::: ECONOMIE

LE FIGARO – 13/01/2017

Le Medef va lancer une campagne de com’ sur les bienfaits de la formation en entreprise

Comme l’organisation patronale l’avait fait avec ses spots Beau Travail, elle va diffuser à la télé et la radio des programmes courts pour raconter de belles histoires de PME ayant réussi leur développement grâce à la formation professionnelle. Un sondage montre l’absence d’information des dirigeants sur le sujet.

Incroyable mais vrai, le Medef va communiquer en 2017 sur… la formation, comme il l’avait fait il y a plus d’un an sur le travail (la série intitulée Beau Travail). Au premier semestre, l’organisation présidée par Pierre Gattaz diffusera des spots à la télévision (France 3 et France 5) ainsi qu’en radio (Europe 1, France inter, BFM Business). Ces programmes courts «racontent de belles histoires de PME françaises qui ont réussi leur internationalisation, leur transition numérique ou leur transition verte, grâce notamment à la formation professionnelle et la montée en compétences de leurs salariés».

Afin de mieux cibler les besoins des PME/TPE, le Medef a commandé un sondage à l’institut Elabe auprès des PME de 10 à 249 entreprises. Selon cette enquête, réalisée en décembre, 84% des TPE et PME estiment que la formation professionnelle est bien devenue un levier de performance. «Nous nous sommes penchés sur trois mutations majeures: la transformation numérique, la transition verte et l’internationalisation», détaille Florence Poivey, présidente de la commission éducation, formation et insertion de l’organisation patronale.

Les PME sensibilisées au défi du numérique et de la transition écologique

L’enquête dévoile que les PME considèrent aujourd’hui le numérique (à 68%) et l’écologie -enjeux énergétiques, climatiques, RSE et environnementaux- (à 58%) comme des défis majeurs. L’internationalisation apparaît en revanche comme le parent pauvre. Plus de la moitié des entreprises interrogées considèrent qu’elle ne représente pas un enjeu pour elles. Fort logiquement, seule une petite minorité de PME a donc décidé de former ses salariés sur les sujets export import.

Les résultats sont meilleurs pour le numérique (24% des entreprises ont formé la majorité de leurs salariés) et la transition verte (21% ayant formé la majorité de leurs salariés) mais encore relativement faibles. Cette frilosité pourrait s’expliquer par un manque d’informations. Seulement 63% des PME s’estiment bien informées sur les formations liées à la transition numérique et 48 % sur celles liées à l’écologie.

Le pari du Medef est donc simple: en améliorant la connaissance des chefs d’entreprise sur la formation, l’organisation incitera les PME à mieux former leurs salariés et les aidera ainsi à relever les défis de l’économie du XXIè siècle.

Anne de Guigné

 

 

LES ECHOS – 13/01/2017

Election dans les TPE : vers une abstention record

L’élection de représentativité dans les TPE s’achève ce vendredi en métropole.
Elle aura eu encore moins de succès que celle de 2012, avec une participation très inférieure à 10 %.

L’élection de représentativité syndicale dans les très petites entreprises (TPE) s’achève ce vendredi en métropole. Elle se prolongera jusqu’au 20 janvier outre-mer. Mais les dés sont déjà jetés. La participation à ce scrutin sera encore plus faible qu’en décembre 2012, quand n’avaient voté qu’à peine plus de 10 % des salariés travaillant dans des entreprises de moins de 11 salariés, où le Code du travail n’impose aucune représentation collective du personnel.

Les chiffres définitifs de la participation à cette seconde édition de l’élection syndicale, instituée par la réforme de la représentativité syndicale de 2008 pour les TPE, ne seront pas connus avant plusieurs jours. Mais la tendance constatée depuis le début du scrutin laisse augurer d’un taux encore plus faible qu’il y a un peu plus de quatre ans, où il n’avait atteint que 10,38 %. Seuls 6,34 % des salariés qui y étaient invités ont déjà voté, après près de deux semaines de scrutin, selon Solidaires. Pourtant, la possibilité de vote électronique a sans doute été plus utilisée du fait du développement de la pratique du Net, réduisant le délai de comptabilisation des bulletins. Interrogé dans la soirée sur franceinfo, Laurent Berger, numéro un de la CFDT, a prédit un taux final de participation « autour de 7/8% ». Dans ce contexte, si le ministère du Travail a refusé de répondre positivement à la demande de la CGT et de Solidaires de prolonger le scrutin d’une semaine, il devrait faire preuve d’une certaine souplesse concernant le cachet de la poste sur les enveloppes de vote par correspondance au motif que dans les zones rurales, les horaires de levée journalière du courrier limitent de fait la possibilité de voter ce vendredi. Mais cela ne devrait modifier qu’à la marge le taux de participation, qui s’annonce d’ores et déjà comme un échec.

Candidature personnalisée

Il intervient paradoxalement, alors que l’élection de cette année a un contenu moins virtuel que la précédente. Cette fois-ci, elle ne s’est pas faite sur sigle, mais les syndicats ont eu la possibilité de personnaliser leurs candidatures. En outre, le vote ne servira pas seulement à alimenter le compteur de représentativité des syndicats pour la pesée agrégeant ses résultats à ceux des élections professionnelles – qui se sont déroulées dans les entreprises entre 2013 et 2016. Il désignera aussi des représentants des salariés dans des commissions paritaires régionales. Ces instances, qui seront installées en juillet 2017, auront notamment comme mission d’informer les salariés et les employeurs sur le Code du travail et les conventions collectives, mais aussi de « faciliter la résolution de conflits individuels ou collectifs » ou de « faire des propositions en matière d’activités sociales et culturelles ». Mais tout dépendra de la volonté du patronat de jouer le jeu.

Le report du scrutin des quinze premiers jours de décembre 2016 aux quinze premiers jours de janvier 2017, à la suite d’un recours en cassation de la CGT contre la présentation du Syndicat des travailleurs corses, n’aura pas aidé. Un report dont le ministère du Travail renvoie la responsabilité à la centrale de Philippe Martinez. Tandis que la CGT l’accuse d’avoir plombé le scrutin en le déplaçant au lendemain des fêtes.

Leïla de Comarmond

 

 

LES ECHOS – 13/01/2017

Fiscalité : la France appelée à baisser son taux d’impôt sur les sociétés

Le Conseil des prélèvements obligatoires prône un taux de 25 %.
Un élargissement de l’assiette et la fin du taux réduit limiteraient le coût.

La France doit encore poursuivre la baisse de son taux d’impôt sur les sociétés (IS), au-delà de ce qui est déjà prévu dans la dernière loi de finances. C’est la principale recommandation du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), une institution placée auprès de la Cour des comptes et chargée d’évaluer la fiscalité française, dans son dernier rapport publié jeudi. « Le CPO n’est pas engagé dans une course au moins-disant fiscal, mais préconise de s’adapter face à l’évolution du cadre juridique et international », a souligné son président, Didier Migaud.

Le rapport rappelle que la plupart des pays européens ont baissé leur taux d’IS ou sont sur le point de le faire, à l’instar du Royaume-Uni, de la Hongrie ou du Luxembourg. Un critère souvent déterminant pour attirer des investissements étrangers.

Alors que la dernière loi de finances prévoit d’abaisser le taux de l’IS à 28 % d’ici à 2020, le CPO considère qu’il faut encore aller plus loin, en le ramenant à 25 %, soit la moyenne européenne actuellement.

Des pistes de financement

Pourquoi 25 % précisément ? « Les études économétriques montrent que les grands pays pouvant présenter d’autres avantages que la fiscalité (infrastructures, etc.) n’ont pas tellement d’avantage à se situer en dessous de la moyenne », souligne Florian Colas, rapporteur de ces travaux. D’autant que cette nouvelle baisse de l’IS aurait un coût pour les finances publiques, estimé à 4,2 milliards d’euros. Pour mémoire, la trajectoire de baisse à 28 % à l’horizon 2020, adoptée à l’automne, coûterait déjà 7 milliards à l’Etat, par rapport à un rendement net de l’IS de 33 milliards.

Ce rapport donne des pistes de financement, la plus inattendue étant la suppression du taux réduit de 15 % pour les PME de moins de 7,6 millions d’euros de chiffre d’affaires (dans la limite de 75.000 euros de bénéfices). Cet avantage, dont ont bénéficié 670.000 PME en 2014, coûte chaque année 2,6 milliards d’euros à l’Etat. « Il ne se justifie pas pour des raisons objectives », estime Didier Migaud, notant que moins d’un tiers des pays de l’OCDE dispose d’un taux réduit. Une suggestion qui n’est pas du goût de la CPME (ex-CGPME) : « C’est bien connu les PME ont plus de facilité que les grands groupes, ce qui se retrouve dans le taux de défaillance des entreprises », a réagi l’organisation.

A contre-courant de certaines idées reçues, ce rapport montre que la rentabilité financière des PME (moins de 250 salariés) n’est pas inférieure à celle des grandes entreprises. Les taux implicites d’impôt sur les sociétés ne seraient pas non plus très éloignés (lire ci-dessous). Lors du dernier débat budgétaire à l’automne, les députés ont pourtant décidé d’accentuer la baisse de l’IS pour les PME.

Enrayer la concurrence fiscale en Europe

Cette baisse du taux pourrait également être financée par une révision du régime de l’intégration fiscale, déjà visé par plusieurs décisions de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), ainsi que par le resserrement de certains régimes, sur la propriété intellectuelle notamment. Face à ces enjeux, le CPO appelle la France à soutenir le projet d’assiette commune au niveau européen (Accis). Pour enrayer la concurrence fiscale, cette assiette commune devrait s’accompagner de la mise en place d’un « tunnel » de taux pour l’IS, comme il en existe déjà un sur la TVA. Ce corridor est tout à fait « faisable juridiquement », assure Didier Migaud, mais nécessiterait l’unanimité des Etats membres.

Ingrid Feuerstein

 

 

LE FIGARO – 13/01/2017

L’emploi à domicile encore à la peine

Le geste sur les cotisations n’a pas suffi à contrer les effets de la crise, qui oblige les ménages à renoncer à des dépenses jugées superflues.

Hors activité de garde d’enfant, le secteur de l’emploi à domicile n’est toujours pas sorti de la crise qui le frappe depuis plusieurs années. Au troisième trimestre 2016, le nombre d’heures déclarées par les particuliers employeurs a baissé de 2%, selon l’Acoss, la banque de la Sécurité Sociale. Seule consolation, le nombre de foyers faisant appel à des femmes de ménage, jardiniers et autres aides s’est stabilisé (+0,1%).

Ces résultats sont décevants, alors que le gouvernement a porté, à compter de décembre 2015, l’allégement de charges sociales pour l’emploi à domicile de 0,75 centimes à 2 euros par heure travaillée. Mais ils s’expliquent. Le geste sur les cotisations n’a pas suffi à contrer les effets de la crise, qui oblige les ménages à renoncer à des dépenses jugées superflues.

En revanche, ce coup de pouce a eu de l’effet sur la garde d’enfants, domaine où les dépenses sont obligatoires. Les ménages, qui faisaient travailler leurs nounous en partie «au noir», ont été incités à tout déclarer. Ainsi, pour la garde d’enfants à domicile, à la fois le nombre d’employeurs (+0,9%) et le nombre d’heures déclarées par employeur (+0,3%) ont progressé au troisième trimestre. Pour les assistantes maternelles, le volume horaire déclaré par les ménages a diminué à l’été, mais après deux bons trimestres.

La majorité actuelle n’a pris que tardivement conscience de l’importance de l’emploi à domicile, qui représente 3,6 millions d’employeurs et 1,6 million de salariés.

La majorité actuelle n’a pris que tardivement conscience de l’importance de l’emploi à domicile, qui représente 3,6 millions d’employeurs et 1,6 million de salariés. Après la suppression sous l’ère Sarkozy des 15 points d’abattements de cotisation patronale, une autre incitation – la déclaration au forfait – a été abolie en 2013. Le gouvernement a alors instauré un allégement de charges sociales de 0,75 euro par heure travaillée, mais qui ne compensait pas la perte financière pour les ménages. Résultat, le secteur a continué à perdre des emplois déclarés et le travail au noir s’est envolé. Ce qui a poussé le gouvernement à accroître l’allégement de charges, fin 2015. Avantage qui s’ajoute au crédit d’impôt sur le revenu existant.

Cécile Crouzel

 

::: ENTREPRISES

LE FIGARO – 13/01/2017

Le rendement de l’assurance-vie fond d’année en année

INFOGRAPHIE – Les assureurs mettent des réserves de côté pour résister à une hausse des taux.

L’heure des comptes a sonné pour les épargnants, qui commencent à mesurer l’impact qu’a eu l’an dernier la baisse des taux d’intérêt sur le rendement de leurs assurances-vie. Si le recul est limité à 0,20 % ou 0,30 % sur certains contrats, beaucoup décrochent de 0,40 % ou plus, comme celui de l’Afer, la célèbre association d’épargnants, qui a rapporté 2,65 % en 2016, contre 3,05 % en 2015.

Car les assureurs n’avaient aucune envie de faire des efforts. Au contraire, ces rendements modestes vont les aider à dissuader les épargnants de faire de nouveaux versements sur les fonds en euros. Et c’est bien l’objectif recherché: les compagnies d’assurances ne veulent pas de capitaux frais à investir dans de mauvaises conditions sur les marchés, car elles doivent protéger leurs vieux portefeuilles, qui procurent encore des rendements confortables. C’est le sésame pour pouvoir faire face, un jour, à une remontée des taux d’intérêt, qui rendrait d’autres placements plus attrayants. «Limiter la collecte sur les fonds en euros, c’est aussi protéger les souscripteurs qui ont déjà investi, pour que la performance de leur placement résiste mieux», relève Guillaume Rosenwald, directeur épargne retraite à la MACSF.

Que l’ACPR, leur autorité de tutelle, les ait incités à mettre en réserve pour l’avenir une partie de leurs gains de l’année est finalement un excellent prétexte. Beaucoup de compagnies se sont exécutées de bonne grâce. Et cela a diminué d’autant la rémunération offerte aux épargnants.

L’Afer, par exemple, qui promettait pourtant à l’origine de distribuer intégralement ses gains financiers, a mis en réserve l’équivalent de 0,25 % de rendement. Sans cela, le contrat de l’association d’épargnants aurait rapporté 2,90 %. Avec les réserves également engrangées les années passées, l’Afer a désormais de côté 0,65 % de rendement.

Mais d’autres sont déjà très bien lotis. La MACSF, qui a servi 2,40 % à 2,45 % (0,40 % de moins qu’en 2015), a déjà mis de côté 1,7 %. La palme revient à la GMF, qui conserve dans ses caisses de quoi verser 5,2 % d’intérêts à ses souscripteurs. Pourtant, elle aussi a baissé encore cette année le rendement de ses contrats (2,50 % au lieu de 2,80 % en 2015) et encore arrondi son trésor de guerre (4,9 % en 2015). En théorie, ces réserves appartiennent aux assurés et doivent leur être redistribuées. Mais ils attendront encore, et peut-être longtemps.

Les associations d’épargnants en tête

Cette année, les meilleurs rendements devraient donc être l’apanage de vieux contrats, «qui collectent peu d’épargne nouvelle, et n’ont pas eu à faire d’importantes provisions», explique Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures et créateur du site Good Value for Money, destiné aux épargnants.

C’est le cas de Gaipare, une autre association d’épargnants, qui n’a arrondi ses provisions que modestement et a servi 2,90 %, ou d’Asac Fapès (2,80 %). «Il faut être raisonnable sur le taux affiché, mais aussi défendre les intérêts des adhérents qui doivent profiter de la bonne gestion du contrat», estime Jean Berthon, le président de Gaipare. Les grands perdants sont sans doute les contrats qui, notamment dans les banques, continuent à collecter beaucoup, auprès d’une clientèle populaire qui ne peut pas risquer ses économies hors du fonds en euros.

Anne Bodescot

 

 

LES ECHOS – 13/01/2017

La France sur le chemin de la déconsommation

Les ventes de produits de grande consommation ne progressent plus en volume. Pourtant, dans les supers et les hypers, les prix ont encore baissé de 1,2 %.

Officiellement, la consommation tient en France malgré les séquelles de la crise financière de 2008. Mais les premiers chiffres que « Les Echos » se sont procurés sur les ventes de produits de grande consommation (PGC) en 2016, montrent que la consommation de masse entre dans une spirale négative. La « déconsommation » sonne à la porte des supers et hypers.

Selon les dernières indications de l’Insee, la croissance aura pourtant été d’environ 1,3 % en 2016, la consommation elle-même a crû de 1,6 % et les ventes du commerce de détail ont progressé de 1,1 %, comme l’ont rappelé ce jeudi les dirigeants de Procos, la fédération des enseignes du commerce spécialisé. Mais derrière ces données qui agglomèrent aussi bien les abonnements téléphoniques que les achats de paquets de cigarettes, et incluent la création de nouvelles surfaces de vente qui se poursuit malgré tout, se cache une tendance qui affecte les courses du quotidien.

Moins d’alcool, de pain, de viande…

Selon l’institut IRI, la consommation en volume des PGC et des produits frais a légèrement baissé en 2016. Avec un chiffre de – 0,1 %, susceptible d’évoluer encore un peu avec les dernières remontées issues des magasins de hard discount, on est à l’épaisseur du trait et on peut parler de ventes « étales ». Mais les experts commencent à évoquer la déconsommation, au moins pour certains catégories de produits.

« Moins d’alcool, les consommateurs français sont de plus en plus sobres. Moins de pain, moins de produits d’origine animale, notamment la viande rouge. D’autres produits de base comme le lait et les produits laitiers sont également impactés, et le tout dans un contexte de food bashing de plus en plus fréquent », relève Gaëlle Le Floch, directrice des études stratégiques chez le panéliste Kantar Worldpanel. « Le marché de l’hygiène-beauté est confronté à un enjeu de volume avec des acheteurs moins fréquents. Ses produits sont de moins en moins prioritaires pour les Français, qui vont vers moins de sophistication, plus de naturel », ajoute-t-elle. Le repli se confirme aussi pour les colas, les jus de fruits ambiants, les anisés. Seule ou presque la bière tire son épingle du jeu. Hors de l’univers des PGC, l’habillement est à -1,8 % et la chaussure à -4 %.

Le bio et les produits locaux en vogue

Pour mieux souligner l’aspect inédit de la situation, les experts d’IRI notent qu’en moyenne sur les dix dernières années la consommation en volume des PGC avait progressé de 0,7 %. En 2016 encore, la seule croissance démographique a entraîné une hausse des volumes de produits achetés de 0,4 %. Il faut bien nourrir les bébés. Mais les adultes mangent décidément moins.

Heureusement, ils mangent mieux, et ils achètent donc des produits plus chers. C’est le bio , les produits locaux issus des PME. Les circuits de distribution dits alternatifs, comme les petites épiceries ou les marchés de plein air, progressent aussi. Ainsi, le marché des produits de grande consommation a tout de même gagné 0,7 % en valeur en 2016. Mais la hausse était de 2,4 % par an au cours de la dernière décennie. Signe des temps, la consommation n’est plus une affaire de prix. En 2016, la déflation a été de 1,2 % et cela fait trois ans que les distributeurs rendent 1 milliard d’euros aux consommateurs. On gaspille donc moins, on privilégie la qualité. Les spécialistes appellent cela l’« éconologie », fille naturelle de l’économie et de l’écologie.

Philippe Bertrand

 

 

L’EXPRESS – 13/01/2017

La Poste envisage de doubler les embauches de facteurs en 2017

 

Un facteur au centre postal d’Audincourt, le 22 septembre 2014.

Dans le cadre des négociations sur les conditions de travail, La Poste propose d’embaucher 1500 facteurs de plus en CDI en 2017.

3000 nouveaux facteurs embauchés en CDI en 2017? La direction de La Poste a proposé jeudi, au dernier jour de négociations portant sur les conditions de travail des facteurs, de doubler le nombre d’embauches prévues cette année, indiquent des sources syndicales.

L’information a été dévoilée à la presse par SUD-PTT et confirmée par les autres syndicats participant aux séance de négociations sur le métier de facteur.

« Un chiffre homéopathique »

« C’est pas mal, mais il faut voir d’où on part », a réagi Eddy Talbot pour SUD-PTT, deuxième syndicat dans la branche courrier. « A la distribution, on n’a même plus de marge de manoeuvre, donc 3000 c’est un chiffre homéopathique », selon lui.

Confrontée à une baisse des volumes du courrier (30% de 2008 à 2015), la Poste a réorganisé ses services et réduit sensiblement les effectifs (3000 à 5000 postes en moins par an, rien que pour les facteurs, depuis 2005), ce qui a gravement dégradé les conditions de travail, selon les syndicats.

Souffrance au travail

C’est dans ce contexte qu’a débuté fin octobre le cycle de négociations après que plusieurs cas de souffrance au travail, dont des suicides, ont été médiatisés.

« La Poste occulte la crise sociale, qui va continuer. Il n’est même pas fait mention des risques psycho-sociaux » dans le dernier projet d’accord, déplore Pascal Panozzo, également de SUD-PTT.

Outre la question de l’emploi, les négociations ont concerné la gestion du temps de travail des 70 000 facteurs, les rythmes et charges de travail, les remplacements et, plus généralement, l’amélioration des conditions de travail.

 

LE FIGARO – 13/01/2017

EDF en état d’alerte avant la vague de froid

Face à la baisse attendue des températures, le réseau sera très exposé. Les différents acteurs sont mobilisés.

Le scénario tant redouté risque-t-il se produire? À la fin de 2016, alors qu’une vingtaine de réacteurs nucléaires d’EDF étaient à l’arrêt – pour des opérations de maintenance ou des tests de résistance -, l’approvisionnement électrique semblait menacé en cas de grand froid. En début de semaine prochaine, les températures se situeront à 3° en moyenne en dessous des normales saisonnières, puis entre 6° et 8° pour les jours suivants. Et sept réacteurs ne sont toujours pas raccordés au réseau alors même que des pics de consommation à plus de 90.000 mégawatts (MW) sont probables.

EDF estime que, au stade actuel, le parc des centrales est disponible à hauteur de 87 %, soit juste en dessous de la barre des 90 % qui est la norme à cette époque de l’année. Le groupe précise que deux réacteurs s’apprêtent à rentrer en service: Bugey 4 (Ain) et Tricastin 4 (Drôme). En revanche, deux unités – Civaux 1 (Vienne) et Tricastin 2 – devront s’interrompre pour des arrêts courts – trois semaines environ – dans le cadre des essais demandés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour tester certains équipements.

En attendant, les pouvoirs publics se montrent très vigilants sur la capacité électrique du pays à faire face à la vague de froid. Ce vendredi au ministère de l’Énergie, tous les acteurs du système (EDF, RTE, Enedis, l’Ademe…) se réunissent pour coordonner les messages d’incitation pour que les Français réduisent leur consommation d’énergie en raison de la chute des températures. Les capacités d’importations – de l’ordre de 12.000 MW – ne peuvent pas tout résoudre pour un pays comme la France, hautement thermosensible: un degré en dessous des normales saisonnières entraîne une consommation supplémentaire de 2400 MW, soit l’équivalent de la consommation de Lyon et Marseille réunies.

Délestages ciblés

Les dispositifs pour freiner la consommation d’énergie de la population et des entreprises sont plus ou moins arrêtés. Réseau de transport d’électricité (RTE), filiale d’EDF en charge des lignes haute et très haute tensions, a prévu une série d’actions graduées. L’opérateur peut interrompre l’alimentation de 21 sites industriels de grande envergure, puis baisser de 5 % la tension des réseaux de distribution (comme celui d’Enedis) et, enfin, si la situation l’exige vraiment, procéder à des délestages ciblés – c’est-à-dire des coupures de courant momentanées dans un certain nombre de zones. Enfin, RTE a inauguré en décembre la nouvelle version d’Eco2Mix, son application sur téléphone mobile destinée notamment à sensibiliser professionnels et particuliers: les alertes par SMS d’Eco2Mix appelleront à réduire la consommation électrique par une série de gestes simples comme la réduction de la luminosité des écrans d’ordinateurs.

Quels que soient, ou pas, les températures de la semaine prochaine, la vague de froid contribuera à faire resurgir les débats autour de l’efficacité d’un «mix» énergétique diversifié. «Au risque d’être provocant, on se doit de dire qu’en cette période hivernale la production des éoliennes est quasi nulle et celle des installations solaires pas beaucoup plus élevée, souligne un spécialiste du secteur. La volonté de verdir le parc de production électrique français est sûrement respectable mais notons immédiatement ses limites: au moment où la France a le plus besoin d’électricité, elle reste tributaire de ses équipements énergétiques traditionnels.»

Frédéric de Monicault

 

::: POLITIQUE

LE PARISEN – 13/01/2017

Primaire à gauche : ce qu’il faut retenir du premier débat

Pendant un peu plus de deux heures, les sept candidats du scrutin des 22 et 29 janvier ont débattu sur leur projet économique, sur la lutte contre le terrorisme ou encore sur la laïcité. Petit résumé de la soirée. 

Pour ce premier débat, les sept candidats étaient plutôt dans la retenue et il n’y a pas eu de coup d’éclat. Le revenu universel et la loi Travail ont permis de montrer des différences nettes entre Benoît Hamon, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon notamment.

Le revenu universel de Hamon au coeur du débat

Manuel Valls, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont attaqué la mesure phare du programme de Benoît Hamon. Ce dernier peut au moins se féliciter que sa proposition ait été au centre du débat. « Le travail se transforme, se raréfie, explique l’ancien ministre dès son introduction. Les vieilles recettes ne marchent pas aujourd’hui elles ne marcheront pas demain ».

Manuel Valls, comme il l’avait déjà fait en ce début de semaine, dénonce cette mesure en craignant de voir se développer «une société d’assistés et du farniente». L’ancien Premier ministre, comme Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, plaide pour «une société du travail».

Valls défend la loi Travail que ses adversaires veulent abroger

Alors qu’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon promettent d’abroger la loi El Khomri s’ils sont élus, Manuel Valls s’agace. «J’entends évoquer l’idée même d’abrogation, ici parmi les candidats. Nous voulons abroger quoi? La négociation dans l’entreprise, soutenue par les syndicats réformistes? Le compte personnel d’activité qui se met en oeuvre? Le compte pénibilité, parce qu’il y a des salariés qui travaillent dur et qui vont devoir partir plus tôt à la retraite? La garantie jeune qui concerne d’abord les jeunes précaires?», a lancé l’ancien Premier ministre. «Alors on pourrait refaire le débat sur la loi travail, sur les explications ratées, je les ai bien sûr assumées. Mais cette loi, à travers les exemples que je viens de prendre est, j’en suis convaincu, une avancée», a-t-il poursuivi.

Un peu plus tôt, Benoît Hamon a assuré qu’il y a «des dispositions dans la loi El Khomri qui facilitent le licenciement, et qui vont fragiliser les salariés au moment où ils cherchent à préserver leur emploi». En exemple, il a cité le plan social en préparation à la Voix du Nord. Des propos qu’a aussitôt dénoncé la ministre Myriam El Khomri sur twitter.

Tous pour les assassinats ciblés de djihadistes, mais contre les «bavardages» de Hollande

Devinant la gravité du sujet, la journaliste a réclamé un réponse brève : « oui ou un non », les candidats seraient-ils prêts à ordonner des exécutions extra-judiciaires ciblées de djihadistes ? Tous ont opiné du chef, mais sans pouvoir s’empêcher de développer. « S’il faut prendre ce genre de responsabilités, j’y suis prêt bien entendu, dans l’intérêt supérieur de la France », a insisté Arnaud Montebourg. Comme Manuel Valls, qui en tant que premier ministre, a pu seconder le chef de l’Etat dans ces prises de décisions difficiles : « Nous sommes en guerre, il faut protéger les Français », a-t-il martelé martial.

Mais si l’ensemble des participants au débat jeudi soir ont conforté ce pouvoir d’exécution du chef de l’Etat, ils ont avec la même unanimité critiqué la « légèreté » avec laquelle il a divulgué ces informations à des journalistes. « Je ne crois pas que ce soit le bavardage sur ces secrets d’Etat qui donne la dimension d’un homme d’Etat, a par exemple taclé Vincent Peillon. Il y a peut-être parfois des responsabilités à prendre pour protéger ceux qu’on aime (…) mais en faire étalage c’est indécent, et en faire un sujet journalistique ça ne vaut pas mieux. » Manuel Valls lui a répété ce qu’il avait déjà dit au Parisien samedi dernier : «ce qui doit être fait doit être fait, ce qui doit rester secret doit rester secret».

Bennahmias sur sa planète

Particulièrement décontracté, le seul sans cravate, Jean-Luc Bennahmias a interpellé ses adversaires à coup de «Benoît», «Manuel» ou «Sylvia» dans un discours parfois décousu. Entraînant les sourires, gênés ou figés, de ses concurrents.

«Vous président, avez-vous une mesure pour lutter contre le terrorisme?», l’a interrogé Elisabeth Martichoux de RTL. «Vous président ?», insiste-t-elle. «J’y pense tous les jours…», plaisante l’intéressé, moqué toute la soirée sur Twitter. Quelques minutes auparavant, il a paru découvrir dans la bouche de cette même journaliste sa proposition de constituer un corps de vigiles privés… qui figure bien sur son site internet.

Il tente même de faire de l’humour lorsqu’il évoque l’architecte Castro. Manuel Valls précise qu’il s’agit de Roland et non de Fidel. L’ancien Vert répond qu’il n’évoque pas Ségolène Royal, en référence aux propos polémiques de la ministre lors des obsèques du Cubain; déclenchant le fou rire de Manuel Valls. «Pardon c’est de l’humour. Très mauvais, je sais», ajoute-t-il devant la mine gênée de ses concurrents.

Pour en savoir plus : http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/primaires/primaire-a-gauche-ce-qu-il-faut-retenir-du-premier-debat-13-01-2017-6560322.php

 

Rosalie Lucas et Charles Sapin

 

 

L’EXPRESS – 13/01/2017

Primaire à gauche: comment les candidats se sont démarqués

 

À l’occasion d’un premier débat étrangement atone, les sept candidats ont chacun fait valoir leur brevet de gauche.

Les sept candidats à la primaire organisée par le Parti socialiste ont débattu ce jeudi soir pour la première fois. Si aucun débordement n’est à déplorer, chacun a tenté de tirer son épingle du jeu. Voici comment.

La primaire à gauche vient réellement de débuter. Les sept candidats à l’investiture pour l’élection présidentielle ont débattu ce jeudi soir pour la première fois. Un événement qui n’a débouché sur aucun accrochage direct mais n’a pas empêché, malgré tout, chacun des candidats à chercher à tirer son épingle du jeu. En misant sur des stratégies attendues, mais très diverses.

Manuel Valls l’expérimenté

L’ancien Premier ministre était attendu au tournant. La difficulté, pour lui, était d’être en mesure d’incarner un projet nouveau tout en assumant un minimum le bilan du quinquennat Hollande. Pour y parvenir, il a concédé certains regrets, bien calculés. Comme la hausse des impôts du début de quinquennat, utiles pour redresser les finances publiques, mais largement rejetées par les Français. Manuel Valls n’a pas manqué de rappeler qu’il était alors en poste au ministère de l’Intérieur et qu’il s’agit davantage du bilan de Jean-Marc Ayrault.

Au-delà de ce sujet, Valls a insisté sur son expérience. Il cherche à prendre de la hauteur face à ces concurrent. « Ici je n’ai pas d’adversaire », lance-t-il d’emblée. Attaqué sur le fond sur les sujets économiques, en particulier la Loi Travail, Manuel Valls a pu se refaire une santé sur la lutte contre le terrorisme. Son travail a même été salué par la plupart de ses adversaires.

La rupture Hamon

Pour Benoît Hamon, l’enjeu était clair: donner le sentiment que son projet était le plus travaillé, le plus concret et, surtout, le plus en phase avec l’électorat de gauche du XXIe siècle. De ce point de vue-là, les choses n’auront probablement pas évolué d’un iota entre le début et la fin du débat. Confrontant Manuel Valls sur la loi El Khomri tout en restant modéré dans ses attaques, l’ancien ministre de l’Education s’est montré le plus efficace lorsqu’il a traité le sujet plus global du travail et de son avenir. Robotisation, revenu universel, nouvelle fiscalité sur le patrimoine… Tout en soulignant sa proximité avec l’aile gauche du PS, Benoît Hamon s’est affiché comme un candidat qui se projette davantage vers l’avenir, ouvrant son propos, en début de débat, en dissertant sur l’ubérisation de l’économie et les enjeux environnementaux.

Peillon le professeur

Le discours de Vincent Peillon a quelque peu varié par rapport au début de sa campagne. S’il a continué à plaider pour le rassemblement, l’ancien ministre de l’éducation a surtout endossé son costume de professeur, n’hésitant pas à reprendre de volée ses rivaux. En particulier sur le sérieux de leurs propositions économiques. Avec ses 16 milliards d’euros de dépenses prévues pour son quinquennat, il prend ses distances avec la rupture de Hamon et ses 300 milliards d’euros.

Vincent Peillon n’hésite pas à explique son approche « philosophique » d’un problème et cite régulièrement les exemples historiques de défaites, victoires ou tournants dans la vie politique. Son objectif: être ontologiquement de gauche.

Souvent présenté comme l’héritier autodéclaré de François Hollande, Vincent Peillon n’a pas hésité à prendre ses distances ce jeudi soir. Il retient une « incompréhension » des Français sur la politique conduite. Autre exemple, sur les exécutions ciblées. « En faire étalage est indécent », estime-t-il, rappelant plus ou moins discrètement que le président de la République s’est confié à ce sujet aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme.

Montebourg, la gauche volontaire

Arnaud Montebourg veut repositionner le curseur de la gauche… plus à gauche. Pour y parvenir, il a critiqué d’emblée l’action du gouvernement, évoquant un bilan « difficile à défendre », soulignant plusieurs fois la nécessité de faire preuve de « volonté », une vision qu’il portait déjà haut lors de son passage au ministère du Redressement productif. Il a ensuite repris de vieilles recettes de la gauche: accepter de laisser filer dans un premier temps les déficits, lui ne voyant pas dans le critère des 3% un « objectif politique ». Il a défendu une politique productiviste, promet la France du Travail, en augmentant les « petits salaires et les petites retraites ».

Bennahmias, l’original

Jean-Luc Bennahmias est l’un des inconnus de la primaire. Il a misé sur l’originalité. Sur la forme, tout d’abord, puisqu’il était le seul homme sans cravate ce soir. Il n’a pas non plus hésité à rire de lui-même. Sur le fond, c’était autre chose. Ex-écolo, ex-Modem et fondateur du Front démocrate, le candidat n’a pas toujours semblé très à l’aise avec son programme, loin de là. « Oui j’ai un programme », a-t-il fini par se justifier tout en s’agaçant que les journalistes citent des éléments pourtant glanés sur le site du candidat. Très loin de la politique internationale conduite sous le quinquennat de Manuel Valls, Jean-Luc Bennahmias a notamment appelé à des discussions plus poussées avec Poutine.

Sylvia Pinel l’enracinée

Sur la forme, Sylvia Pinel était probablement la candidate la moins rompue à l’exercice du grand débat télévisé. Sur le fond, la présidente du Parti radical de gauche (PRG) s’est avérée être, avec Manuel Valls et Jean-Luc Bennahmias, la plus fervente laudatrice du quinquennat qui s’achève.

Compensant ses carences programmatiques par une forme de proximité avec la vie concrète des entreprises et des citoyens (une des marques de la formation qu’elle dirige), l’ancienne ministre du Logement n’a malgré tout pas brillé par sa force de proposition. Son « fait d’arme »: d’avoir critiqué ses concurrents pour leur vision « très caricaturale » de l’entreprise. « On est encore dans une lutte des classes entre patrons et employés », a-t-elle fustigé, mettant en lumière, avant tout, la matrice sociale-démocrate du PRG.

François De Rugy, l’écolo-réaliste

Comme son lointain cousin écologiste Jean-Luc Bennahmias, François de Rugy n’avait pas grand chose à perdre dans ce débat. Mais son parti-pris était tout autre, misant sur la mesure là où Bennahmias a plusieurs fois opté pour l’exubérance.

Mettant en avant d’entrée de jeu ses « 66 propositions », le président du Parti écologiste s’est exprimé longuement sur les « déserts médicaux » et les salaires. « Je propose (…) la hausse du salaire net », a-t-il fait valoir, à travers une suppression des cotisations des entreprises destinées à la branche famille de la Sécurité sociale. Une proposition qui ressemble, dans ses éléments de langage, à celles de François Fillon.

Il a par ailleurs exprimé son opposition au revenu de base. « Comme si la gauche n’avait que le revenu de base pour résoudre le chômage », s’est-il agacé, avant d’ajouter que sa perspective, « ce n’est pas un revenu de base où on donnerait 500 euros aux Français en leur disant ‘débrouillez-vous' ».

 

LE MONDE – 13/01/2017

Anne Hidalgo : « Hollande, Macron et Valls sont responsables de l’immense gâchis »

La maire de Paris refuse de dire si elle soutiendra le candidat désigné par la primaire si son champion, Vincent Peillon, échoue.

Un mois après avoir déclaré son soutien à Vincent Peillon pour la primaire à gauche, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, défend, dans un entretien au Monde, son candidat, dont la campagne peine à décoller. M. Peillon est le seul, selon elle, qui peut permettre à la gauche d’être présente au second tour de la présidentielle. Elle lâche ses coups contre le président de la République, son ancien premier ministre Manuel Valls et son ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron.

Quel regard portez-vous sur le processus de primaire de la gauche ?

Anne Hidalgo : Son calendrier avait été préparé pour François Hollande. C’est une élection qui arrive tard, avec peu de moyens, mais elle a le mérite d’exister. La droite a fait une primaire très réussie. C’est important que, de notre côté, il y ait aussi un débat très ouvert, avec les différentes sensibilités de la gauche.

Vous soutenez Vincent Peillon, dont la campagne ne semble pas décoller. Regrettez-vous votre choix ?

Je suis heureuse de le soutenir. Il y avait un manque dans cette primaire, avant sa candidature. Il n’y avait pas l’expression de la social-démocratie qu’il incarne et dans laquelle je me reconnais. De plus, Vincent élève le débat. Ça fait du bien d’avoir quelqu’un qui a une pensée du temps long, de notre histoire, qui ne dit pas qu’avant ou après lui, il n’y a rien.

Que répondez-vous à ceux qui vous soupçonnent de soutenir M. Peillon juste pour affaiblir M. Valls ?

Je récuse cette analyse. Je respecte Manuel Valls, nous avons l’habitude d’explications franches, mais il n’incarne pas ma vision de l’engagement politique. Il n’est pas social-démocrate. Ce n’est ni sa pratique ni sa pensée. Il a même théorisé les gauches irréconciliables. Selon moi, il y a trois personnes responsables de l’immense gâchis du quinquennat qui se termine : François Hollande, qui a décidé de la politique à conduire, Emmanuel Macron, qui a été son conseiller et l’inspirateur d’une pensée qui a très largement fracturé la gauche, et Manuel Valls. Ce dernier a porté une vision autoritaire allant jusqu’à soutenir, avec le président de la République, la déchéance de nationalité. Ce n’est pas possible pour moi. Je n’aurais pas pu soutenir un autre candidat que Vincent Peillon.

Le PS a-t-il d’ores et déjà perdu la présidentielle de 2017 ?

Seul le positionnement de Vincent Peillon peut permettre à la gauche d’être au second tour. Il vient occuper un espace que d’autres se sont évertués à détruire. Il peut réconcilier les différentes familles de pensée, en amenant l’ensemble de la gauche à dialoguer. Le choix de François Fillon m’inquiète beaucoup. Il porte, avec une radicalité conservatrice, un projet de société en faveur d’une minorité de Français. La primaire de la droite terminée, il refuse de s’ouvrir à un centre plus modéré. Sa redéfinition du pacte social, la dureté de ses propos et son conservatisme ouvrent un espace pour un positionnement social-démocrate qui pourrait l’emporter.

Vincent Peillon n’incarne-t-il pas, comme François Hollande, une forme de synthèse qui a mené la gauche dans l’impasse ?

L’art de la synthèse de François Hollande consistait à étouffer les conflits et à trouver des voies de sortie qui ne nommaient pas les problèmes. Vincent Peillon a au contraire la volonté de se situer à un point d’équilibre, pour montrer ce que le Parti socialiste peut apporter à la démocratie. Je ne crois pas à l’homme providentiel, qui explique qu’il va vous sauver, qu’il a tout compris, qu’il va tout décider. Cela me fait même peur. Je crois au collectif, aux gens qui s’inscrivent dans une histoire.

Vous parlez d’Emmanuel Macron ?

Notamment. J’ai pratiqué cet homme comme conseiller de François Hollande puis comme ministre. Il est l’incarnation de la reproduction sociale des élites. Il porte une vision très autocentrée, jacobine, colbertiste. Je n’ai perçu dans son travail quotidien ni une modernité qui m’aurait éblouie, ni un rapport à la démocratie qui me donnerait confiance. Mais j’imagine qu’il doit servir les intérêts de beaucoup de gens pour faire autant la « une » des journaux et pour avoir été à ce point porté comme la figure imposée d’une modernité. Le réveil risque d’être difficile pour ceux qui y croient !

Sur quels thèmes Vincent Peillon peut-il se démarquer ?

Il a une vision très européenne. J’aime son approche sur cette question. Arrêtons de nous raconter des histoires : pendant des années, la France a obtenu de Bruxelles de ne pas être sanctionnée sur l’orthodoxie budgétaire en contrepartie de soi-disant réformes structurelles, qui sont les Graal des néoconservateurs libéraux à la tête de l’Europe. Il faut sortir de cette logique-là, avec un New Deal : il nous faut relancer la dynamique européenne économique et sociale, avec un programme d’investissements massifs de 1 000 milliards d’euros. La contrepartie de cet engagement serait que chaque pays fasse preuve de sérieux dans sa gestion budgétaire et d’une vigilance accrue en matière d’endettement.

En cas d’élimination du candidat PS au premier tour, la social-démocratie est-elle menacée de disparition ?

Il y a eu beaucoup d’amalgames et d’inculture de la part de ceux qui ont été les chefs de file de ce quinquennat. Ils nous ont conduits à un état de confusion absolue. Je leur en veux pour cela. Je suis triste face à cet énorme gâchis. Nous n’étions pas obligés de nous infliger ça. Je leur ai dit à chaque étape : ils auraient pu faire autrement. Il y a un an, il était encore temps de réagir. Si on avait nommé quelqu’un comme Bernard Cazeneuve à l’époque à Matignon, nous ne serions pas dans la même situation. Mais je ne pense pas que la social-démocratie écologiste disparaîtra. Il y a la place pour cette offre politique, qui défend la décentralisation et la place de la société civile.

Vous défendez, dans un courrier adressé aux candidats à la primaire, un grand plan pour les villes. Pourquoi ?

Je propose d’apporter 40 milliards d’euros par an aux territoires périurbains, pour réduire les inégalités, soit l’équivalent de ce qui a été donné sans contrepartie aux entreprises dans le cadre du Pacte de responsabilité. Le CICE est un échec : chaque emploi sauvegardé ou créé dans ce cadre a coûté près de 260 000 euros au contribuable ! Si cet argent avait été investi dans les quartiers en difficulté, nous aurions créé plus d’emplois, d’énergie et de confiance dans l’avenir.

Benoît Hamon est celui qui porte le plus le thème de l’écologie dans la primaire, que vous érigez également en priorité. Pourquoi ne pas le soutenir ?

Benoît Hamon est quelqu’un que j’aime beaucoup. J’apprécie le courage avec lequel il a entrepris de relever le défi climatique. Mais il a un positionnement politique qui n’est pas le mien. Je n’ai jamais été à la gauche du parti.

Ce thème de l’écologie est-il suffisamment présent dans les débats de la primaire ?

Il a été totalement absent de la primaire de la droite. Je pense qu’il sera beaucoup plus abordé dans les débats à venir de la primaire de la gauche. Quand Vincent Peillon prône « un New Deal européen », il s’agit notamment d’investissements qui vont permettre d’accélérer la transition énergétique.

Il ne va pas jusqu’à proposer de sortir les dépenses environnementales de la dette publique, comme vous le faites.

J’avais fait cette proposition à François Hollande au moment de la COP21. Si nous déduisions du calcul de notre déficit public la dépense militaire, qui ne sert pas uniquement à la France mais aussi à l’Europe, et celle liée à la transition énergétique, ce déficit serait de l’ordre de 1,5 %. Ce ne serait pas une opération de passe-passe. Cette dépense pour la transition énergétique ne crée pas de la dette pour les générations à venir, mais au contraire un héritage positif. Vincent Peillon n’a pas formulé cette proposition, mais elle s’inscrit tout à fait dans sa stratégie pour la France et pour l’Europe.

Est-ce que vous soutiendrez le gagnant de la primaire, quel qu’il soit ?

Je ne me sens redevable de personne, je n’ai jamais été dans des écuries et j’ai ma liberté. J’espère avant toute chose que Vincent gagnera.

Nicolas Chapuis et Béatrice Jérôme

 

 

::: INTERNATIONAL

LE MONDE – 13/01/2017

Entreprises : la France à la reconquête de l’Afrique

Les patrons tricolores redécouvrent le continent noir, investi depuis une décennie par les pays émergents. En témoigne l’importante délégation, à Bamako, pour le sommet Afrique-France.

Pierre Gattaz le reconnaît volontiers : « Je ne connais pas très bien l’Afrique. » Aux commandes de Radiall, sa société spécialisée dans les composants électroniques, le chef d’entreprise ne s’est guère frotté au continent noir. Mais comme patron des patrons, le président du Medef s’en est fait une cause. Une mission, même, qu’il défend avec des accents passionnés et parfois presque un peu… désespérés.

« Les Africains que j’ai rencontrés ces trois dernières années disent : “On ne vous voit plus. Vous les Français, vous avez déserté l’Afrique”, se désole M. Gattaz. Ne loupons pas le réveil africain ! C’est un continent formidable, énorme, qui a besoin de tout et nous attend ! » Dont acte. Alors que se tient à Bamako, au Mali, vendredi 13 et samedi 14 janvier, la 27e édition d’un sommet très politique des chefs d’Etat Afrique-France, l’organisation patronale affiche son ambition d’en faire aussi un événement économique.

Le Medef emmène une soixantaine d’entreprises tricolores, dont des grands groupes comme Veolia ou Thales, mais également des PME (Vergnet…) et des start-up, pour un raout centré « business ». Un forum qui prolonge les initiatives tous azimuts lancées ces derniers mois par un Medef en mode « reconquête » : conférences, rencontres entrepreneuriales, tournées en grande pompe sur des terrains soigneusement choisis…

En avril 2016, une délégation monstre de 150 chefs d’entreprises français se rendait ainsi en Côte d’Ivoire, nouvelle championne de la croissance africaine. Six mois plus tôt, c’est le Nigeria qu’élisait Pierre Gattaz pour son premier voyage au sud du Sahara. Un géant de 186 millions d’habitants, première économie du continent, où la France ne détenait, en 2015, que 3,3 % de parts de marché.

Au Nigeria anglophone, cette présence commerciale modeste ne surprend pas tellement. Mais le constat général est peu réjouissant : dans toute l’Afrique subsaharienne, l’Hexagone a perdu du terrain. En dix ans, ses parts de marché ont été divisées par deux, passant de 7 % en 2005 à 4 % en 2015. Même avec les pays de la zone franc, la France a perdu sa place de premier fournisseur dès 2008, relevait le Trésor dans une note d’avril 2016.

Frilosité des entreprises françaises

Les spécialistes du continent nuancent la réalité des chiffres. « Les statistiques douanières traduisent imparfaitement la présence de la France en Afrique, qui ne se manifeste pas seulement par des exportations, mais aussi par des implantations sur le terrain », souligne Etienne Giros, président du Conseil français des investisseurs en Afrique. Cet ancien de Bolloré cite l’exemple du groupe qui, depuis 2000, a gagné la gestion de quatorze ports sur le continent.

Il n’empêche. « Sur un marché qui a crû beaucoup, la proportion de la France a baissé, c’est indéniable, reconnaît M. Giros. Pendant un temps, les entreprises françaises ont sans doute un peu minimisé les opportunités et surévalué les risques. » Frileuses, les sociétés hexagonales se sont fait tailler des croupières par les pays émergents. La Chine bien sûr, dont la part de marché a bondi de 8 % à 22 % en une décennie, mais également la Turquie, la Corée du Sud, le Brésil, la Malaisie…

« Désamour » français pour le continent ? C’est ce qu’a ressenti Alain Taïeb, observateur privilégié, à travers sa société Mobilitas, spécialiste du déménagement international et présente dans les 54 pays africains. « Les élections truquées, les guerres, les maladies, le racket fiscal : longtemps on n’a parlé que de ça au lieu de regarder tout ce qui bougeait, regrette le président du conseil de surveillance de cette entreprise de taille intermédiaire, fondée par ses parents. Dans les groupes, les mutations nobles, c’était l’Asie, jamais l’Afrique. » Pourtant, se réjouit-il, les choses changent aujourd’hui : « Cela aurait dû se passer il y a dix ou vingt ans, mais enfin, ça y est, tout le monde se met à chanter la chanson de l’Afrique. »

Sujet désormais « prioritaire »

Au diapason du Medef, le milieu des affaires français se pique du continent. De séminaires en colloques, on se repasse les statistiques comme autant de promesses de création de valeur : essor d’une classe moyenne émergente estimée entre 150 millions et 300 millions de consommateurs ; urbanisation accélérée à un rythme de 4 % par an, selon l’agence ONU-Habitat ; explosion du marché du mobile, et avec lui de l’e-commerce…

La conjoncture connaît certes un gros trou d’air, dans le sillage de la chute des prix du pétrole. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne a vu son produit intérieur brut progresser de 1,5 % en 2016, soit sa plus mauvaise performance en plus de vingt ans. Mais des pays comme le Rwanda, l’Ethiopie, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire affichent toujours des taux de croissance supérieurs à 6 %. Et l’Afrique reste un continent à équiper, dans les infrastructures de transport, le traitement des eaux et des déchets, l’électricité, la distribution ou encore l’industrie agroalimentaire.

« C’est une bonne nouvelle pour la France qui, en plus de ses atouts historiques, dispose de fortes positions dans ces secteurs », estime Jean-Michel Severino, ex-directeur de l’Agence française de développement, aujourd’hui à la tête d’Investisseurs et Partenaires, un fonds d’investissement pour les PME africaines. D’ailleurs, on le voit : dans la plupart des groupes français, le sujet africain est devenu prioritaire. »

Selon un rapport publié fin 2015 par le cabinet BearingPoint, les entreprises françaises s’attendent à ce que la part de leur chiffre d’affaires réalisé en Afrique augmente de 75 % en dix ans. Témoin, Danone, qui a créé en 2015 une direction Afrique, un marché où il ne cesse de se développer, notamment au Ghana, au Kenya, au Togo. Les enseignes de distribution appuient aussi sur l’accélérateur, à l’image de Carrefour, qui ouvre des hypermarchés en Côte d’Ivoire ou au Kenya. Pour mieux prendre le pouls du continent, L’Oréal a transféré mi-2016 des Etats-Unis à Johannesburg, en Afrique du Sud, son centre de recherche sur les cheveux africains et les peaux noires.

« Retournement » de situation

Dans les services financiers, Axa multiplie les acquisitions et les prises de participation. L’an dernier, le groupe a investi 75 millions d’euros pour s’offrir 8 % de Jumia, numéro un de l’e-commerce africain, via lequel il compte distribuer ses produits d’assurance. Déjà massivement engagé, Orange clame que l’Afrique est devenue son premier axe de développement à l’international. Outre les rachats d’opérateurs locaux, il s’est imposé sur le segment du paiement mobile, avec son service Orange Money.

En quatre ans, Business France est passé d’un seul bureau compétent, à Johannesburg, à un réseau de huit entités couvrant toute l’Afrique subsaharienne

La trajectoire de la start-up française Afrimarket symbolise également cet engouement. Cette plateforme d’e-commerce à destination de six pays d’Afrique francophone a déjà levé 13 millions d’euros, dont 10 millions en septembre. Son tour de table, essentiellement tricolore, compte des noms comme Olivier Mathiot (cofondateur de PriceMinister), Jacques-Antoine Granjon (Vente-privee.com), ou encore Xavier Niel (patron de Free et actionnaire, à titre individuel, du Monde).

Pourtant, il y a trois ans, une première tournée auprès d’investisseurs avait quasiment fait chou blanc. « On nous répondait : l’Afrique, on ne connaît pas, on n’y va pas, raconte Rania Belkahia, cofondatrice d’Afrimarket. Depuis, c’est le retournement. Même le Quai d’Orsay nous a invités pour parler consommation africaine ! »

« La charge de la preuve a changé, note l’investisseur franco-béninois Lionel Zinsou. Avant, les boîtes disaient : “Expliquez-moi pourquoi il faut aller en Afrique ? Maintenant, si vous n’y êtes pas, on se demande pourquoi. » Le patron du fonds PAI Partners préside aujourd’hui AfricaFrance, une fondation créée en 2013 sous l’impulsion de l’Elysée pour resserrer les liens économiques avec le continent. Un signe parmi d’autres d’une volonté de sursaut au niveau de l’Etat.

« Nœud d’enjeux »

« Dans l’administration, le poids des affaires africaines – la Françafrique, le traumatisme rwandais – avait entraîné une posture de retrait, analyse M. Severino. Il y a eu une prise de conscience qu’il fallait remobiliser l’appareil public, car il y a là un nœud d’enjeux tous liés : commercial, sécuritaire, politique, migratoire. »

L’Afrique s’est retrouvée au premier plan de la diplomatie économique instaurée par Laurent Fabius quand il était au Quai d’Orsay, entre 2012 et 2016. Un exemple ? En quatre ans, Business France, l’agence chargée de promouvoir l’Hexagone à l’international, est passé d’un seul bureau compétent, à Johannesburg, à un réseau de huit entités couvrant toute l’Afrique subsaharienne.

Pour autant, gare à l’aventurisme ! Tous les connaisseurs soulignent que le continent noir peut être un relais de croissance à condition de bien s’y préparer. « Il est vital de connaître le terrain et ne pas imaginer que, en quelques mois seulement, on va faire beaucoup d’argent », insiste Jérôme Douat, patron de Vergnet, une PME spécialiste des énergies renouvelables, qui réalise près de 50 % de son chiffre d’affaires en Afrique. « C’est un marché d’avenir, résume-t-il, mais pour y travailler, il faut des reins solides. »

Marie de Vergès

 

 

LE FIGARO – 13/01/2017

Migrants, Brexit, élections : l’Europe sous tension en 2017

INFOGRAPHIE – Malte a pris la barre de la galère européenne jusqu’à l’été pour une présidence qui s’annonce bien chahutée.

Petit pays, gros défis. Nul ne sait quelles secousses l’année 2017 garde en réserve, mais c’est à un minuscule archipel, posé plus près de l’Afrique que du Vieux Continent, que revient la mission d’épauler l’UE dans sa neuvième année d’une déprime tous azimuts. «Nous sommes sans illusion de grandeur, dit le premier ministre maltais Joseph Muscat. L’urgence est d’écouter les questions qui taraudent les Européens et d’y apporter des réponses, avant que les extrémistes ne s’en emparent.»

Malte pèse moins de 0,1 % des habitants de l’Union, mais ce n’est peut-être pas un mauvais choix pour prendre la barre de la galère européenne jusqu’à l’été, pour six mois d’une présidence «tournante» qui s’annonce chahutée. Les écueils se resserrent: l’investiture de Donald Trump d’ici à quelques jours, l’engagement du divorce britannique en mars, l’encombrant voisinage de Vladimir Poutine, des scrutins cruciaux en France et en Allemagne, et sans doute un troisième déferlement de migrants avec la fin de l’hiver. «Cela se profile comme la tempête du siècle mais ici, au milieu de la Méditerranée, nous avons l’habitude», lâche, à La Valette, un pilier de la présidence maltaise.

Les 450.000 insulaires gardent un regard étonnamment neuf sur une Union qui se déclare fatiguée. Ils sont les plus enthousiastes à la cause, à l’inverse des Européens de l’Est entrés comme eux dans l’UE en 2004. La croissance dépasse 3 %, l’emploi est en plein essor, le bâtiment explose. Perdue au milieu de la mer, l’ex-colonie britannique révère toujours «la Reine» et le Commonwealth. Mais elle s’est arrimée sans retour au grand marché. «Nous sommes sortis de notre rocher grâce à l’Europe, dit l’un d’entre eux, aujourd’hui nous pouvons mêmes devenir astronautes!»

Cet îlot de fraîcheur ne nuit pas, en lisière d’un espace politique assombri par l’obsession du déclin et de la perte d’identité. Les Maltais, placés par l’Histoire au carrefour des crises de civilisation, en ont vu bien d’autres. Et l’Europe elle-même, quoi qu’elle en dise, ne se porte pas si mal. L’activité économique, même modeste, a fini 2016 sur une note aussi robuste qu’inattendue. Le continent redémarre et le chômage baisse à peu près partout. Les déficits publics, boulets de la décennie, s’allègent franchement. Dans les 19 pays de l’euro, ils sont tombés de 6 à 1,5 % du PIB depuis 2010, sauf en France.

Le Brexit, un catalyseur

L’euro, malgré les augures, survit tant bien que mal et la Grèce en fait toujours partie. Les frontières intérieures de Schengen déjouent les pronostics et restent ouvertes. À force de noircir, c’est à peine si l’on a relevé que la catastrophe instantanée promise au Royaume-Uni depuis le vote de rupture n’y a en rien entamé l’activité. À Noël, les magasins ont fait le plein. À court terme, la victoire de Donald Trump, elle, semble avoir dopé les prévisions, y compris sur le Vieux Continent. Bref, si l’Europe ne va pas bien, l’économie, les marchés et les investissements ne se portent pas si mal.

L’avenir de l’UE paraît encore bouché, mais c’est moins un problème économique qu’une question politique: elle est mal gouvernée, ou plus précisément chaque nouvelle épreuve la trouve moins capable de formuler des solutions communes et crédibles. «La crise de confiance a commencé dès 2008, avec une réponse trop lente à l’effondrement des subprimes aux États-Unis. Trop peu, trop tard, note Louis Grech, vice-premier ministre maltais. Le Brexit n’est pas le mot de la fin, c’est un catalyseur: après avoir joué un rôle moteur pendant un demi-siècle, le projet européen semble de ne plus être capable que de produire des tensions entre capitales et des frustrations chez l’électeur.»

L’afflux d’Africains en quête de mieux-vivre risque de mettre à nouveau le continent à l’épreuve, dès le retour d’une météo calme en Méditerranée. «L’UE va tout droit vers la crise, dès le printemps, avec des débarquements sans précédent sur sa façade méridionale et, à nouveau, des noyades par milliers», prévient Joseph Muscat. La côte libyenne est à 350 km à peine de son bureau. Le «président» de l’UE s’inquiète de voir les Vingt-Huit foncer tête baissée dans une troisième année de débâcle à ses portes. L’an dernier, passant au large, plus de 181.000 migrants sont arrivés sur les côtes italiennes, un record absolu d’après Frontex.

Une crise persistante de l’exercice du pouvoir

L’Europe a colmaté l’an dernier la brèche grecque en mer Égée, avec le renfort énergique de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Mais en Libye, elle manque d’interlocuteur crédible et le premier ministre maltais s’inquiète ouvertement de voir les Russes multiplier les gesticulations navales au large de ce pays plongé dans le chaos. Il préférerait voir les marines de l’Otan et de l’UE occuper le terrain – y compris les eaux territoriales – afin de casser le business florissant des passeurs, avec l’accord de Tripoli. «Il est plus que temps de braver l’orage qui menace», insistait-il jeudi devant quelques journalistes. Le débat bruxellois sur les «quotas» nationaux de réfugiés de guerre peut bien attendre un an de plus. Il est déjà dépassé…

Les élections néerlandaises, françaises, allemandes fourniront aux Européens l’occasion d’exprimer leur mécontentement face à la paralysie de l’UE et contre la disparition des frontières.

Les élections néerlandaises, françaises, allemandes fourniront aux Européens l’occasion d’exprimer leur mécontentement face à la paralysie de l’UE et contre la disparition des frontières. Mais ni l’extrémiste Geert Wilders, ni Marine Le Pen, ni l’égérie de l’AfD Frauke Petry ne semblent pouvoir décrocher les majorités indispensables au renversement de l’ordre établi. Pour l’Europe, le danger politique principal est moins la montée du populisme et de ses idées simples qu’une crise persistante de l’exercice du pouvoir, à tous les niveaux.

Défi d’une génération, la «crise» migratoire ne peut avoir de solution plausible que collective. Pour l’heure, elle reflète surtout l’incapacité des Vingt-Huit à trouver rapidement des réponses à la hauteur, comme l’annonçaient déjà la déroute financière de 2008-2009 et ses séquelles. Le casse-tête de la dette grecque va bientôt entrer dans sa 9e année, mais à Bruxelles on murmure déjà le scénario d’un quatrième plan de sauvetage. Trop peu, trop tard. L’Europe n’en finit pas de saper sa propre crédibilité.

Jean-Jacques Mével

 

 

 

Vous souhaitant une bonne journée et un excellent week-end.

 

Cordialement,

 

 

Elena NATALITCH

Service Presse, Communication / Formation

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