en 2016, soit le double du volume de 2015, chez Guy Hoquet et 15 % chez Laforêt (contre 11 %). De leur côté les prix des biens vendus ont progressé de 1,9 % en France (et même de 3,8 % à Paris) chez Laforêt et de 3,1 % chez Guy Hoquet (+4,8 % à Paris).

 

LES ECHOS – 04/01/2017

Les six défis qui attendent SFR, Free, Orange, Bouygues Telecom en 2017

 

Les frais d’itinérance frappant les appels passés de l’étranger disparaissent : le texte a été adopté par la Commission européenne mi-décembre.

Après une année marquée par l’échec de la consolidation, 2017 promet d’être à nouveau animée dans les télécoms. Revue de détail des principaux enjeux du secteur, dans un contexte de marché toujours aussi concurrentiel.

La fin du « roaming »

A partir de juin prochain, les Européens en voyage pourront utiliser leurs portables dans n’importe quel pays de l’Union sans se soucier de la facture à la fin du mois. Les frais d’itinérance (ou « roaming ») vont en effet disparaître. Après quelques rebondissements à l’automne, le texte a finalement été adopté par Bruxelles mi-décembre. Les opérateurs ont obtenu des garde-fous afin d’éviter les abus. En cas de consommation forte et régulière, il sera par exemple possible d’exiger des explications et de surfacturer. Objectif : éviter que les consommateurs n’achètent une carte SIM dans un pays où les télécoms sont peu chers pour l’utiliser uniquement dans leur pays, en itinérance. Cette nouvelle législation va représenter un manque à gagner pour les opérateurs français. La France faisant partie des pays qui accueillent le plus de touristes, elle profite des flux de communications avec les autres pays. Les « telcos » s’y sont préparés en offrant progressivement le roaming dans des forfaits. Mais « il y aura clairement un impact défavorable dans les comptes des opérateurs en 2017 et 2018 », affirme Thomas Coudry, analyste chez Bryan Garnier. Chez Orange, on a déjà fait les comptes : ce sont 150 millions d’euros d’Ebitda qui pourraient faire défaut cette année par rapport à 2016 (soit 1,2 % de l’Ebitda 2015). A charge aux opérateurs de trouver un moyen de compenser ces pertes de marges.

Consolidation, stop ou encore ?

Tout le monde, ou presque, y a cru l’an dernier :  Orange devait racheter Bouygues Telecom. Mais les négociations ont échoué et, depuis, c’est le statu quo. L’élection d’un nouveau président de la République cette année pourrait changer la donne. Si l’Etat devait vendre sa participation de 23 % dans Orange, par exemple, cela faciliterait une fusion. Parmi les candidats, François Fillon a prévenu que, s’il était élu, il procéderait à des privatisations. Mais ce dernier est aussi l’initiateur de la quatrième licence de téléphonie mobile accordée à Free. Pas sûr qu’il s’emploie à détruire ce qu’il a lui-même construit en faisant passer le nombre d’opérateurs télécoms de trois à quatre. Un autre acteur pourrait entrer dans le jeu : Vivendi. Poussé par Vincent Bolloré, la maison mère de Canal+ (qui détient des parts dans les opérateurs Telecom Italia et Telefonica) lorgnerait désormais sur Orange. Un scénario voyant Vivendi apporter ses 23 % dans Telecom Italia à Orange en échange d’une entrée au capital de l’opérateur historique français n’est pas à exclure.

La poursuite de la convergence

Initié en 2016, le renforcement des opérateurs télécoms dans les contenus pourrait bien être l’un des thèmes forts de 2017. SFR, le plus offensif dans ce domaine, et Orange vont commencer à produire des séries cette année. SFR va aussi investir dans le cinéma, ce qu’Orange fait depuis longtemps. SFR, qui détient l’exclusivité des droits TV de la Premier League, pourrait aussi s’intéresser à la Ligue 1 et à la Ligue des champions. Les lignes bougent : Stéphane Richard, le patron d’Orange, n’exclut plus d’investir dans les droits du foot et de prendre une participation, même minoritaire, dans Canal+. Les autorités de régulation pourraient toutefois se montrer sourcilleuses. La nouvelle présidente de l’Autorité de la concurrence, Isabelle de Silva, aura probablement son mot à dire si les exclusivités des opérateurs se multiplient. « Tout ce qui brille n’est pas de l’or », a prévenu de son côté Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, en fin d’année, en allusion aux opérateurs qui investissent beaucoup dans les contenus. Le régulateur redoute une réduction des investissements dans les infrastructures.

La diversification en marche

Les opérateurs télécoms n’ont pas vocation a être de simples tuyaux qui vendent un abonnement à Internet, au téléphone et à la télévision. Certains réfléchissent déjà à vendre d’autres services. C’est le cas d’Orange, qui va lancer Orange Bank, une banque mobile, au premier semestre, après avoir racheté 65 % de Groupama Banque. C’est le projet le plus structurant de l’opérateur cette année et un vrai défi, car ce type d’initiative de la part d’un opérateur télécoms n’a jamais connu de succès à grande échelle dans un pays développé. SFR a aussi des projets dans la banque en ligne et dans la télémédecine. Il discute avec des banques françaises de la conception d’un porte-monnaie électronique et prépare le lancement d’une offre de terminal de paiement mobile pour les commerçants en 2017.

Cap sur l’international

Si la consolidation nationale reste dans toutes les têtes, les opérateurs, à l’exception de Bouygues Telecom, regardent aussi vers l’étranger. Pour la première fois, en 2017, Free sortira du cadre hexagonal pour se lancer à la conquête de l’Italie. Après la fusion, l’an dernier, entre Wind et H3G, le groupe a récupéré des fréquences, des antennes et le droit d’utiliser une partie du réseau du nouvel ensemble ainsi constitué. Bref, tout pour devenir le quatrième opérateur de la péninsule. Xavier Niel et ses lieutenants multiplient les allers-retours entre Paris et Milan. Les premières offres devraient voir le jour à la fin de l’année. Reste à savoir si Free parviendra à y bousculer le marché comme en France. Orange, de son côté, continuera à sonder les opportunités à l’international. En Afrique, où il est déjà très présent ; en Europe de l’Est, où il convoite Vivacom, le numéro un bulgare des télécoms ; et enfin en Iran, où il travaille sur un partenariat avec MCI, leader du mobile. Enfin, après une pause en 2016, Altice, le holding de SFR, pourrait renouer avec les acquisitions. Priorité aux Etats-Unis, où Patrick Drahi envisage de faire coter une partie de ses activités pour financer sa future croissance.

La Fin programmée des zones blanches

La fracture numérique pourra-t-elle être résorbée en 2017 ? Des échéances importantes sont en tout cas attendues. D’ici au mois de juin, les opérateurs télécoms ont l’obligation de couvrir en 3G les zones blanches du territoire, ces endroits où le mobile ne passe pas. Près de 3.800 centres-bourgs figurent dans le programme zones blanches, représentant environ 1 % de la population française. Dès la fin de 2016, l’intégralité de ces sites devaient être couverts en voix et en SMS. Pas sûr que l’objectif ait été atteint, alors que certains pylônes restaient encore à construire…

Enfin, le 17 janvier, 40 % des habitants de la zone peu dense (18 % de la population) devront bénéficier de la 4G, conformément aux obligations liées à l’achat des fréquences par les opérateurs.

Fabienne Schmitt et Romain Gueugneau

 

 

L’EXPRESS – 04/01/2017

CES 2017: pourquoi les entreprises françaises misent gros sur Las Vegas

Pour cette édition 2017 du CES, près de 500 entreprises françaises devraient être représentées à Las Vegas. Officiellement, ou plus officieusement…

Faire des milliers de kilomètres, investir des milliers d’euros, tout ça pour quoi? L’Express a sondé start-ups, grands groupes et spécialistes du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas pour comprendre l’intérêt et les objectifs des « frenchies » à y être.

Présenter son produit, sentir les évolutions du marché, alimenter son réseau… A première vue, le CES de Las Vegas est un salon professionnel comme il en existe des centaines chaque année à travers le monde. A ceci près qu’il est le seul à réunir autant de professionnels de la high-tech et que les Français n’hésitent pas faire des milliers de kilomètres pour discuter, souvent, entre eux.

« En tout il doit y avoir environ 500 entreprises tricolores présentes dans les allées du salon, indique à L’Express Christian Pineau, spécialiste du CES et président d’International Boost, une agence spécialisée qui accompagne les boîtes à Vegas. L’essence du CES, c’est le business. Avant le salon était très BtoC [business to consumer], mais il se transforme et devient plus BtoB [business to business]. Cela change la donne ».

Eram a « testé le marché »

Pour les entreprises, venir à Las Vegas est une sorte de voyage initiatique qui laisse peu de place au hasard. Afin d’exposer sur place, il faut soit fournir un produit fini, soit un prototype bien avancé. Comme ce fut le cas par exemple pour la marque de chaussure Eram. Pour les dirigeants du groupe familial du Maine-et-Loire, plus gros employeur du département, franchir le pas à quelques semaines à peine du salon était un pari osé.

« Nous avions un premier prototype de chaussure connectée, la « Choose », que l’on venait de présenter à un salon près de Lille. Les premiers retours étaient bons, on s’est dit qu’il fallait tenter le coup au CES, explique à L’Express Renaud Montin, directeur de l’innovation chez Eram. On s’est activé pour préparer une V2, très axée mode plus que techno. L’idée ce n’était pas de repartir avec une liste de commandes, mais plus de tester le marché directement ».

Dans ses valises, Renaud Montin est quand même rentré avec une très belle couverture médiatique, et quelques contacts précieux avec des distributeurs. « Cette année, on y retourne, davantage en tant que spectateurs. On sait que les gens ont adoré le produit, maintenant il ne faut pas les faire attendre trop longtemps », précise Renaud Montin. La commercialisation du produit est actée, ce deuxième voyage sera donc l’occasion de nourrir son réseau.

La Poste poursuit « sa diversification »

Le « networking » c’est justement le second levier du CES. En marge de la convention, conférences, soirées et petits entretiens se tiennent dans les salons feutrés des hôtels de Las Vegas. Les dirigeants de grands groupes reçoivent clients, fournisseurs et décideurs en coulisses. Cette année, le fabricant français STMicroelectronics, visiteur fidèle du CES, a décidé de la jouer à l’américaine, « backstage » comme on dit.

Mais d’autres grands comptes comme La Poste, Crédit Agricole ou Engie se mettent en première ligne. « Pour ces grandes entreprises, c’est surtout une question de branding, d’alimenter leur réputation, surtout vis-à-vis des Français d’ailleurs, note un observateur avisé. Pour assurer leur visibilité, ils emmènent avec eux des start-ups et louent des espaces très chers, pour plusieurs centaines de milliers d’euros ».

Au groupe La Poste, Jérôme Toucheboeuf accompagnera 16 start-ups sélectionnées pour s’afficher sur son stand. « C’est notre 3e année au CES, cette démarche s’inscrit dans une stratégie de diversification que l’on a lancé autour des objets connectés. Pour ces jeunes boites, venir à Vegas a un coût. Pour nous, cela permet de montrer notre investissement dans ce domaine. Tout le monde est gagnant », avance le directeur Innovation de La Poste.

D’autant plus que cet investissement peut se conclure par des contrats. L’année dernière, à Vegas, La Poste a noué des contacts avec Malakoff-Médéric, et signé un accord avec BNB Real Estate pour mettre en place une solution de gestion de la surveillance de ses bâtiments. « Ce sont des opportunités qui se créent. A la base, on ne pense pas forcément à nous. Être sur place facilite les échanges et rend les choses plus simples », note Jérôme Toucheboeuf

Les start-ups « s’ouvrent des portes »

Chez les startupers, le CES peut faire office de tremplin. L’année dernière, la jeune pousse 10-Vins, qui commercialise une machine de dégustation, une sorte de « Nespresso » de l’or rouge, est reparti de Vegas avec deux prix.

« Nous étions quatre sur place et c’était assez intense, raconte à L’Express Thibault Jarousse, la trentaine, ingénieur de métier et créateur de l’entreprise en 2012. A la base, l’objectif était très clairement l’analyse du marché américain. Nous sommes restés 3 semaines, à Las Vegas puis San Francisco et enfin New York. L’idée était de savoir si nous démarrions côte ouest ou côte est. En fait, nous avons été un peu dépassés par les événements, mais ça nous a ouvert pas mal de portes ».

Démarrage à Singapour, levée de fonds de 2 millions d’euros, lancement de la distribution avec les Galeries Lafayette… Si l’entreprise y retourne cette année, c’est avec « l’objectif de démarrer le marché américain », précise le jeune entrepreneur.

Et ça tombe bien, il semblerait que l’attrait avec l’Oncle Sam soit réciproque. « La France est un marché critique pour le succès du CES, précise à L’Express John Kelley, un des dirigeants du salon en charge des programmes internationaux. Nous sommes ravis que les décideurs français considèrent comme une priorité de venir au CES pour expérimenter la prochaine vague d’innovation qui changera notre monde. La France s’est désormais identifiée comme un pays qui privilégie l’innovation technologique, et cela explique sa présence accrue au CES ». Il ne reste plus aux « Frenchies » qu’à bien placer leurs jetons…

Vidéo : http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/ces-2017-pourquoi-les-entreprises-francaises-misent-gros-sur-las-vegas_1865370.html

 

Sébastien Pommier

 

 

::: POLITIQUE

LE MONDE – 04/01/2017

Peillon et Valls présentent leurs programmes

Les deux candidats à la primaire à gauche ont exposé les grandes lignes de leurs projets, mardi 3 janvier.

Manuel Valls et Vincent Peillon, les deux candidats tardifs de la primaire à gauche, ont présenté leurs projets respectifs, mardi 3 janvier. Alors que la compétition s’accélère, moins de trois semaines avant le premier tour de l’élection (le 22 janvier) et neuf jours avant le premier débat télévisé (le 12 janvier), la gestion de l’agenda médiatique devient une arme politique. Pas question donc d’offrir à la concurrence la possibilité d’occuper seule le terrain.

L’ancien premier ministre et l’ex-ministre de l’éducation nationale ont chacun un positionnement délicat à trouver avant le vote. Les deux autres candidats principaux de la primaire, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, attaquent le bilan de François Hollande, rappelant qu’ils ont quitté le pouvoir en 2014, sur fond de désaccord politique. MM. Valls et Peillon, eux, assument ce bilan, mais revendiquent une part d’inventivité personnelle. Difficile équilibre, illustré avant les fêtes par la proposition de M. Valls de supprimer l’article 49.3, qu’il a pourtant utilisé à six reprises comme chef de la majorité pour faire voter la loi Macron et la loi travail.

Soucieux de parler au cœur du Parti socialiste, M. Peillon tente de ressusciter l’héritage des années bénies du gouvernement Jospin, au risque d’oublier que l’histoire a mal fini le 21 avril 2002. Il veut incarner « une candidature de respect », fidèle à une gauche de gouvernement social-démocrate, mais sans l’intransigeance vallsienne de l’exercice du pouvoir. Dans son projet, le professeur de philosophie met fortement l’accent sur l’enseignement supérieur et la recherche, en promettant de créer 8 000 postes supplémentaires d’enseignants sur cinq ans, ainsi que 4 000 postes de jeunes chercheurs et ingénieurs, pour « gagner la bataille de l’intelligence ». L’eurodéputé propose également un « New Deal européen » avec le déploiement d’un plan d’investissement communautaire de « 1 000 milliards d’euros » pour financer des secteurs d’avenir.

Droit de vote des étrangers aux élections locales

Sur le plan institutionnel, M. Peillon plaide pour une élection des députés à la proportionnelle dans « les grandes régions » pour lutter contre le « poison du fait majoritaire ». Un référendum, qui serait programmé à l’automne 2017, prévoit aussi l’indépendance effective des magistrats du parquet, la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle et la mise en œuvre du droit de vote des étrangers aux élections locales.

Au niveau budgétaire, M. Peillon entend « poursuivre » la baisse des déficits publics, mais veut augmenter le budget de la justice de 5 % par an pendant tout le quinquennat, mettre en place la CSG progressive et réformer la fiscalité sur la transmission des patrimoines et la détention de capital. Sans abroger la loi travail, il entend revenir sur sa mesure principale, en rétablissant la hiérarchie des normes dans le droit du travail.

De son côté, M. Valls cherche à incarner une gauche de gouvernement débarrassée des ambiguïtés du hollandisme. Dans son projet, il insiste particulièrement sur la question européenne, proposant une « conférence de refondation de l’Europe » avec un seul « projet clair : la protection des Européens à l’heure de la mondialisation ». Une défense de la « souveraineté » qui s’adresse notamment aux classes populaires s’estimant « dépossédées de leur destin », afin de leur montrer qu’il a entendu les messages électoraux envoyés par le Brexit britannique ou la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis.

« Le projet doit pouvoir évoluer »

Reprenant ses plaidoyers pour une « nation éducative » et une « renaissance démocratique », M. Valls souhaite également « redonner du pouvoir d’achat » aux Français. Il propose ainsi la mise en place d’un « revenu décent », différent du revenu universel d’existence de M. Hamon, qui prévoit la fusion des minima sociaux et la création d’un revenu d’autonomie pour tous les 18-25 ans. Concernant la lutte contre les discriminations, l’ex-premier ministre promet de « faire disparaître en dix ans » l’écart de salaires femmes-hommes dans les entreprises.

Malgré ses cinquante pages, l’objectif du projet vallsiste n’est pas de présenter une plate-forme de propositions ultra-détaillées. « On n’est pas sur un catalogue présidentiel avec 110 propositions, mais plutôt sur une dizaine de priorités bien identifiées, car le projet doit pouvoir évoluer pour la présidentielle », explique Olivier Dussopt, son porte-parole. Selon le député de l’Ardèche, l’ancien premier ministre veut « éviter le syndrome Fillon élu en novembre à la primaire de la droite sur un programme précis, qu’il doit désormais mettre sous le tapis pour tenter de rassembler les Français ».

« Un mauvais congrès du PS »

Sur plusieurs aspects, les idées de MM. Valls et Peillon se rejoignent : tous deux proposent par exemple de porter à 2 % du PIB le budget de la défense, la création de 5 000 postes de gendarmes et de policiers supplémentaires en cinq ans, la limitation du cumul des mandats dans le temps et la baisse du nombre de parlementaires, la suppression de la Cour de justice de la République ou la consultation des citoyens lors de la fabrication des lois au Parlement. Au niveau européen, ils sont favorables l’un et l’autre à une « pause » dans le processus d’élargissement de l’Union, ainsi qu’au fonctionnement de l’Europe par « cercles » de pays si l’unanimité des 27 membres est introuvable sur certains dossiers.

Un tel parallélisme fait dire au camp Valls que la candidature de M. Peillon n’existe en réalité que par calcul interne, pour empêcher leur champion. « Quelle est la ligne politique de Vincent Peillon, à part gêner Manuel Valls ? Cela ne fait pas un projet, c’est au contraire la meilleure façon de faire de la primaire un mauvais congrès du PS », estime M. Dussopt.

Face à ce duel à distance, MM. Montebourg et Hamon, candidats, eux, depuis cet été, ne veulent pas être en reste. Les deux, qui ont listé leurs propositions, savent qu’ils doivent désormais mettre l’accent sur leur chiffrage. L’ancien ministre de l’économie, qui a déjà dévoilé son « projet France », organise mercredi une nouvelle conférence de presse pour préciser ses propositions en matière économique et sociale. L’ex-ministre du redressement productif cherche ainsi à se différencier de tous ses concurrents. « Ma candidature n’est pas une candidature de gestion ou de soumission à l’ordre établi, ni une candidature de prospective pour les vingt prochaines années, mais une candidature de transformation pour les cinq mois qui viennent », explique M. Montebourg, mettant sous la même toise MM. Peillon, Valls et Hamon.

Bastien Bonnefous

 

 

LES ECHOS – 04/01/2017

Primaire à gauche : le sérieux budgétaire n’est plus vraiment de saison

+ INFOGRAPHIE + VIDEO – Les candidats à la primaire font tout pour que le PS échappe à la malédiction qui frappe les partis sociaux-démocrates en Europe.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés. Depuis cinq ans, les partis sociaux-démocrates d’Europe sont nombreux à subir le même sort : la crise qui les oblige à la rigueur budgétaire quand ils sont au pouvoir, puis la descente aux enfers électoraux qui suit. Du Pasok grec sombré corps et âme au PSOE espagnol, en passant par les travaillistes néerlandais en très mauvaise posture pour les élections du printemps, les exemples ne manquent pas.

C’est à la lumière de cette maladie européenne qu’il faut lire les programmes économiques des différents candidats à la primaire du Parti socialiste français. Ses cousins du Vieux Continent ont tous payé d’une façon ou d’une autre un positionnement gestionnaire, et personne n’a envie au PS de subir le même sort. Alors qu’en 2011 aussi bien François Hollande que Manuel Valls assumait un certain sérieux budgétaire dans le cadre d’un scrutin qui a pourtant tendance à appeler à une surenchère à gauche, ce n’est plus vraiment de saison en 2017. Il est d’ailleurs frappant de voir que les quatre principaux candidats (Manuel Valls, Vincent Peillon, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg) n’abordent à aucun moment la problématique du financement de l’assurance-maladie ou de l’assurance-chômage. Même silence sur l’avenir du système des retraites.

Mettre entre parenthèses le Pacte de stabilité

Ce n’est certes pas si surprenant pour Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. qui revendiquent ouvertement de rompre avec les canons du quinquennat Hollande. Le premier est le plus radical, qui veut mettre entre parenthèses le Pacte de stabilité européen – c’est bien le moins quand on veut créer un revenu universel coûtant 300 milliards d’euros au bas mot. Le champion du patriotisme économique a un profil plus hybride, acceptant en partie la politique de l’offre menée par l’actuel gouvernement mais rejetant tout ce qui peut ressembler vaguement à de l’austérité. Si bien qu’il finance une partie de son plan de relance par de l’endettement supplémentaire, si on en croit ses déclarations publiques.

Quant aux héritiers présumés du hollandisme, ils se gardent bien de trop en faire sur le sérieux budgétaire. Vincent Peillon avait assuré lundi sur RMC qu’il ramènerait le déficit public en 1,5 % en 2022, mais ce chiffre a disparu du programme dévoilé ce mardi . Un oubli malencontreux ? A la place, il est fait mention de la « poursuite de la baisse de nos déficits » sans précision chiffrée. Pour compliquer la chose, cette « baisse des déficits » doit être menée de front avec une augmentation des moyens pour la défense, la sécurité ou la justice. Vincent Peillon assume aussi une certaine rupture avec la gauche gestionnaire aux manettes depuis 2012 en s’attaquant à deux totems du gouvernement (le CICE et la loi travail).

Il reste Manuel Valls, qui peut difficilement faire comme s’il n’était pour rien dans les choix du quinquennat. L’ancien Premier ministre assure que le déficit restera sous la barre des 3 % du PIB, mais se garde bien d’en dire plus. Il évoque une progression des dépenses de 2,5 % par an supérieure à celle constatée depuis 2012, qui comprend néanmoins implicitement des économies pour les ministères non régaliens. Pour autant, l’ancien amateur d’embardées à droite du PS n’assume pas, fustigeant « la pensée ultralibérale qui dit que la dépense publique est mauvaise » et assurant que « l’enjeu majeur aujourd’hui n’est pas le déficit ». De nouvelles mesures de redistribution sont par ailleurs évoquées.

Est-ce que cela sera suffisant pour échapper à la malédiction européenne ? La situation est d’autant plus compliquée pour le PS qui doit naviguer entre le radicalisme de Jean-Luc Mélenchon et le réformisme d’Emmanuel Macron.

EN VIDEO. Primaire de la gauche : mode d’emploi / http://www.lesechos.fr/elections/primaire-a-gauche/0211656137420-primaire-a-gauche-le-serieux-budgetaire-nest-plus-vraiment-de-saison-2054432.php

Renaud Honoré

 

::: INTERNATIONAL

LES ECHOS – 04/01/2017

L’assurance-chômage allemande affiche un excédent de plus de 5 milliards d’euros

 

« La bonne situation sur le marché de l’emploi a conduit à des dépenses nettement moins élevées durant l’année », a expliqué l’agence.

Grâce au chômage faible, l’Agence pour l’emploi a enregistré un excédent de 5,4 milliards d’euros en 2016.

C’est un résultat qui attise les convoitises, et sans doute aussi quelques jalousies. L’Agence fédérale pour l’emploi, qui gère l’assurance chômage allemande, a enregistré en 2016 un excédent de 5,4 milliards d’euros, selon les chiffres publiés mardi. L’essentiel de cet excédent alimente les réserves qui atteignent ainsi 11 milliards d’euros.

« La bonne situation sur le marché de l’emploi a conduit à des dépenses nettement moins élevées durant l’année », a expliqué l’agence. L’Allemagne comptait en fin d’année 43,5 millions d’actifs cotisants, soit 429.000 de plus que l’année précédente et un record depuis la Réunification. Le nombre de chômeurs s’est limité à 2,7 millions, soit un taux de 6,1 %.

Les chiffres ont de quoi faire pâlir d’envie l’Assurance chômage française, qui tablait en février sur un déficit de 4,2 milliards d’euros en 2016 et une dette cumulée de 30 milliards en fin d’année.

Mais ils suscitent surtout les convoitises en Allemagne, où la Fédération des contribuables à immédiatement demandé une baisse des cotisations chômage, de 3 à 2,5 % du salaire brut (contre 6,5 % en 2007). L’Agence s’oppose à cette mesure, qui coûterait selon elle près de 5 milliards d’euros par an. « Nous devons conserver un matelas pour faire face à un éventuel repli conjoncturel », explique un porte-parole.

Avant la crise financière de 2008, l’établissement public disposait en effet d’une réserve de 18 milliards d’euros, qui a été quasiment épuisée pour couvrir notamment les mesures de chômage partiel en 2009 et 2010, qui avaient permis à l’Allemagne de traverser la crise sans creuser son chômage.

L’assurance chômage n’est pas la seule qui affiche des excédents en Allemagne, où l’Etat fédéral prévoit à nouveau un budget à l’équilibre cette année. C’est aussi le cas de l’assurance maladie, qui a enregistré un excédent de 1,55 milliard d’euros sur les trois premiers trimestres de 2016 et une réserve de plus de 16 milliards.

Les comptes sociaux allemands ne sont pas à l’abri de risques. Si l’assurance maladie a pu maintenir les cotisations relativement stables depuis dix ans (autour de 15,7 % au total), elle s’attend à une augmentation des dépenses. C’est aussi le cas de l’assurance dépendance, qui fait face au vieillissement de la population et pour laquelle le gouvernement a augmenté les cotisations au 1 er janvier, de 0,2 point à 2,55 %.

Enfin, l’Assurance retraite, qui avait affiché des excédents depuis 2006, a enregistré son premier déficit en 2015 et devait aussi terminer 2016 dans le rouge. Malgré un marché de l’emploi florissant, ses réserves sont passées de 34 milliards d’euros en décembre 2015 à 32,2 milliards en novembre 2016. En cause : les coups de pouce multipliés par le gouvernement d’Angela Merkel et notamment celui accordé aux mères retraités, dont la facture s’élève à 6,5 milliards par an. Les cotisations vieillesses, qui s’élèvent à 18,7 %, doivent augmenter à partir de 2022.

Thibaut Madelin

 

 

LA TRIBUNE – 04/01/2016

Brexit : démission de l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, en colère contre Londres

 

Ivan Rogers en compagnie de l’ancien Premier ministre David Cameron à Bruxelles, le 28 juin 2016.

 

Dénonçant le manque d’expérience des Britanniques en matière de négociations multinationales, Ivan Rogers a quitté son poste, mardi.

Les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se feront sans Ivan Rogers. L’ambassadeur britannique auprès de l’UE, nommé en novembre 2013 par l’ancien Premier ministre David Cameron, a claqué la porte, mardi, moins de trois mois avant le déclenchement du Brexit. Une démission surprise qui dresse un nouvel obstacle sur la route de sortie de l’Union, pour le gouvernement de Theresa May.

« Il y a très peu d’expérience sérieuse pour ce qui est des négociations multilatérales à Whitehall (le quartier des ministères de Londres), ce qui n’est pas le cas à la Commission (européenne) ou au Conseil » européen, a regretté Ivan Rogers dans une long mail adressé au bureau qui représente le Royaume-Uni auprès de l’UE, pointant du doigt l’écart qu’il a observé entre la préparation de Londres et celle des institutions européennes pour négocier le Brexit.

Les ministres mis en garde

Fin connaisseur des dossiers européens, il avait été au cœur d’une polémique le mois dernier après la fuite de propos tenus devant des ministres britanniques. Il leur avait expliqué qu’aux yeux des 27 autres Etats membres de l’UE, la signature d’un nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE post-Brexit n’interviendrait pas avant une bonne dizaine d’années. « J’espère que vous continuerez à contrer les arguments infondés et les raisonnements confus et que vous n’aurez jamais peur de dire la vérité à ceux qui sont au pouvoir », a-t-il ajouté dans son mail publié sur le site du Times mardi soir. « J’espère que vous vous soutiendrez dans ces moments difficiles où vous devrez tenir un discours qui n’est pas agréable à entendre à ceux qui ont besoin de l’entendre. »

Sans surprise, sa démission a été accueillie avec satisfaction par les partisans du Brexit, Nigel Farage en tête, qui a estimé mardi sur Twitter que le « Foreign Office a besoin d’un grand ménage ». « Sa démission n’est pas une surprise pour ceux qui travaillent avec lui », a commenté un diplomate européen. « Il était très compétent, mais pas convaincu par la décision d’un Brexit et la ligne du gouvernement britannique, qui entraînera le Royaume-Uni dans une zone d’incertitude dangereuse. »

 

L’OPINION – 04/01/2017

Donald Trump se veut le boss de l’industrie américaine

 

Donald Trump, ici à l’usine Carrier, se veut le champion de la lutte contre les délocalisations.

Après Ford, c’est au tour de General Motors de faire l’objet des foudres du président élu qui dénonce une délocalisation du constructeur américain au Mexique

Le président élu américain, Donald Trump, a violemment critiqué mardi le constructeur automobile américain General Motors et a menacé de lui imposer « une importante taxe frontalière » s’il continuait à produire ses berlines Chevy Cruze au Mexique. Critiqué pour la même raison par le candidat républicain durant la campagne, Ford a annoncé le même jour l’annulation de son projet de construction d’une usine d’assemblage mexicaine pour un montant de 1,6 milliard de dollars.

Donald Trump a décidé de ne pas attendre son intronisation officielle à la présidence des Etats-Unis, le 20 janvier, pour régenter l’industrie américaine ! Résolu à tenir ses promesses de campagne d’en finir avec les délocalisations, il fait feu de tout bois depuis son élection à la Maison blanche.

Après le fabricant de climatiseurs Carrier (groupe United Technologies) et le constructeur automobile Ford dont il se targue d’avoir réussi à bloquer le déménagement d’usines vers le Mexique, c’est au tour de General Motors d’être invité à revoir sa copie au risque sinon de subir les foudres de Donald Trump. Le géant de Detroit est aujourd’hui accusé de vouloir commercialiser sur le marché américain l’un de ses modèles « made in Mexico ». « Fabriquez aux Etats-Unis ou payez de gros droits de douane » a-t-il menacé, mardi, sur Twitter.

Qu’importent les explications des industriels ! Ford a eu beau assurer que les emplois de son site de production de crossovers du Kentucky n’étaient en rien menacés par son investissement au Mexique (1,6 milliard de dollars) dans une unité destinée à produire des petits modèles pour le marché latino américain, le futur président américain ne veut rien entendre.

General Motors aura d’autant plus de mal à le convaincre que les 350 millions de dollars investis de l’autre côté de la frontière sont pour fabriquer un véhicule compact dont seul un petit nombre sera commercialisé aux Etats-Unis, que le constructeur a annoncé pour 2017 la suppression de 2000 emplois dans deux de ses usines américaines.

Foucades. A l’image des dirigeants de Boeing dont le PDG avait osé douter du bien-fondé de ses idées protectionnistes ou de Lockheed dont les coûts de production de l’avion de chasse F-35 sont accusés de dérapage, les intéressés n’ont guère d’autres choix que de se plier aux foucades du promoteur immobilier.

Donald Trump peaufine ainsi son image de champion de la lutte contre les délocalisations. Avec un certain succès même si à en croire un syndicaliste de chez Carrier, son intervention n’a pas permis de sauver 1 100 emplois dans l’Indiana mais 800 tout au plus, le groupe maintenant le transfert de 500 postes de travail de l’autre côté de la frontière.

Ford vient en tout cas d’annuler, mardi, son projet mexicain au profit d’un investissement de 700 millions de dollars dans son usine de Flat Rock (Michigan), avec la création de 700 postes à la clé. Ce qui met la pression sur General Motors et son plan de développement global de 5 milliards de dollars au Mexique.

Le plus dur est à venir encore pour les groupes américains opérant à l’export. Le président élu qui continue de poursuivre la Chine et le Mexique de ses tweets vengeurs vient de mettre la dernière touche à son équipe chargée de défendre les intérêts des Etats-Unis à l’étranger. Avec Robert Lighthizer au poste de représentant au commerce et le milliardaire Wilbur Ross, comme supérieur, les idées protectionnistes du boss promettent d’être bien défendues !

Gilles Sengès

 

 

 

Vous souhaitant une bonne journée.

 

Cordialement,

 

 

Elena NATALITCH

Service Presse, Communication / Formation

251, bd Pereire – 75852 PARIS Cedex 17

Tél. : 01 40 55 12 43

Fax : 01 40 55 12 40

elena.natalitch@medef-idf.fr

www.medef-idf.fr

https://www.facebook.com/medef.idf