::: ILE-DE-FRANCE
LA TRIBUNE – 18/01/2017
Grand Paris express : un levier de relance pour l’économie francilienne
Le projet du Grand Paris Express va permettre de doubler la taille du métro parisien.
L’immense chantier du Grand Paris express pourrait soutenir l’économie francilienne pendant une décennie.
Le chantier du Grand Paris express tombe à pic pour l’économie francilienne. En effet, alors que le taux de chômage est toujours de 8,5 % dans la région, supérieur de 2,2 points à son point bas d’avant-crise (6,3 % début 2008), que le nombre de défaillances d’entreprises est toujours aussi élevé qu’au moment de la récession, le « chantier du siècle » pourrait changer la donne. Il représente 30 milliards d’euros d’investissements publics, prévoit de doubler la taille du métro parisien sur le territoire de l’agglomération parisienne grâce notamment à quatre lignes supplémentaires, et va permettre de créer 68 nouvelles gares.
D’ailleurs dès cette année, 14 des 16 nouvelles gares de la ligne 15 sud – qui seront opérationnelles en 2022 – seront en travaux, de Noisy-Champs à l’est de Paris, à Pont-de-Sèvres à l’ouest. En outre, 31 chantiers annexes s’ouvriront également cette année. Soit un total de 45 chantiers en 2017 répartis dans le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et à la marge la Seine-et-Marne et de la Seine-Saint-Denis. Ces chantiers représenteraient déjà 4.000 emplois, selon Philippe Yvin, le président du directoire de la Société du Grand Paris (SGP), l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui pilote le projet du Grand Paris express.
Nouvel élan pour l’investissement public
Pour financer ces lourds investissements, la SGP s’appuie sur la fiscalité : elle perçoit une partie des recettes de trois taxes franciliennes : la taxe sur les surfaces de bureaux, locaux commerciaux, stockage et stationnement ; la taxe spéciale d’équipement (TSE) « Grand Paris », à laquelle les Franciliens contribuent ; et l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (IFER). Et une fois ce réseau mis en service, la SGP percevra des redevances chaque année.
Il est aussi déjà prévu que la Caisse des dépôts et consignations et la Banque européenne d’investissement débloquent des lignes de crédits de respectivement 4 milliards et 1 milliard d’euros pour le projet. Par ailleurs, l’agence de notation Moody’s note désormais la SGP, qui compte donc emprunter sur les marchés financiers.
Relancer l’investissement public
Ce projet de mobilité revêt, du reste, une importance fondamentale pour que l’agglomération capitale puisse à l’avenir faire face à la concurrence féroce des métropoles internationales. C’est aussi une manière de renouer avec l’investissement public de long terme en France. « La France a longtemps eu un avantage compétitif grâce à son réseau d’infrastructures », faisait remarquer Philippe Yvin lors de ses vœux à la presse lundi soir. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas, car elle a sous-investi dans certains domaines clés, comme les réseaux ferrés. Dans un contexte budgétaire tendu, le choix a été très souvent fait de réduire l’investissement public, coûteux à court terme et dont les rendements réels n’interviennent que cinq ou sept ans plus tard.
L’investissement public local notamment, qui représente 70 % de l’investissement public civil, a été lourdement affecté ces trois dernières années par les restrictions budgétaires. Or, un niveau trop faible d’investissement public ne peut être sans conséquence. Sous-investir dans les infrastructures et dans l’entretien du patrimoine public entraîne un coût pour la collectivité et les générations futures.
De la bonne dette
Comme le notait récemment l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), il n’y a pas que la dette publique qui est léguée aux générations futures, comme on l’entend trop souvent, il y a aussi le patrimoine national qu’il faut entretenir. De ce point de vue, la faiblesse de l’investissement public a fortement déprécié les actifs publics, qui font partie intégrante du bien commun.
D’où la nécessité de grands projets comme le Grand Paris express qui devrait, selon les études de la SGP, générer a minima 60 milliards d’euros de PIB supplémentaires à long terme pour la région Île-de-France, voire plus de 100 milliards d’euros selon des hypothèses les plus optimistes. Le projet devrait même permettre une hausse à terme du PIB francilien de 10 à 15 points, et de 3 à 5 points du PIB national. Bref, on pourrait considérer ces investissements publics comme de la « bonne dette », surtout en cette période de taux d’intérêt nominaux très bas.
LE MONDE – 18/01/2017
La région Ile-de-France souhaite lancer des lignes régulières sur la Seine
Le STIF et Batobus ont signé mardi la convention pour permettre aux titulaires de la carte d’abonnement Navigo d’accéder aux navettes.
L’idée titille les pouvoirs publics parisiens depuis plusieurs années, mais les diverses expériences menées n’ont jusqu’à présent jamais été satisfaisantes dans la région capitale. Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France et de son Syndicat des transports (STIF), entend bien transformer la Seine en axe de déplacement pour les Franciliens.
Mardi 17 janvier, le STIF et Batobus, une filiale de Sodexo, ont signé une convention pour permettre aux titulaires de la carte d’abonnement Navigo d’accéder aux navettes qui desservent une dizaine de stations le long de la Seine. Et ce pour une somme de 40 euros par an (contre 60 euros par an aujourd’hui ou 17 euros par jour).
« Il s’agit d’une remise consentie par Batobus », non compensée par le STIF, précise à l’Agence France-presse (AFP) la compagnie fluviale, qui accueille près de 2 millions de passagers par an, et espère toucher entre 10 000 et 100 000 détenteurs de carte Navigo avec cette offre. Cela pourrait notamment soulager le RER C.
Décongestionner métro et RER
Cette convention n’est qu’une première étape pour le STIF. Alors que Londres dispose d’une douzaine de lignes régulières, qu’Amsterdam exploite ses canaux et que le Bosphore est un axe important de déplacement à Istanbul, Paris n’exploite pas la Seine, la Marne ou l’Oise, ou si peu, pour permettre de décongestionner les transports en surface, aujourd’hui saturés, qu’il s’agisse du métro, du RER ou des routes, notamment après la fermeture des voies sur berges.
« Le fleuve doit faire partie intégrante de notre stratégie de transport, tout comme les téléphériques ou les véhicules autonomes », confie Valérie Pécresse au Monde. « Nous devons explorer toutes les possibilités technologiques sur l’ensemble des cours d’eau, de la Seine aux canaux. Nous lançons une étude pour lister toutes les possibilités, qu’il s’agisse de mettre en place des bacs pour faciliter les franchissements, des navettes régulières sur certains parcours ou des bus amphibies », détaille la présidente de la région. « Nous allons également regarder les autres types de transport, comme le Seabubble. Ce projet d’embarcation électrique est intéressant technologiquement et il permettra de redonner encore plus d’attractivité à la capitale, mais ses capacités d’emport restent restreintes à quatre personnes. Pour décongestionner la ville, il faut penser des systèmes plus capacitaires. »
De nombreuses idées
La Seine ou ses affluents ont déjà donné de nombreuses idées au STIF, mais les expériences passées n’ont pas été concluantes. Entre 2008 et 2011, les élus avaient soutenu l’expérimentation de Voguéo, un service exploité par Batobus, entre Maisons-Alfort (Val-de-Marne) et la gare d’Austerlitz à Paris. Problème, la fréquentation fut très faible – 7 passagers par bateau en moyenne, pour 76 places – pour un coût annuel de 4 millions d’euros.
En 2013, trois lignes devaient voir le jour en amont et en aval de Paris avec une trentaine d’arrêts, mais les lignes régulières n’ont jamais ouvert. Le coût était jugé prohibitif, à 36 euros par personne transportée, et puis les élus des Hauts-de-Seine, peu tournés vers le fleuve, n’en voyaient pas l’intérêt. Aujourd’hui, la situation a changé. Non seulement la région penche à droite comme le département de l’ouest francilien, mais l’aménagement des berges en aval du fleuve a fait redécouvrir leur intérêt.
Pour lancer les lignes régulières sur la Seine, il faut résoudre plusieurs problèmes. « Il y a d’abord la limitation de vitesse sur le tronçon parisien, qui ne permet pas d’offrir aujourd’hui des temps de parcours attractifs », glisse Valérie Pécresse. Et puis « il faut bien organiser la cohabitation entre le fret, les bateaux touristiques et les péniches privées arrimées sur les berges. A Londres, ils ont supprimé ces péniches privées, ce qui permet de circuler à plus vive allure sur la Tamise. Nous avons une autre histoire. »
L’étude du STIF sur les différents moyens de déplacements fluviaux est promise pour juin. D’ici là, Seabubble devrait avoir fait ses premiers essais sur la Seine. En tout cas, c’est la promesse faite par ses concepteurs, Alain Thébault et Anders Bringdal. Paris n’a jamais été aussi proche de reconquérir son fleuve.
LE MONDE – 18/01/2017
Facebook va soutenir des start-up parisiennes
La directrice des opérations du premier réseau social mondial, Sheryl Sandberg, était à Paris, mardi, pour dévoiler un partenariat avec l’incubateur Station F.
Un casque de chantier et des gants – pour lutter contre le froid – attendaient les invités accueillis, mardi 17 janvier, à la Halle Freyssinet, dans les locaux en travaux de Station F, espace du 13e arrondissement de Paris consacré aux start-up et imaginé par Xavier Niel, propriétaire de Free (actionnaire à titre personnel du Monde).
A trois mois de l’ouverture des lieux prévue pour le 1er avril, rendez-vous était donné avec Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, venue témoigner en personne de l’engagement du premier réseau social mondial dans ce projet.
Entourée de Xavier Niel, d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, et de Roxanne Varza, la directrice de l’incubateur, qui ont, en anglais, rivalisé de louanges à son égard, la numéro deux de Facebook a dévoilé les ambitions du « Start Up Garage from Facebook ».
« Construire la confiance autour de la data »
Ce programme doit permettre d’accompagner tous les six mois dix à quinze entreprises novatrices, dont l’activité, à l’image de Facebook, est soutenue par le traitement des données. Au total 80 postes de travail – sur les 3 000 qu’hébergera Station F – seront mis à disposition par Facebook, ainsi que le soutien d’experts dans des domaines variés : deep learning, intelligence artificielle, constitution d’une communauté d’utilisateurs, organisation des équipes… Le budget alloué n’est pas connu précisément, sinon qu’il s’agit de « plusieurs millions ». D’ores et déjà, l’identité de cinq entreprises bénéficiaires du programme a été dévoilée (Chekk, Mapstr, The Fabulous, Onecub, Karos).
Pour Facebook qui a déjà ouvert en juin 2015 à Paris un centre de recherche consacré à l’intelligence artificielle (FAIR), il s’agit d’un nouveau témoignage d’intérêt pour l’économie française. « Paris, capitale des arts, de la culture et de la littérature est aujourd’hui une capitale de la technologie, a estimé Sheryl Sandberg. La France a donné naissance à des entreprises parmi les plus innovantes du monde [citant l’exemple de Blablacar] et nous sommes heureux d’accompagner une nouvelle génération de start-up porteuse de croissance économique et de création d’emplois. » Facebook assure toutefois ne pas vouloir prendre de parts dans les sociétés qu’il aura accompagnées, mais seulement « se nourrir de ces collaborations ».
Le discours de Sheryl Sandberg a aussi reflété les autres motivations du réseau social. « On doit construire la confiance autour de la “data” » a-t-elle par exemple souligné, bien consciente de la défiance que peut susciter l’exploitation des données personnelles, le cœur de métier de Facebook. Le travail fait avec les entreprises passant par Station F devra donc témoigner de cette préoccupation. D’autre part Sheryl Sandberg a insisté sur le rôle que Facebook pouvait jouer auprès des TPE/PME françaises en matière de notoriété. Elles sont aujourd’hui un million à être présentes sur le réseau social.
Créer un vrai écosystème
Pour Xavier Niel et pour la maire de Paris, l’engagement de Facebook dans Station F est une aubaine. Pour le patron de Free, qui assure que Facebook est le premier partenaire à avoir décidé de s’engager dans l’aventure Station F, ce partenariat assoit la dimension internationale de ce projet, présenté comme « le plus grand campus de start-up du monde ».
D’autres partenaires viendront s’installer comme Ventes-privées ou l’incubateur de HEC, ainsi que des fonds d’investissement, dont Kima Ventures, celui de Xavier Niel, pour créer un vrai écosystème.
Quant à Anne Hidalgo, elle veut y voir une reconnaissance du poids pris par Paris sur la carte mondiale des technologies, et de sa politique en faveur de l’innovation : « L’an dernier nous inaugurions Le Cargo, le plus grand incubateur d’Europe, et aujourd’hui nous inaugurons le plus grand du monde. L’investissement de Facebook montre l’attractivité de Paris. »
Sheryl Sandberg profite d’ailleurs de ce déplacement en France pour acter le partenariat avec l’incubateur des politiques publiques, qui associe Sciences Po, l’Ecole 42 de Xavier Niel et SUPInternet.
::: ECONOMIE
LES ECHOS – 18/01/2017
Le gouvernement revoit à la baisse la prévision de croissance pour 2016
Le PIB français devrait croître de 1,4% en 2016. Un chiffre qui ne doit pas remettre en question la baisse du chômage et l’objectif de réduction du déficit public, selon Michel Sapin.
Le gouvernement a abaissé à 1,4%, contre 1,5% auparavant, sa prévision de croissance de l’économie française pour 2016, a annoncé vendredi le ministre de l’Economie et des Finances.
« 1,4%, c’est le chiffre que nous retiendrons pour cette année », a-t-il déclaré sur Europe 1 avant la présentation, ce vendredi en conseil des ministres, du projet de loi de finances rectificative de fin d’année pour 2016. Cela ne remet en cause ni la baisse du chômage ni les objectifs de déficit public, qui doit être ramené à 3,3% du PIB en fin d’année, estime Michel Sapin.
Prévision encore inférieure à celle de l’Insee
Michel Sapin avait déjà laissé clairement entendre que l’objectif de croissance 2016 serait revu à la baisse après la publication, fin octobre par l’Insee, d’une hausse du PIB limitée à 0,2% au troisième trimestre. « La croissance sera au-dessus de 1,3 %. Ce sera quelque part entre 1,3 % et 1,5 % », avait-il affirmé début novembre.
Pour mémoire, l’Insee prévoit une hausse du PIB de 1,3 % en 2016, tout comme le consensus des économistes. A titre de comparaison, le PIB allemand devrait, lui, croître de 1,9 % cette année.
Un objectif « atteignable »
Dans un avis publié vendredi, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a jugé la nouvelle prévision de croissance du gouvernement « atteignable », tout en soulignant qu’elle est dans le haut des prévisions.
S’agissant du déficit public, il considère comme « réaliste » la prévision de 3,3% du PIB pour fin 2016, qui a été avalisée récemment par la Commission européenne , même si « elle conditionnée à une stricte gestion des dépenses en fin d’année ».
Pour 2017, année pour laquelle le gouvernement table toujours sur une croissance de 1,5%, le Haut Conseil des finances publiques répète enfin que ce niveau est supérieur au consensus des prévisions (1,2% à 1,3%).
LE FIGARO – 18/01/2017
La situation budgétaire de la France demeure « fragile »
La réduction du déficit budgétaire s’explique surtout par une conjoncture très favorable alors que la France a réalisé moins d’efforts que ses partenaires économiques.
Il n’y a pas de quoi claironner à propos de la bonne tenue du budget français. Le message envoyé ce mercredi par EY avocats, dans son Observatoire des politiques budgétaires et fiscales, a de quoi contrebalancer le discours positif et autosatisfait de Michel Sapin. «Malgré une amélioration globale des indicateurs budgétaires dans un contexte économique très favorable, la situation des finances publiques françaises reste fragile», prévient ainsi Charles Ménard, avocat associé.
La raison? La France a réalisé moins d’efforts que ses partenaires économiques. Prix du pétrole très bas, baisse des taux d’intérêt, parité euro/dollar favorable… «L’alignement des planètes», tant vanté par l’exécutif depuis plus de deux ans, aurait dû permettre au gouvernement de redresser plus rapidement les finances publiques, juge EY avocats. Résultat, la France gardait en 2015 un déficit de 3,5 % du PIB, quand celui des pays de l’Union européenne se situait à 2,4 %. De quoi, logiquement, faire gonfler la dette, qui culminait alors à 96 % du PIB dans l’Hexagone, soit 11 points de plus que la moyenne de ses partenaires européens.
Pourtant, les impôts et autres prélèvements ont augmenté durant le quinquennat. Et surtout ceux des particuliers. «Le choc fiscal a bien davantage concerné les personnes physiques que les entreprises», rappelle Charles Ménard. De plus, les retouches successives du barème de l’impôt sur le revenu ont concentré le poids sur un nombre de plus en plus réduit de contribuables, à savoir la classe moyenne et les plus aisés. La majorité a en effet abaissé, depuis 2012, le seuil d’entrée dans la tranche de 30 %, ajouté une tranche marginale à 45 %, et supprimé la première tranche à 5,5 % pour exempter d’impôts davantage de ménages modestes.
Instabilité fiscale
Signe d’une majorité parlementaire à la dérive, ce sont les députés qui ont le plus activé le levier fiscal – à la baisse ou à la hausse. Les parlementaires sont à l’origine de plus de 45 mesures fiscales dans le cadre du budget 2017, contre une trentaine seulement pour l’exécutif. Une constante depuis plusieurs années. Mais alors que l’exécutif annonce en amont ses orientations budgétaires et fiscales, les amendements parlementaires surviennent sans prévenir dans le débat. Et sans être réellement mesurés. «Cela a une incidence, souvent dénoncée, sur l’instabilité de la norme fiscale», rappelle Charles Ménard.
Et ce d’autant que ce sont le plus souvent les amendements parlementaires que le Conseil constitutionnel censure, rappelle EY avocats. Les Sages ont ainsi retoqué 30 articles issus d’amendements parlementaires dans le budget 2017 et un peu moins de 20 écrits par le gouvernement. La censure la plus notable a été, fin décembre, celle de la «taxe Google» sur les profits détournés, qui avait été adoptée malgré les réticences du ministère des Finances.
L’OPINION – 18/01/2017
Impôts, dette… : le quinquennat de François Hollande en cinq graphiques
Au cours du quinquennat, 28 nouvelles taxes ont été créées, 10 ont été supprimées.
L’Allemagne vient d’annoncer un excédent budgétaire de 20 milliards pour 2016. A Bercy, on se réjouit d’un déficit de 69 milliards d’euros
Le cabinet EY Sociétés d’Avocats publie ce mercredi son traditionnel observatoire fiscal et budgétaire, qui cette année prend la forme d’un bilan de François Hollande après l’adoption de la dernière loi de finances du quinquennat. Si Michel Sapin s’est félicité mardi du « sérieux budgétaire » du gouvernement après la publication d’un déficit légèrement meilleur que prévu en 2016, à 69 milliards d’euros, le cabinet de conseil revient sur plusieurs graphiques moins flatteurs pour l’exécutif. Passage en revue.
Un environnement exceptionnellement porteur, des résultats médiocres
Un prix du baril en chute de 60 %. Des taux d’intérêt divisés par trois. Un euro hyper compétitif face au dollar. Aucun président de la République n’a connu un environnement aussi favorable sous la Ve République. Un alignement exceptionnel des planètes qui a dopé la croissance de 0,8 point selon les calculs de l’Insee… sans que le gouvernement n’arrive à consolider franchement les fondements de l’économie française. Certes, le déficit aura été ramené de 4,8 % à 3,3 % du PIB entre 2012 et 2016. Mais la croissance aura longtemps stagné et ne repart que doucement depuis 2015 (1,2 % en 2016 selon l’Insee). Au final, « l’amélioration des principaux indicateurs macroéconomiques et budgétaires est principalement due à cet environnement extrêmement porteur », résume Charles Ménard, en charge de l’observatoire fiscal EY Sociétés d’Avocats. Une amélioration « extrêmement fragile, voire sur certains points en trompe l’œil », ajoute-t-il, rappelant l’avis du Haut conseil aux finances publiques (HCFP) sur la loi de finances 2017 qui a jugé la prévision de croissance du gouvernement « optimiste », l’objectif d’un déficit de 2,7 % « improbable » et même « incertain » un retour sous la barre des 3 %.
La bombe de la dette toujours plus menaçante
Les cieux cléments du quinquennat n’auront pas permis d’inverser la courbe de l’endettement. Quand il arrive au pouvoir, François Hollande hérite d’une dette de 1 869,1 milliards d’euros (90,2 % du PIB). Au troisième trimestre 2016, six mois avant de quitter l’Elysée, la dette a gonflé de près de 300 milliards d’euros, à 2 160,4 milliards d’euros (97,6 % du PIB). 300 milliards, c’est l’équivalent d’un an de dépenses de l’État (hors charge de la dette et pensions). Une somme colossale passée pourtant totalement inaperçue. Car si la dette a augmenté, sa charge a diminué, passant de 46,3 milliards en 2012 à 41,8 milliards en 2017. Grâce à la faible inflation et l’effondrement des taux provoqué par la politique accommodante de la Banque centrale européenne, le fameux « alignement des planètes » a permis d’enregistrer quelque 2 milliards d’euros « d’économies » chaque année. « Durant ce quinquennat, les impôts ont augmenté sans que les dépenses ne reculent. Nous n’avons tenu nos objectifs de déficit que grâce à la baisse de la charge de la dette », commente Charles Ménard. Mais la fête est finie. Depuis l’automne, les taux remontent. Sous les 0,20 % à l’été 2016, les taux français à 10 ans ont depuis été multipliés par 4. Ils évoluent aujourd’hui autour de 0,8 %. Un niveau qui reste historiquement bas, mais qui remontera. La morphine monétaire va peu à peu disparaître, et cela risque de coûter cher. Selon EY, une augmentation de 1 point des taux d’intérêt sur la dette de la France augmentera son coût de plus de 10 milliards en cinq ans.
Une stratégie fiscale erratique et inassumée
Cela aura été la grande méprise de ce quinquennat : les choix stratégiques en matières de finances publiques n’auront jamais été clairement énoncés ni assumés. La faute à un candidat Janus, élu sur un discours anticapitaliste (mon ennemi c’est la finance) pour finalement faire la nique aux frondeurs et mettre en place une politique pro-business durant la seconde moitié de son quinquennat, après avoir agité l’assommoir fiscal les deux premières années. Au final, « les entreprises sont les grandes gagnantes du quinquennat, les ménages les grands perdants », résume Charles Ménard. Les prélèvements obligatoires sur les entreprises auront en effet reculé d’un point de PIB (une vingtaine de milliards d’euros) entre le début et la fin du quinquennat, selon EY qui se base sur les travaux de l’Assemblée nationale et de l’OFCE. Une évaluation remise en cause par le Medef car ne prenant pas en compte l’augmentation de la fiscalité locale. Selon le patronat, mais aussi l’institut de recherche Coe-Rexecode, les 40 milliards d’euros d’allégements de charges du CICE et du pacte de responsabilité n’auront même pas réussi à annuler les hausses de charges votées depuis 2010, les prélèvements supplémentaires étant encore de 7,4 milliards d’euros en 2017. Parallèlement, les ménages auront vu leurs impôts exploser de 35 milliards d’euros selon EY (+1,5 point de PIB) sous le quinquennat Hollande. En ajoutant les hausses votées en 2010 et 2011, le compteur fiscal de Coe-Rexecode arrive même à un total de 53 milliards en 2017, sans que le gouvernement, qui communique uniquement sur les 6 milliards d’euros de baisse de l’impôt sur le revenu depuis 2014, n’ait expliqué ni justifié son choix, pourtant défendable sous certains aspects.
Toujours plus de taxes, donc de complexité
Si le record de 2013 n’est pas atteint – 194 mesures fiscales avaient alors été votées cette année-là -, la loi de finances de 2017 en compte davantage (162) que l’année précédente. L’inflation législative est toujours présente. Plus de 150 mesures fiscales ont été votées, dont près de la moitié sur les entreprises. La faute aux députés dont les amendements (47) sont deux fois plus nombreux que les articles déposés par le gouvernement (25), relève l‘étude. « Ces amendements provoquent beaucoup d’instabilité normative et d’insécurité juridique », constate Charles Ménard. Et comme moins de 4 % des articles de nature fiscale sont soumis au contrôle constitutionnel, alors que les amendements parlementaires ne passent même pas par le Conseil d’Etat, « il faut s’attendre à une explosion des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) dans les années à venir », prévient Charles Ménard. La stabilité fiscale a beau être aujourd’hui l’une des premières demandes des entreprises, toujours plus de taxes sont créées chaque année. Sur l’ensemble du quinquennat, seuls 10 des 360 impôts et taxes que compte la France, auront été supprimés. 28 ont été créées, dont trois encore dans le dernier projet de loi finances : la taxe YouTube, une taxe sur les billets d’avion (adoptée mais reportée à 2024) pour financer le CDG Express et un droit de timbre sur les certifications des immatriculations des véhicules de plus de 3,5 tonnes.
Moins de niches fiscales, mais toujours plus de dépenses fiscales
Depuis le début des années 2000, la loi organique sur les lois de finances (LOLF) contraint les parlementaires à gager toute nouvelle dépense par une recette ou une économie équivalente. Pour contourner cette contrainte, les députés ont remplacé les hausses de dépenses par des baisses d’impôts, en multipliant les niches fiscales. Par souci de simplification, François Hollande a supprimé une quarantaine de niches durant le quinquennat, ramenant leur total à 451. Par contre, leur coût s’est envolé, relève EY. Sous l’effet du CICE, les dépenses fiscales ont en effet progressé de 20 milliards d’euros entre 2012 et 2017, passant de 70 à 90 milliards d’euros. Un autre désavantage du CICE – cas typique d’usine à gaz qui pour faire baisser le coût du travail passe par un crédit d’impôt sur les sociétés imputable sur trois ans -, c’est qu’aujourd’hui, personne ne sait comment le transformer en véritable baisse de charges. Et pour cause, il en coûterait une vingtaine de milliards d’euros aux caisses de l’Etat. Ce qui n’empêche pas beaucoup de candidats à la présidentielle de le promettre, sans plus d’explications. C’est tout le charme de la fiscalité française.
::: ENTREPRISES
LES ECHOS – 18/01/2017
Renault passe le cap des 3 millions de voitures vendues dans le monde
Le constructeur atteint un objectif, qui datait de 2006, grâce au renouvellement de l’offre et à l’international.
Il dépasse désormais PSA.
Les jours s’enchaînent et ne se ressemblent pas pour Renault. Vendredi, le constructeur faisait la une, après l’ouverture, par le parquet de Paris, d’une information judiciaire pour tromperie sur le niveau d’émission de ses moteurs Diesel. Mardi, le groupe a joué une autre partition, en affichant des ventes mondiales en hausse de 13,3 %, à 3,18 millions d’unités.
Renault dépasse pour la première fois de son histoire le cap des 3 millions de voitures vendues dans le monde. Il atteint ainsi un objectif annoncé une première fois par Carlos Ghosn en 2006 pour 2009, puis une deuxième fois en 2011. L’affaire commençait à ressembler au sparadrap du capitaine Haddock pour le dirigeant franco-brésilien.
Cerise sur le gâteau, le constructeur dépasse désormais son compatriote PSA. De peu certes – moins de 40.000 véhicules d’avance – mais, sur le long terme, la tendance est nette. La différence s’est notamment faite en Europe, où Renault affiche une croissance des ventes de 11,8 %, à 1,8 million d’unités. Captur, Twingo, Espace, Talisman, Mégane, Scénic, Trafic… En trois ans à peine, la marque Renault a totalement renouvelé et élargi sa gamme. De quoi permettre de s’imposer comme la deuxième marque européenne derrière Volkswagen – mais devant Ford. La surprise vient aussi de Dacia, qui, sans grande nouveauté, enregistre une croissance de 10,8 %, à 415.000 immatriculations, signe que les véhicules à bas coût séduisent toujours davantage.
Plus robuste et plus diversifié
Mais le changement vient surtout de l’international. Ces dernières années, les ventes de Renault reculaient hors d’Europe, du fait du retournement économique des pays émergents, terrain de jeu traditionnel du constructeur. En 2016, les ventes y sont en hausse de 15,3 % et pèsent 44 % des débouchés du groupe. Si les livraisons au Brésil et en Russie restent en recul sur fond de crise économique, d’autres zones ont relevé la tête, comme la Corée du Sud (+38,8 %), l’Argentine (+24,8 %) et surtout le Moyen-Orient et l’Inde.
Au final, Renault affiche un visage plus robuste, mais aussi plus diversifié que par le passé. Mis à part la France, qui pèse 20 % des volumes, aucun pays ne dépasse les 200.000 unités. Turquie, Inde, Espagne, Iran, Belgique, Maroc, Algérie, Venezuela, pays de l’Est… Les débouchés de Renault ressemblent de plus en plus à une myriade de zones commerciales. Le reflet d’une gamme low cost (Sandero, Logan, Duster…) très adaptée aux besoins des pays émergents. Mais qui souligne aussi en creux le manque de marchés phares, que ce soit les Etats-Unis ou la Chine, qui n’affiche que 35.000 ventes sur 2016, alors que le groupe dispose sur place d’une usine flambant neuve. « Nous avons besoin de construire la marque qui est peu connue. Mais les derniers mois sont encourageants », assure Thierry Koskas.
Pour 2017, Renault, prévoit « une progression de ses ventes et parts de marché en Europe et à l’international ». Reste une inconnue : la traduction de cet effort commercial en marge. Pour l’heure, la division auto (4,7 % de marge opérationnelle au premier semestre) reste moins profitable que celle de PSA (6,8 %).
À noter
« Il n’y a pas de raison de faire des provisions sur le diesel », a indiqué Thierry Koskas, le patron commercial de Renault, en référence au risque judiciaire qui pèse sur le groupe.
Maxime Amiot
LE MONDE – 18/01/2017
Ségolène Royal déplore « une trop forte dépendance » au nucléaire en France
En pleine vague de froid, la ministre de l’environnement préconise un changement des comportements afin d’éviter « une tension sur l’énergie ».
Alors que les pouvoirs publics appellent à limiter la consommation électrique en raison de la vague de froid, la ministre de l’environnement Ségolène Royal a reconnu mardi 17 janvier qu’il existe en France « une trop forte dépendance » au nucléaire. « On le voit actuellement (…), puisque dès qu’il y a plusieurs réacteurs à l’arrêt pour des raisons de contrôles de la sûreté nucléaire par l’ASN [Autorité de sûreté nucléaire], on se rend compte qu’il y a une tension sur l’énergie », a déclaré Mme Royal lors de la cérémonie de vœux de son ministère.
La ministre a insisté sur le besoin de rééquilibrer le bouquet énergétique en France, en prenant appui sur la loi de transition énergétique, qui prévoit de ramener de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025.
Eteindre tous les bureaux la nuit
« En changeant ses comportements, on peut économiser la production de quatre réacteurs nucléaires », a insisté Mme Royal. Cela permet aussi de faire baisser le prix de l’électricité, car « plus il y a de demande, plus il y a de tension sur les prix ».
La ministre a estimé qu’il y a d’un côté « beaucoup de gaspillage et de l’autre (…) une précarité énergétique avec des gens qui n’ont pas les moyens de se chauffer ». Mme Royal a expliqué avoir « demandé l’extinction de tous les bureaux la nuit », car il y a « une marge d’action pour faire en sorte de diminuer la tension sur le courant et la précarité énergétique ».
Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a assuré mardi que la France serait suffisamment approvisionnée en électricité mercredi pour affronter la vague de froid. « La situation reste sous forte vigilance » jeudi et vendredi, a également signalé un porte-parole du groupe lors d’une conférence téléphonique, « puisque la vague de froid va se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine ».
LES ECHOS – 18/01/2017
Technip et FMC donnent naissance à un nouveau géant parapétrolier
Baptisé TechnipFMC, le nouveau groupe a effectué son entrée sur Euronext à Paris mardi 17 janvier à l’ouverture des marchés.
Basé à Londres, le nouveau groupe TechnipFMC sera coté à Paris et à New York. Les anciens actionnaires de Technip ont 51,1 % du nouvel ensemble.
En sonnant mardi la cloche d’Euronext à l’ouverture des marchés, Thierry Pilenko a sans doute ressenti un pincement au coeur. Patron de Technip depuis exactement dix ans, il vient de faire franchir au groupe parapétrolier français une étape majeure de son existence : sa fusion avec l’américain FMC Technologies . « Nous créons le troisième groupe parapétrolier mondial », se félicite-t-il.
Finalisée dans la nuit de lundi à mardi, l’opération a donné naissance à un nouveau géant du secteur. Baptisé TechnipFMC, il emploie 44.000 salariés, et son chiffre d’affaires pro-forma combiné se serait élevé à près de 18 milliards de dollars en 2015. Le nouveau groupe est côté à la fois à Paris et à New York. Son siège social est situé à Londres, où les deux groupes détenaient depuis 2015 une société commune, mais les centres de décision sont répartis entre Paris et Houston, au Texas.
Stratégie de diversification
Même si Technip était deux fois plus gros que FMC en termes de chiffre d’affaires et de nombre de salariés, leurs capitalisations étaient comparables car la rentabilité des activités n’était pas la même : les anciens actionnaires de Technip détiennent 51,1 % du nouvel ensemble. Bpifrance passera de 7,44 % à 3,9 % du capital. Pas facile à ce niveau de peser si demain un investisseur activiste s’invite au tour de table. Les pouvoirs ont été répartis à parité entre les administrateurs (7 pour chacun des deux anciens groupes) et la direction sera partagée entre Thierry Pilenko (président exécutif) et Douglas Pferdehirt (directeur général). Ce dernier est basé à Houston, avec la direction financière et la direction juridique, tandis que la DRH est localisée à Paris, avec la R&D et trois des cinq divisions opérationnelles.
Pour Technip, c’est une page d’histoire qui se tourne, seize ans après la fusion avec Coflexip qui lui avait permis de changer de dimension. Depuis son arrivée dans le groupe, en 2007, Thierry Pilenko a suivi une stratégie constante de diversification (y compris géographique) et d’élargissement de sa palette d’activités, avec notamment les acquisitions de Global Industries ou de Stone & Webster, en 2011. Il avait aussi tenté de reprendre le spécialiste de la sismique (échographie du sous-sol) CGG fin 2014 – en vain.
D’importantes économies
En se mariant avec FMC, un spécialiste des systèmes sous-marins pour la production pétrolière, Thierry Pilenko met en oeuvre une vision qu’il soutient avec force : pouvoir proposer aux compagnies pétrolières des projets pétroliers intégrés, depuis l’ingénierie jusqu’à la fourniture d’équipements, leur permettant de réaliser d’importantes économies. « Cette stratégie peut faire du sens, commente Baptiste Lebacq, analyste chez Natixis. Nous attendons maintenant de voir si elle se traduira par de nouveaux contrats. » Alors que le secteur parapétrolier a beaucoup souffert de la chute des investissements des compagnies liée à la chute du baril, Technip a plutôt bien résisté grâce à la variété de ses activités et la solidité de son carnet de commande. « La fusion avec FMC lui permettra aussi d’intégrer des activités de ventes d’équipement nécessaires pour la maintenance, permettant de mieux résister en l’absence de nouveaux projets sur le marché », note un expert du secteur.
Tous les grands du secteur se sont engagés dans une stratégie similaire d’élargissement de leurs métiers : Schlumberger avec Cameron, ou GE Oil & Gas avec Baker Hughes. Et le mouvement n’est peut-être pas terminé.
Anne Feitz
::: POLITIQUE
LES ECHOS – 18/01/2017
Les Français réclament un fort renouvellement des pratiques politiques
EXCLUSIF + DOCUMENT et VIDEO – Les Français affichent une défiance record envers le personnel politique dans le baromètre annuel de la confiance du Cevipof. Mais ils expriment beaucoup d’intérêt pour le débat public et le vote.
Plus de 4 millions de votants à la primaire de la droite, plusieurs milliers de personnes aux meetings d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon , des émissions de télévision toujours plus nombreuses et souvent très suivies : l’intérêt des Français pour la politique ne faiblit pas, bien au contraire. Ils n’ont pourtant jamais été aussi défiants à l’égard de leurs dirigeants, des élus, des partis et des grandes institutions, montre le huitième Baromètre annuel de la confiance politique du Cevipof (le centre de recherches politiques de Sciences po), dont les « Echos » révèlent les résultats en exclusivité.
« Corrompus », « méfiance », « dégoût »…
Le tout dans un climat de désenchantement, de lassitude, de morosité ou de pessimisme très prononcé. Comme si le lien entre les citoyens et leurs représentants était très profondément altéré, voire rompu. « La classe politique est perçue comme non empathique, corrompue, parlant de manière abstraite, ne se souciant que des riches et des puissants, qui n’inspire que peu le respect et ne tient pas ses promesses », résume Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences po.
Les réponses rassemblées par OpinionWay auprès de plus de 2.000 personnes durant la deuxième quinzaine de décembre sont de fait sans appel. Pour 89 % des sondés, les responsables politiques « ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous » ; pour 75 %, ils sont « plutôt corrompus » ; 40 % des personnes interrogées éprouvent de la « méfiance » en pensant à la politique et 28 % du « dégoût » ; seules 11 % d’entre elles ont « confiance » dans les partis et près des trois quarts (70 %) estiment que « la démocratie ne fonctionne pas bien en France ».
Une hostilité qui est particulièrement forte dans les classes populaires les plus exposées aux conséquences de la mondialisation et qui se retrouve en partie dans le vote en faveur du FN.
« Citoyens critiques »
Les Français ne se passionnent pas moins pour la politique et le débat d’idées. « L’intérêt pour la chose publique ne se dément pas », constate Bruno Cautrès. Une majorité de personnes sondées (56 %) déclare s’intéresser à la politique et le vote aux élections demeure de très loin le moyen privilégié pour peser sur les décisions. Les Français sont « attachés à la démocratie représentative, mais ne sont satisfaits ni de son fonctionnement ni de son efficacité, relève le politologue. Ce sont des citoyens critiques. » Ce qui conduit même 17 % et 49 % d’entre eux à souhaiter respectivement que « l’armée dirige le pays » ou que celui-ci ait à sa tête un « homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections ». Les sondés expriment une forte aspiration au renouvellement du personnel dirigeant et des pratiques politiques. Une revendication qui, dans certaines couches de la population, peut conduire à une remise en cause de la démocratie.
De ce point de vue, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui se présentent à l’élection présidentielle en dehors des partis et de la primaire organisée par le PS , à la tête de deux mouvements citoyens, La France insoumise et En Marche, ont bien saisi l’air du temps. Leurs candidatures, qui se veulent anti-système, le lien direct qu’ils tentent d’établir avec les électeurs et la mobilisation qu’ils organisent sur des valeurs correspondent à une attente forte de l’opinion, si l’on se fie au baromètre du Cevipof.
POUR EN SAVOIR PLUS : DOCUMENT L’intégralité de l’étude : http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/0211701772151-les-francais-reclament-un-fort-renouvellement-des-pratiques-politiques-2058109.php
LE FIGARO – 18/01/2017
Pierre Gattaz critique François Fillon et ménage… Emmanuel Macron
Pour le président du Medef, le candidat de la droite pourrait mettre «le feu au pays».
Surtout apparaître comme neutre. Lors de sa conférence de rentrée ce mardi matin, Pierre Gattaz a distribué les mauvais points à la gauche comme à la droite dans la course à la présidentielle. Sans surprise, le président du Medef a fustigé le revenu universel de Benoît Hamon, notamment «parce qu’il est fondé sur l’idée qu’il n’y aurait plus de travail (…), ce qui est une ineptie, une hérésie». Et il a regretté que le plein-emploi ait été peu évoqué lors des premiers débats de la primaire de la gauche.
Mais Pierre Gattaz n’a pas non plus hésité, plus surprenant, à critiquer la méthode Fillon sur la suppression de 500.000 postes en cinq ans dans la fonction publique.«Dit comme ça, vous mettez le feu au pays, aux fonctionnaires. Ce n’est pas bon, a asséné le patron des patrons, bien que certains membres du Medef soient des soutiens affichés de François Fillon. L’objectif quantitatif est louable à terme, c’est possible, mais (…) il faut le faire avec les fonctionnaires eux-mêmes.»
Quant à sa conclusion sur l’impérieuse nécessité de continuer à réduire le déficit public, elle visait tous les candidats à gauche, mais aussi le vainqueur de la primaire de la droite. Seul Emmanuel Macron s’en est au final tiré avec un semblant de satisfecit, le patron des patrons jugeant «tout à fait intéressant ce qu’il dit», tout en l’appelant à détailler ses propositions.
Le Pen reçue au Medef
Toujours dans un souci de paraître indépendant des politiques, le conseil exécutif du Medef a choisi, lundi, d’accueillir les principaux candidats à la présidentielle pour une session de débats. Y compris, donc, Jean-Luc Mélenchon et surtout Marine Le Pen. Une petite révolution, le FN n’ayant jamais été reçu sous l’ère Parisot. L’ancienne présidente du Medef, auteur d’un livre très contesté contre Marine Le Pen en 2011, n’a d’ailleurs pas manqué de dire tout le mal qu’elle pense de ce futur rendez-vous. «C’est une décision accablante, affirme au Figaro Laurence Parisot. En acceptant de rencontrer la candidate FN, le Medef lui donne une légitimité nouvelle. Le Medef s’éloigne de ce que nous avions porté Ernest-Antoine Seillière puis moi-même, celui d’une organisation ouverte sur la société et attachée aux valeurs fondamentales de la République.»
Reste que la décision de recevoir tous les candidats a bien été prise de façon consensuelle au conseil exécutif. «Personne n’a dit que la parole du FN était estimable, mais personne ne s’est opposé frontalement à sa venue», confie le président d’une fédération de services. «Il faut échanger avec courage et détermination avec chacun. La stratégie du mépris mondain, c’est derrière nous», insiste Jacques Chanut, le patron de la Fédération française du bâtiment. «On n’a pas à être clivant. Recevoir tout le monde, c’est la démocratie», ajoute Hervé Allart de Hees, président du Medef de l’Est parisien, qui a déjà organisé avec le Medef Île-de-France des échanges avec tous les partis à l’occasion des régionales en 2015.
Le Medef doit maintenant caler, peut-être avec d’autres mouvements patronaux, la forme de ces rencontres qui tourneront autour d’une interrogation des présidentiables par des entrepreneurs. L’organisation doit aussi sortir début février un livre bleu exposant ses propositions pour le prochain quinquennat. Avec quatre priorités (baisse des charges sociales et des impôts, simplification administrative, réforme du marché du travail et accent mis sur la formation) et une réflexion, menée par le Medef international, sur la lutte contre le populisme.
LE FIGARO – 18/01/2017
Présidentielle : les candidats surfent sur la vague de l’« antisystème »
De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par François Fillon, tous les politiques crient haro sur les « élites ».
Tous «antisystème », ou presque. De Marine Le Pen à Emmanuel Macron, en passant par François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, sans oublier, bien sûr, Nicolas Dupont-Aignan, la plupart des candidats de la cuvée 2017 ont placé leur campagne présidentielle sous le signe de la «rupture». Tous crient haro sur les «élites», censées avoir jusqu’à présent mené la France dans l’impasse autant économique qu’idéologique. Les candidats entendent-ils de cette manière répondre à la défiance que les Français ont envers les politiques? Aujourd’hui, il ne fait pas bon revendiquer son diplôme ou son origine sociale et encore moins son patrimoine.
Au Front national, l’opposition au «système» est une affaire d’ADN. Marine Le Pen n’hésite d’ailleurs pas quand on lui demande de le définir: «Une oligarchie qui s’est attribué le pouvoir, au détriment du peuple, pour mener une politique contraire à celle que le peuple exprime.» La candidate du FN s’estime la plus légitime dans cette critique radicale du pouvoir. «Être contre le système, c’est ne pas participer au consensus politique mou au pouvoir depuis trente ans», renchérit Florian Philippot, en se félicitant de constater que ces idées sont désormais «reprises et comprises» par les Français. Le directeur de la stratégie de la campagne de Marine Le Pen moque «Emmanuel Macron, adoré par l’oligarchie financière et les médias, qui saute à pieds joints sur ce système». Du Brexit à l’élection de Trump, les frontistes applaudissent les événements internationaux avançant, selon eux, dans le sens de la «libération» des peuples.
Du côté des eurosceptiques de Debout la France, le « système » est identifié entre «tous ceux qui ont trahi la France depuis vingt ans en ayant signé les traités européens». Ancien membre de l’UMP devenue LR, qu’il a quittée en 2007, Nicolas Dupont-Aignan vante lui aussi l’authenticité de son rejet du «système», quand les autres candidats se contenteraient de le mimer, «comme le loup de la fable se déguise en mère-grand pour ne pas effrayer le Petit Chaperon rouge».
Des règles «claniques»
Jean-Luc Mélenchon, candidat de la gauche radicale, a choisi de baptiser son mouvement La France insoumise précisément pour exprimer son rejet des «castes» et plus globalement du «système». Mais l’ancien sénateur socialiste n’est plus le seul, à gauche, à occuper ce créneau. Au sein de la primaire du PS, les attaques contre le «système» ne manquent pas, qu’elles viennent d’Arnaud Montebourg ou de Manuel Valls. Lors de ses premiers pas comme candidat, l’ex-premier ministre a lancé aux représentants d’une chaîne d’info: «C’est vous qui représentez le système, ce dont les Français ne veulent plus.»
La dénonciation du «système», de l’«establishment», du «microcosme», est également un thème récurrent chez François Fillon. Parlementaire depuis 1981, ministre pendant douze ans, sa longue carrière ne l’empêche pas de railler la prétention d’Emmanuel Macron à incarner le renouveau, même s’il parle le moins possible de l’ex-ministre de l’Économie. Officiellement investi samedi pour la présidentielle de 2017, il n’a cité son nom qu’une fois, en affirmant: «Moi, je veux relancer la France ; à gauche, on veut l’assister dans son déclin, M. Macron compris, Mme Le Pen aussi.»
Sans doute le plus emblématique des antisystème de cette présidentielle – car le plus neuf – malgré son passage par l’ENA et son parcours classique, l’ex-ministre de l’Économie dénonce régulièrement un «système politique» aux règles «obsolètes et claniques», devenu «le principal obstacle à la transformation du pays». Et il est convaincu que le succès de sa campagne à ce stade est bien la preuve que les Français sont disposés au coup de force contre le système. «Plus encore que le système, précise son directeur de campagne Richard Ferrand, ce qu’Emmanuel Macron dénonce surtout, ce sont les accords d’appareils et l’absence de communauté de pensée dans les partis.»
Quant aux «antisystème» issus de la société civile, il n’en reste plus qu’une poignée, comme le maire divers gauche de Carhaix (Finistère), Christian Troadec, 50 ans, ancien porte-parole des «bonnets rouges», ou encore l’écrivain et cinéaste Alexandre Jardin, 51 ans, qui s’est lancé le 3 décembre dernier. Et leurs chances d’obtenir les signatures requises sont extrêmement réduites.
Emmanuel Galiero, Judith Waintraub, Sophie Huet et Sophie de Ravinel
L’OPINION – 18/01/2017
Les fractures à gauche restent vives sur le travail et l’entreprise
La plupart des candidats à la primaire socialiste veulent incarner « la valeur travail », mais avec des visions très différentes
Manuel Valls publie une tribune ce mardi sur son compte de campagne, intitulée « Pour une société du travail : refusons la facilité et inventons la protection sociale du XXIe siècle ». Myriam El Khomri, la ministre du Travail, qui le soutient, défend à nouveau sa loi. Benoît Hamon suscite l’intérêt en présentant son revenu universel ; Arnaud Montebourg défend son manifeste économique pour la société du travail… Et Emmanuel Macron, qui se définit comme « le candidat du travail », remplit les salles.
En 2007, les socialistes s’étaient fait voler la valeur « travail » par un Nicolas Sarkozy qui en avait fait un axe fort de sa campagne. Cette fois, cette thématique occupe une grande partie des débats de la primaire de la gauche. « C’est tant mieux, tant ces dernières années, la gauche n’a pas voulu penser l’entreprise, ni le travail », se réjouit Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, qui a lancé une grande consultation pour connaître les attentes des Français en la matière. « Nous avons reçu 200 000 réponses à notre enquête, c’est bien la preuve que ce thème est essentiel pour les Français », souligne encore le syndicaliste qui juge cependant les propositions des candidats « inabouties ».
Abouties ou pas, à gauche, elles traduisent au travail. Il y a les candidats qui continuent d’avoir une approche très « lutte des classes » et ceux, « progressistes », qui veulent sortir de cette dualité. S’y ajoutent des projections totalement opposées, entre ceux qui croient en la raréfaction du travail sous l’effet de la robotisation et du numérique, et ceux qui ne la redoutent pas.
« En réalité, c’est Benoît Hamon, avec sa proposition du revenu universel, qui a mis très tôt la question du travail au centre de la campagne, analyse l’historien Jean Garrigues. Le député de Trappes l’a fait en creux, en négatif presque, en obligeant habilement ses concurrents à se positionner ». Et le chercheur de souligner combien Benoît Hamon rompt avec « le modèle classique de la gauche qui consiste à créer de la croissance pour donner du travail à tous et redistribuer les ressources au bénéfice des plus défavorisés ».
Barons et gueux. En proposant de changer de paradigme, le candidat sort aussi de la lecture classique capital/travail, marqueur d’une identité de gauche. Le revenu universel devient une sorte de bouclier de résistance collective des travailleurs face à la destruction de leurs emplois. Benoît Hamon répète d’ailleurs que ce serait « une révolution de la protection sociale similaire à la mise en place de la Sécurité sociale en 1945. » Malgré le problème du financement de sa mesure qui n’est pas réglée et coûterait, au bas mot, 400 à 500 milliards d’euros par an, il jouit d’une forme d’avant-gardisme.
Tout en étant également traversé par vision binaire de l’économie où il y a les grands et les petits, « les barons et les gueux », Arnaud Montebourg défend une politique de grands investissements, étatiste, de nationalisation, de renforcement des services publics, qui vise à donner du travail à tous.
Manuel Valls n’entend pas laisser cette vision prospérer – pas plus que Vincent Peillon, dans une certaine mesure. L’ex-Premier ministre, lui aussi, tente de se projeter dans l’avenir : « Trop souvent, la gauche a compensé son manque d’audace et d’idées nouvelles par plus de dépenses, plus de taxes, plus d’allocations », écrit-il. Lui aussi veut apporter des protections aux travailleurs mais via des compromis. Certes, il propose un revenu « décent », qui regrouperait toutes les aides existantes et serait conditionné, mais il insiste sur « la notion de choix ». Il croit en la formation, aux aides ciblées pour ceux qui veulent entreprendre, aux solutions trouvées avec le patronat via un dialogue social modernisé, etc. Sa nouvelle protection sociale s’articule autour du compte personnel d’activité (CPA), instauré sous Hollande « avec l’objectif que chacun soit aidé, que personne ne se sente lésé, mais que toujours le travail paie, que la redistribution soit plus juste et que toutes les formes d’activités soient reconnues ».
Point d’équilibre. Reste qu’avec le Pacte de responsabilité, et en soutenant les entreprises, il s’est éloigné de la perception marxiste de la gauche – qui reste opérante en France. « Dans le cadre traditionnel idéologique de la gauche, ce positionnement est difficile à tenir car il prête le flanc à une forme de déloyauté, vis-à-vis du monde ouvrier, des moins qualifiés et des plus précaires », poursuit encore Jean Garrigues. « C’est bien pour essayer de combler cette fracture que Myriam El Khomri monte au créneau dans une interview aux Echos », reconnaît un conseiller de l’équipe Valls. La ministre du Travail y assure, au sujet de la loi qui porte son nom : « Entre les lubies ultralibérales de la droite et le statu quo, il fallait voir comment prendre en compte les mutations du marché du travail. Cette loi est un vrai point d’équilibre. »
Avec sa position un peu particulière, hors de la primaire socialiste, Emmanuel Macron échappe à cette accusation de trahir le monde du travail dans ses fondamentaux. Il peut alors se définir lui aussi comme le « candidat du travail », en avançant des propositions libérales – en finir avec les 35 heures uniformes à toutes les tranches d’âge – mais aussi jacobines — comme la nationalisation de l’assurance-chômage.
En tout cas, contrairement à la droite, dans ces débats, on parle très peu du temps de travail, du contrat de travail, des évolutions du Code du travail… En cela, la rupture gauche-droite reste affichée.
::: INTERNATIONAL
LE FIGARO – 18/01/2017
Theresa May prête à rompre totalement avec l’Europe
VIDÉO – Le Royaume-Uni quittera le marché unique européen en même temps que l’Union européenne, a déclaré mardi la première ministre britannique, qui fait le choix d’un Brexit dur.
Il y a du Margaret Thatcher chez cette Theresa May là. De celle qui dit «no, no, no» aux dirigeants de Bruxelles en tapant du poing sur la table. Devant un parterre d’ambassadeurs conviés sous les dorures de Lancaster House, vaste hôtel particulier du gouvernement à côté de Buckingham Palace, la première ministre britannique a adressé mardi une ferme mise en garde aux Européens. Elle est prête à quitter la table les mains vides. «Pas d’accord pour la Grande-Bretagne serait mieux qu’un mauvais accord», prévient-elle, deux mois avant de donner le coup d’envoi des négociations sur le divorce. Pis, les Européens s’infligeraient «un acte d’automutilation calamiteux» s’ils cherchaient à imposer un accord «punitif» à la Grande-Bretagne pour décourager d’autres d’imiter l’exemple du Brexit. Comme Thatcher son sac à main, elle brandit l’arme du chantage fiscal pour les menacer d’une guerre commerciale, faute d’obtenir ce qu’elle veut.
Après sept mois de tergiversations sur le vote des Britanniques au référendum du 23 juin, la première ministre durcit le ton. Aux déclarations creuses, succèdent enfin les projets réalistes. Il était urgent de sortir de l’ambiguïté, faire taire les critiques sur son indécision et oublier la «Theresa Maybe» raillée à sa une par The Economist. Les tabloïds applaudissent. Las, n’est pas Dame de fer qui veut. Theresa May n’a pas la vision, la conviction et la confiance en elle nécessaires. Elle reste contrainte par les contradictions originelles d’être arrivée dans son fauteuil sans avoir été élue et de devoir mettre en œuvre le Brexit sans l’avoir soutenu jusqu’au référendum.
Du coup, dans ce lieu même où «Maggie» invoquait il y a vingt-huit ans les vertus du marché unique, May a dû se résoudre à expliquer pour la première fois que le Royaume-Uni allait quitter le grand marché européen. «Ce que je propose ne peut pas signifier une appartenance au marché unique», a-t-elle reconnu. C’est en fait une première capitulation face à l’intransigeance d’Angela Merkel et des Vingt-Sept. Après avoir espéré trouver un moyen de la contourner, elle tire les conséquences de leur fermeté sur le lien indissociable entre liberté de mouvement pour les citoyens et commerce de biens et services sans frontières.
Si elle réfute l’expression, c’est donc bien un «hard Brexit», un Brexit dur, que Theresa May a décrit dans son discours le plus complet sur le sujet à ce jour. Il fera référence comme la base britannique des négociations à venir. «Pas d’appartenance partielle à l’UE, rien qui nous laisse un pied dedans, un pied dehors», tranche-t-elle. Elle y gagne la liberté de pouvoir contrôler ses frontières et les niveaux d’immigration en provenance de l’Europe, en tête de ses douze priorités égrenées pour ce vaste chantier. Elle peut se réjouir aussi de ne plus devoir contribuer par «d’énormes sommes» au budget européen et de quitter la politique agricole commune. Elle se félicite d’échapper à l’autorité de la Cour de justice de l’UE de Luxembourg.
Le beurre et l’argent du beurre
Malgré cette clarification, bien accueillie par ses partenaires sur le continent, il restera toutefois des zones floues à préciser. Au lieu de l’appartenance au marché unique, elle réclame «la liberté maximale de commercer» en son sein sans droits de douane pour les entreprises britanniques – ce qui n’est guère différent sur le fond. Elle écarte par ailleurs l’idée de rester dans l’union douanière mais revendique un nouvel «accord douanier» en tant que «membre associé». Bref, le meilleur des deux mondes. Ou, diront les mauvaises langues, «le beurre et l’argent du beurre», comme l’avait indiqué une note ministérielle qui avait fuité dans la presse à l’automne.
Ce qu’ambitionne de dessiner Theresa May au cours des deux ans à venir est «un partenariat nouveau et équitable entre une Grande-Bretagne indépendante, autonome, globale, et nos amis et alliés de l’UE». Malgré ses mises en garde en fin de discours, elle a adopté un ton délibérément conciliant, insisté sur sa volonté de rester «des partenaires fiables, des alliés de bonne volonté et des amis proches». Dans cet esprit, elle espère rassurer les milieux économiques de part et d’autre de la Manche en obtenant des accords transitionnels pour éviter la brutalité d’un effet d’abîme après la sortie de l’UE en 2019. Cette approche pragmatique a semblé rassurer les marchés financiers: la livre a rebondi fortement (+ 2,7%) après avoir plongé lundi en anticipation de ce discours.
Un choix «économiquement catastrophique» pour Sturgeon
«Pour préserver le succès du secteur, avec 12 % d’Européens travaillant dans la City, il est important que le flux de talent vers le Royaume-Uni puisse se poursuivre», insiste Mark Boleat, responsable de la stratégie pour la City of London Corporation. Pour l’instant, aucun détail n’a été donné sur les termes du contrôle de l’immigration envers les Européens. Un «départ ordonné» est un «prérequis» pour la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni, semble acquiescer le négociateur européen Michel Barnier.
En revanche, les annonces de Theresa May, malgré son choix d’un tailleur-pantalon au motif écossais, ont provoqué la fureur à Edimbourg. La chef du gouvernement régional nationaliste Nicola Sturgeon a jugé sa décision de quitter le marché unique d’«économiquement catastrophique» et de nature à rendre «plus probable» l’indépendance de l’Écosse.
L’EXPRESS – 18/01/2017
Parlement européen: qui est Antonio Tajani, successeur de Martin Schulz ?
Parlementaires européens à Strasbourg, le 24 novembre 2016.
Les députés européens ont choisi le candidat italien, Antonio Tajani, ce mardi, à l’issue du 4e tour. Il succède à l’Allemand Martin Schulz.
Les 751 eurodéputés ont élu Antonio Tajani, pour la présidence du Parlement européen ce mardi à Strasbourg. Le député conservateur italien prend la tête de l’institution après cinq années du social-démocrate allemand Martin Schulz, qui a renoncé à se représenter pour se consacrer à la politique de son pays. Ce scrutin à bulletin secret s’est déroulé en quatre tours.
Élu pour deux ans et demi (un terme renouvelable), soit la moitié de la législature de cinq ans, le président du Parlement dirige le seul organe de l’UE directement élu par les citoyens, qui se partage le pouvoir législatif avec le Conseil, représentant lui les Etats.
Un proche de Berlusconi
Cet Italien de 63 ans était le vice-président du Parlement. Il fait partie du Parti populaire européen, le groupe politique qui compte le plus de qui compte le plus de députés européens (217 élus). Antonio Tajani a été Commissaire européen aux Transports (2008-2010) puis à l’Industrie (2010-2014), à chaque fois dans les équipes du Portugais José Manuel Barroso.
En dépit de sa bonne connaissance des dossiers européens, il reste un personnage controversé. Le sexagénaire est un ancien porte-parole de Silvio Berlusconi et membre fondateur du parti Forza Italia (droite libérale). Si sa proximité avec le « Cavaliere » est au centre des critiques, son action – ou plutôt inaction – lui est également reprochée en tant que commissaire européen dans le « Dieselgate ». Ce scandale concerne un logiciel installé sur des moteurs de véhicules Volkswagen qui permettait de tricher lors des tests antipollution.
« Triste jour pour le Parlement européen »
Certains eurodéputés écologistes, qui le considère comme un « pollueur », avaient fait savoir que la candidature d’un « pollueur » comme lui était inacceptable. « Triste jour pour le Parlement européen avec l’élection de Tajani, l’homme de Berlusconi, soutenu par les libéraux démocrates et #ECR », a notamment twitté Yannick Jadot député européen et candidat écologiste à l’élection présidentielle.
POUR EN SAVOIR PLUS : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/antonio-tajani-succede-a-martin-schulz-et-devient-president-du-parlement-europeen_1869640.html
LA TRIBUNE – 18/01/2017
Xi Jinping, champion du libre-échange
Le président chinois redoute un risque de guerre commerciale, en particulier avec les Etats-Unis. Le protectionnisme que défend Donald Trump est une forme d’interventionnisme politique qui a un impact négatif sur l’économie.
En ouverture ce mardi du Forum économique mondial – qui se tient chaque année dans la station suisse de Davos -, le président chinois Xi Jinping s’est offert le luxe dans son discours de prononcer devant l’élite économique mondiale un éloge du libre-échange et une critique du protectionnisme que l’on aurait davantage attendus dans la bouche d’un disciple de Friedrich Hayek. « Que cela vous plaise ou non, l’économie mondiale est le grand océan auquel on ne peut échapper (…) Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, technologies et produits (…) est impossible et à rebours de l’histoire », a souligné le président chinois qui occupe également, rappelons-le, le poste de secrétaire général du Parti communiste chinois.
Ralentissement du commerce international
Le protectionnisme revient en effet à la mode sur fond de ralentissement du commerce international, qui a progressé, estime l’OMC, de 1,7% en 2016 (contre 2,8% prévu initialement), soit son rythme le plus faible depuis la crise financière de 2008.
Ce serait, selon ses sectateurs, la solution à la faiblesse de la croissance économique. Établir des barrières douanières, taxer les produits importés et pénaliser les entreprises tentées de délocaliser leur production permettrait donc de résoudre nos problèmes. Donald Trump en est le principal artisan aux Etats-Unis qui pourtant, déjà, n’hésitent pas à imposer des taxes sur certains produits importés.
En France, le protectionnisme a ses défenseurs comme Marine Le Pen et les courants souverainistes mais aussi Arnaud Montebourg, candidat à la primaire de la gauche, qui en fait un des axes majeurs de son programme pour s’imposer face à ses concurrents. Le patriotisme économique – le « Made in France » – pourrait séduire une clientèle électorale, notamment dans la classe moyenne, persuadée que c’est la mondialisation qui l’a appauvri. Après tout, bien à l’abri derrière nos frontières, nos emplois seraient protégés puisqu’ils ne seraient pas soumis à une concurrence plus rude, soit disant imposée par l’afflux d’émigrés. C’est d’ailleurs ce que préconise Theresa May dans sa version « hard » du Brexit, tout en restant ouverte à des accords commerciaux bilatéraux à travers le monde.
Sophisme
En réalité, le protectionnisme séduit parce qu’il repose sur un sophisme : un pays imposerait des barrières aux importations tout en exportant au maximum sans que les autres pays ne fassent de même. Il est au contraire le déclencheur d’une guerre commerciale qui appauvrit finalement tous les pays (en réalité les entreprises qui seules font du commerce). L’OCDE en liste quelques aspects.
Ainsi, le protectionnisme rend moins compétitives les entreprises locales sur les marchés internationaux en raison de coûts de productions qui restent en comparaison plus élevés. L’organisation a calculé que pour 1 dollar consacré à des mesures protectionnistes diminuait de 66 cents le produit national brut.
De même, il a une conséquence négative sur l’économie mondiale : une hausse de 1 dollar généré par les taxes à l’importation se traduit par une baisse de 2,16 dollars sur les exportations et une baisse de 0,73 dollar dans le revenu mondial.
Au contraire, une libéralisation complète du commerce des biens de consommation et des services ont permis une hausse du revenu moyen réel de 1,3% dans les pays développés et de 0,73% dans les pays à hauts revenus. Quand aux nouveaux émergents comme le Nigéria, la Thaïlande, ils pourraient voir leur PIB croître de 3% à 6%.
L’OCDE rappelle par ailleurs qu’une augmentation des échanges commerciaux de 10 % majore le revenu par habitant de 4 %.
Derrière le protectionnisme, l’interventionnisme de l’Etat
Si le protectionnisme est difficilement défendable en principe – même si les données agrégées ne rendent pas compte de mesures ciblées et temporaires pouvant sauver certains acteurs -, la question est de savoir pourquoi certains responsables le préconisent.
En fait, il s’agit pour eux d’accroître leur emprise interventionniste sur l’économie, car ils pensent que le pouvoir politique est mieux placé que les entreprises pour la développer. Dans le cas de Donald Trump, c’est l’inverse, il pense que l’on dirige un pays comme une entreprise, d’où son intrusion. Il devrait rapidement s’apercevoir que ce n’est pas le cas. Et il est assez piquant que ce soit Xi Jinping, au profil plutôt de bureaucrate, qui le lui rappelle.
Vous souhaitant une bonne journée.
Cordialement,
Elena NATALITCH
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